Les dix plaies d'Égypte : pour qui sont-elles
Le texte de Chemot 7:5 montre que les plaies visent l'Égypte, pour qu'elle reconnaisse Hachem, et non Israël.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Les dix plaies d'Égypte et la décadence de l'humanité, 51 min
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Comme vous le savez, une partie du récit de la Haggadah, celui de la sortie d'Égypte, ce sont les dix plaies d'Égypte. La question qui se pose est: à qui sont-elles destinées ? À quoi servent-elles ? Dans l'Égypte de l'époque, il y avait deux populations: les Égyptiens et les Hébreux.
Nous avons donc deux possibilités, ou trois au moins. Les plaies sont destinées aux Égyptiens, ou elles sont destinées aux Hébreux, ou aux deux à la fois. — Il y avait plusieurs quoi ? — Oui, disons, je prends ici au niveau du Pshat, au moins deux. Ce qui m'intéresse, c'est de savoir qui est concerné par les plaies en question. On peut faire des devinettes, dire un, deux, trois.
Mais nous avons un grand principe dans l'étude de la Torah: pour savoir ce que dit la Torah sur quelque chose, il faut lire la Torah. N'est-ce pas ? Pourquoi faire des devinettes alors que nous avons le texte devant les yeux ? Nous regardons dans la Torah, au chapitre Zayin de Chemot, au verset Hé. Qu'est-ce que dit la Torah ? Ah, merci. Au moins, comme ça, je saurai ce que dit le verset. Au chapitre Zayin.
Au verset Hé: Véyadou mitzrayim ki ani Hachem, « et l'Égypte saura que je suis l'Éternel ». Bin'toti et yadi al mitzrayim, « lorsque j'étendrai ma main sur l'Égypte ». Véhotséti et bnei Yisraël mitokham, « et que je ferai sortir les enfants d'Israël de leur milieu ». Donc, à qui sont destinées les plaies ? Afin de donner un enseignement à qui ? La réponse devrait être claire, étant donné que j'ai lu le texte.
À moins qu'on se fiche pas mal de savoir ce que dit le texte, c'est à l'Égypte, évidemment. Véyadou mitzrayim ki ani Hachem: l'Égypte saura que je suis l'Éternel. Donc les plaies d'Égypte ne sont pas destinées aux Hébreux. Elles ne viennent rien nous enseigner. Elles viennent enseigner quelque chose à l'Égypte. C'est très intéressant.
Ça veut dire que, si on résume ce que dit la Torah depuis la création du monde, depuis Béréchit, jusqu'à la plaie des premiers-nés, on peut résumer l'histoire de cette manière. Dieu a créé le monde. Après avoir créé le monde, il a créé l'homme. L'humanité s'est organisée en nations. Et à un moment de l'histoire, une des nations a connu la révélation du Créateur. Laquelle ? L'Égypte. C'est ça ? C'est ce qu'il y a écrit. C'est peut-être pas ce qu'on voudrait qu'il soit écrit, mais moi je suis têtu. C'est ce qu'il y a écrit. Et comme je suis très étroit dans mes horizons, je ne peux qu'accepter le verset.
Le verset nous dit donc que la révélation, la première nation de l'histoire qui a eu une révélation collective, c'est l'Égypte. C'est pour vous dire l'importance de l'Égypte: ce n'est pas n'importe qui, l'Égypte. La deuxième nation qui a connu une révélation, c'était Israël, au mont Sinaï, n'est-ce pas ? Et au mont Sinaï, la Torah nous dit que Dieu a dit: « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir d'Égypte. » C'est-à-dire que lors de la révélation du Sinaï, les enfants d'Israël ont su qui était le Dieu qui a frappé l'Égypte.
Mais la relation directe, le face-à-face, ne s'est pas fait avec Israël; il s'est fait avec l'Égypte. Ils ont vu la plaie, ils n'ont pas vu celui qui donne la plaie. Par exemple, quand je rencontre deux personnes qui sont en train de se parler, je suis conscient qu'elles se parlent, je peux même entendre ce qu'elles disent. Mais ce n'est pas moi qui suis concerné par le dialogue. Ça veut dire que la manière dont je vais comprendre les paroles échangées sera totalement différente de ce qui se passe réellement dans le face-à-face entre ces deux personnes. On peut dire, à la limite, que les enfants d'Israël étaient des observateurs; ils n'étaient pas concernés. — Oui, oui, oui, vas-y. — Oui, oui, oui, oui, alors ?
Il les a informés. Il y a une différence entre une information et une connaissance. Par exemple, je peux très bien être informé du fait qu'il y a quelqu'un dans la chambre à côté. Je peux avoir l'information qu'il y a quelqu'un de l'autre côté du mur, quelqu'un qui existe, et on me donne tous les renseignements sur qui c'est. Je peux même faire, à la limite, un doctorat sur la personne en question. Mais je ne l'ai pas rencontrée. Par contre, une autre personne, qui n'a pas toutes ces informations, la rencontre, et c'est un autre type de relation. D'accord ? — Tu voulais dire quelque chose ? — Non, c'est bon. — Ah bon, d'accord, non, c'est bon.
Il est écrit: Véyadou mitzrayim ki ani Hachem, « et l'Égypte saura que je suis l'Éternel ». — Quand ? — Avant les dix plaies. Il est dit: Bin'toti et yadi al mitzrayim, « lorsque j'étendrai ma main sur l'Égypte », c'est-à-dire les dix plaies, véhotséti et bnei Yisraël mitokham, « et que je ferai sortir les enfants d'Israël du milieu d'eux ».
Ça veut donc dire qu'avant de commencer les plaies, HaKadosh Baroukh Hou dit à Moshe: voilà ce qui va se passer, je vais me révéler à l'Égypte. — Oui. Véyadou mitzrayim, « l'Égypte saura ». C'est un pluriel. Une seconde. Ils sauront. C'est un pluriel. Cela veut dire que ça concerne les Égyptiens. — Oui. — Non, non, non, non, non. Un pays ne sait rien. Ce sont les habitants. C'est-à-dire que le mot mitzrayim, qui est un singulier, est employé ici comme un nom collectif. La preuve, c'est que
le verbe employé est au pluriel: véyadou mitzrayim. Il n'y a pas écrit véyada mitzrayim. — C'est comme ça qu'on devrait dire en… C'est quoi le pays ? Le territoire ? — Le territoire ne sait rien. Il s'agit des habitants, puisqu'il est écrit au pluriel. Véyadou mitzrayim. Et puis: Bin'toti et yadi al mitzrayim, véhotséti et bnei Yisraël mitokham, lorsque je veux sortir les enfants d'Israël d'entre eux. C'est un pluriel. Un pluriel ne peut pas concerner un pays. — Oui, les Égyptiens appelaient… — C'est-à-dire que c'est une
particularité de l'hébreu, ce qu'on appelle un nom collectif. Un nom collectif. D'accord ?
Je reviens donc à l'histoire: nos plaies sont une révélation à l'Égypte. Pour bien comprendre ça, il faut d'abord savoir qui est le Pharaon.
Vous savez que Dieu fait des efforts énormes. Il investit dix plaies pour que le Pharaon dise oui. C'est absolument ridicule. Si Dieu veut faire sortir les enfants d'Israël d'Égypte, il n'a qu'à leur dire: voilà, demain matin, à 22 heures, non, disons à 7 heures du matin, vous sortez d'Égypte. C'est ça ? Et si le Pharaon fait des histoires, je m'en occupe personnellement. D'accord ? Ce n'est pas comme ça que ça se passe. HaKadosh Baroukh Hou s'adresse au Pharaon par l'intermédiaire de Moshe, et lui dit qu'il faut absolument qu'il soit d'accord, que c'est très important qu'il soit d'accord. Mais on s'en fiche qu'il soit d'accord.
Cours de Machon Meir
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