Pirkei Avot 2:16 : la tâche est grande, mais tu n'es pas libre de t'en dispenser
Rabbi Tarfon rassure ceux qui craignent de ne pas achever l'étude et les mitsvot, et explique pourquoi la récompense ne doit pas être le moteur.
Rav Amram Levy
Ensuite : Pirkei Avot 3, 1 : d'où tu viens, où tu vas, 46 min
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Nous allons étudier aujourd'hui la dernière Michna du chapitre 2 de Pirkei Avot. Avant d'entamer l'étude de cette Michna, nous allons rappeler la Michna précédente, pour bien comprendre la Michna d'aujourd'hui. La fois dernière, nous avons étudié Rabbi Tarfon: Hayom katsar, ve'hamelakha merouba, ve'hapoalim matselim, ve'hassakhar harbe.
Rabbi Tarfon nous enseigne: Hayom katsar, la vie est courte, c'est-à-dire le jour est court, ce qui veut dire que la vie est courte. Ve'hamelakha merouba, le travail est énorme, c'est-à-dire la tâche est énorme dans ce monde. Ve'hapoalim matselim, les ouvriers, c'est-à-dire les hommes dans ce monde, sont paresseux. Ve'hassakhar harbe, le salaire est nombreux et grand. Et le patron presse. Il presse les ouvriers, il presse les hommes d'accomplir leur mission. Nous l'avons expliqué la dernière fois: il s'agit de la Torah, il s'agit de l'accomplissement des mitsvot.
Alors, la Michna que nous allons étudier aujourd'hui, qui la commente ?
Rabbi Tarfon, qui nous enseignait la dernière fois que la vie est courte et la tâche est énorme, nous explique dans cette Michna la chose suivante. Hou haya omer, il avait coutume de dire. Je vous rappelle que chaque fois qu'il y a hou haya omer, c'est-à-dire ce qu'il professait, il l'appliquait lui-même. Nous l'avons vu plusieurs fois: lorsqu'il y a hou haya omer, c'est le sage qui nous enseigne, et il appliquait lui-même ce qu'il enseignait.
Ce n'est pas à toi de terminer la tâche, l'ouvrage. Mais tu n'as pas non plus le droit de t'en dispenser. D'un côté, tu n'es pas obligé de terminer les tâches dans ce monde. Mais d'un autre côté, tu n'es pas libre de t'en dispenser. Si tu as appris beaucoup de Torah, on te donnera beaucoup de salaire. Le maître de ton travail, c'est HaKadosh Baroukh Hou, qui est de confiance: il te paiera le salaire de ton ouvrage, de tes tâches. Sache que le paiement du salaire des pieux ne se fera pas dans ce monde, mais dans le monde futur.
Dans cette Michna, dont l'auteur est le même, Rabbi Tarfon, a craint une chose en enseignant la Michna précédente: que la tâche est énorme et les ouvriers paresseux, que la vie est courte. Quelle était sa crainte ? Que si les hommes voient que la tâche, l'accomplissement des mitsvot et l'étude de la Torah sont tellement vastes, cette sévérité de sa sentence retiendrait les gens de l'étude et de l'accomplissement des mitsvot. Ils se diraient: puisque la tâche est énorme, comment vais-je accomplir toutes ces mitsvot ? Il vaut mieux
ne pas commencer. Rabbi Tarfon craignait cette conséquence. C'est pour cela qu'il avait coutume de dire: ce n'est pas à toi de terminer l'ouvrage dans ce monde. Il a dit que la tâche des mitsvot et de la Torah est énorme dans ce monde, mais il ne veut pas que les gens se découragent en disant: comment vais-je faire ? Non. C'est pour cela que Rabbi Tarfon nous dit: attention, ce n'est pas à toi de terminer l'ouvrage, mais tu n'as pas non plus le droit de t'en dispenser. Essaie,
commence, tu n'es pas obligé de terminer.
— Oui, vas-y, Monsieur.
— Oui, mais c'est pour encourager, pour qu'on fasse tous les efforts de commencer au moins à étudier, à accomplir les mitsvot. Mais d'un autre côté, tu n'es pas obligé de tout faire.
— Mais si la Michna rassure les gens, pourquoi… Enfin, c'est la suite. Je ne comprends plus ce que tu dis.
— Ce sont Rabbi Yehouda HaNassi et ses disciples qui ont rédigé les Michnayot. Elles arrivaient dans un certain ordre. Mais l'enseignement de Rabbi Tarfon suit, c'est le même enseignement. C'est pour des raisons pédagogiques, finalement. Ils ont démembré les Michnayot.
Et l'enseignement de Rabbi Tarfon est le même enseignement, l'un après l'autre. Il a dit: attention… Tu peux poser la même question pour toutes les Michnayot: pourquoi ne pas faire une Michna entière ? Les auteurs auraient dû dire: Rabban Gamliel a dit ceci et cela. C'est pour des raisons de commodité, non ? Oui, c'est tout. Oui, Moshe.
— On ne commence jamais par la négation. Il faut commencer par le positif. La vie est courte, c'est vrai. Qu'est-ce que soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix ans ? Cela passe très vite, comme l'ombre. Mais attention: profite, exploite ce temps. Ne perds pas de temps. Je ne suis pas obligé de tout étudier.
— Parce qu'on aurait pu imaginer qu'il dise d'abord qu'il y a un travail de Torah à faire.
— Mais tu n'es pas obligé de tout faire. Il y a un salaire, tu seras payé dans le monde futur. Et ensuite il dit: attention, la vie est courte, donc même ce travail que tu dois faire, fais-le avec rigueur. C'est ce qu'a dit la première Michna.
— C'est justement ce qu'il dit. C'est ce qu'on va voir. Donc:
D'un côté, tu n'es pas obligé, ce n'est pas à toi de terminer l'ouvrage, les tâches, mais tu n'as pas non plus le droit de t'en dispenser. Tu fais des efforts selon ton potentiel. On ne demande pas à l'homme de faire beaucoup plus qu'il ne peut. Mais au moins, ne perds pas ton temps. C'est ce qu'il veut dire.
Maintenant, il dit: Im lamadta Torah harbe, si tu as appris beaucoup de Torah, on te donnera beaucoup de salaire. Il y a une question qui se pose ici. Le Maharal pose une question sur ce passage: on parle de la quantité de la Torah. Plus on étudie, plus on a de salaire. Or, dans d'autres endroits du Talmud, ce n'est pas la quantité qui compte, c'est la qualité de l'étude. Bien sûr, nous l'avions étudié au début de Pirkei Avot. Exactement, c'est ce que nous allons développer dans la suite du cours.
Cette idée-là, que puisque la tâche est énorme, que les mitsvot sont nombreuses, que l'étude de la Torah est infinie, il vaut mieux ne pas commencer, je ne vais pas faire beaucoup de choses, je ne vais pas tout faire, cette idée est traitée dans un midrash. Le midrash raconte la chose suivante. Il y a un sot, quelqu'un qui est entré dans une école talmudique. Il se renseigne: qu'est-ce qu'on y étudie ? On lui dit: d'abord la Torah, les Écritures saintes. Puis Shisha sidrei Michna, toute la Michna. Puis tout le Talmud. Puis tous les midrashim et tous les aggadot.
Une fois qu'il a entendu une chose pareille, qu'est-ce qu'il fait ? Il préfère ne pas ouvrir la bouche et ne pas commencer à étudier. C'est l'approche du sot. Il ne sait pas que la Torah est comparée à l'eau. Les gouttes d'eau qui tombent, la pluie, goutte à goutte. Goutte à goutte, cela remplit des réservoirs, des rivières, la mer, les fleuves.
Aujourd'hui tu étudies deux Michnayot, demain deux Michnayot, après-demain deux Michnayot. Au fur et à mesure, on étudie deux Michnayot. Après quelques années, on arrive à apprendre beaucoup de Michna, beaucoup de Torah, beaucoup de halakhot. C'est ce que dit finalement ce midrash. Le sot voit l'étendue de la tâche, des mitsvot à accomplir, et il désespère. Mais il …
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