Le bouc émissaire et la techouva selon Maimonide
Pourquoi le Cohen Gadol peut-il faire le vidouï pour tout Israël, et quelle techouva rend le Kippour efficace.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La techouva guemoura selon Maïmonide, 53 min
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Je crois qu'on a déjà fait la toute première halakha, n'est-ce pas ? On a étudié le principe du Saïr HaMichtalé'ah, je crois. Vous vous rappelez la relation qu'il y avait entre la techouva et la kapara ? On avait parlé de ça ? D'après le judaïsme, la techouva est la condition, la kapara vient après, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que la techouva est toujours acceptée, qu'il y ait eu kapara ou pas, tandis que la kapara n'est pas acceptée s'il n'y a pas eu techouva. Vous êtes d'accord ? Vous vous rappelez de tout ça ? D'accord. Maintenant nous allons lire un texte qui semble dire le contraire, on va bientôt y arriver.
Bon. Alors nous sommes dans la halakha bet. Non, pas du tout. Pas du tout. On est dans le Perek Aleph. Dans le Perek Aleph, mais halakha bet. Je ne crois pas que ce soit très difficile de trouver « bête ». Il y a un gros « bête » là. Oui. Alors c'est quoi ? Oui, on appelle chaque paragraphe une halakha. Donc nous sommes dans la halakha bet. Ne vous trompez pas, elle est très intelligente quand même.
Saïr HaMichtalé'ah, le bouc émissaire.
Veixa'ar kipourim, comme il est l'expiation de tout Israël, le Kohen Gadol fait le vidouï sur lui en employant le langage de tout Israël. Ainsi qu'il est dit: Veitvadda alav et kol avone bnei Israël.
Il avouera sur lui tous les péchés des enfants d'Israël. Ah bon ? Ça veut dire que la formule qu'emploiera le grand prêtre en faisant le vidouï avant d'envoyer le bouc, ça sera: Ana Hachem, de grâce éternelle, hata'u, avou, pashou, ammekha beit Israël. Ils ont péché contre toi, ton peuple, les enfants d'Israël.
C'est effectivement comme ça que fait le Kohen Gadol quand il fait le vidouï avant d'envoyer le bouc émissaire. La question immédiate qui se pose, comme vous l'avez bien appris déjà: le vidouï est un élément de la techouva. Je ne peux pas dire à quelqu'un: fais techouva à ma place. C'est comme par exemple: nous avons le devoir d'aimer notre prochain comme nous-mêmes. Comme nous-mêmes. Alors je dis à un copain: écoute, je n'ai pas le temps d'aimer mon prochain comme moi-même, est-ce que tu peux faire ça à ma place, s'il te plaît ?
On ne peut pas, d'accord ? Aimer son prochain, ce n'est pas quelque chose qui se fait par un délégué. Je peux très bien, par exemple, faire une acquisition, acheter une maison, ça je peux le faire avec un délégué. Même épouser une femme, on peut le faire avec un délégué. Mais aimer, ce n'est pas quelque chose qu'on fait par un délégué, n'est-ce pas ? J'ai pas le temps de l'aimer, fais-le à ma place. Ridicule ! J'ai pas le temps de mettre les téfilines, est-ce que tu peux les mettre à ma place ? Non, ça ne tient pas. De même, le vidouï,
par définition, puisque le vidouï est une partie de la techouva et que la techouva est une transformation intérieure, je ne peux pas faire le vidouï par quelqu'un d'autre. Or là nous avons un exemple assez surprenant: le Kohen Gadol fait le vidouï pour moi. Non seulement il ne le fait pas pour lui, parce qu'il a déjà fait sa techouva avec son bœuf, son taureau qu'il présente, mais il y a également le fait qu'il fait le vidouï pour moi. Et ça, c'est logiquement intolérable.
Vous avez compris le problème ? Hein ? Ouais, bon. Hein ? Quoi encore ?
— Comment est-ce qu'il peut faire pour le klal ?
C'est-à-dire que le vidouï est l'expression d'une volonté. Si je dis simplement les mots du vidouï, c'est rien du tout. Il faut que ces mots soient l'expression d'une volonté, la volonté de faire techouva. Alors moi, je suis à la maison, je me repose, pour Kippour, et puis il y a quelqu'un dans le Beit Hamikdash, lui, il fait son vidouï pour moi.
Mais ce n'est pas pour les fautes collectives, c'est pour toutes les fautes du monde. Aussi bien le fait d'avoir mangé un chouma, d'avoir mangé un chou sans faire la bénédiction. Et il fait le vidouï pour moi. Il y a quelque chose là qui semble logiquement impossible. Vous avez compris la question ? Bon. Je vais doubler ça d'une nouvelle question. On va lire la suite de la halakha, vous allez voir qu'il y a une question encore plus gigantesque qui apparaît. Saïr HaMichtalé'ah, le bouc envoyé, enfin ce qu'on appelle le bouc émissaire.
Fait l'expiation de tous les péchés de la Torah, hakalot et hachamourot, que ce soit des péchés légers ou des péchés graves. Ben she'avar bezadon, ben she'avar bishgaga: que ça ait été fait volontairement ou involontairement. Ben she'odalo, ben she'lo yodalo: qu'il en ait été informé ou qu'il n'en ait pas été informé. Hakol, tout, mitkaper, est expié
Ba-sa'ir HaMichtalé'ah, par le bouc émissaire. Vehou à condition she-assa techouva, qu'il ait fait techouva. D'accord ? Donc ça marche. On dit: voilà, tu as fait un péché, c'est vrai, mais tu as fait techouva, et la kapara vient par le bouc émissaire. Jusque-là, vous me suivez, rien pour l'instant de surprenant. Maintenant, la suite est surprenante: aval, im lo assa techouva, s'il n'a pas fait techouva, ein sa'ir mekhapper ella al ha-qalot. Le bouc n'expie que les légers.
Là, il y a quelque chose de révoltant sur le plan moral. On avait vu jusqu'à présent que la kapara dépendait toujours de la techouva. Là, on a un cas: la kapara est possible même si on n'a pas fait techouva, s'il s'agit des péchés légers et pas des péchés graves.
Plus haut, il y a écrit: s'il a fait techouva, ça explique tout. S'il n'a pas fait techouva, ça n'explique que les légers. C'est ce qui est écrit, effectivement. Oui ou non ? D'accord ? Il n'y a rien de problématique là. Ce qui est problématique, c'est sur le plan moral. Comment est-ce qu'on peut admettre que le bouc fasse l'expiation du péché pour lequel je n'ai pas fait techouva, même si ce ne sont que les péchés légers ? Et pourquoi cette distinction entre les péchés légers et les péchés lourds ?
Vous avez compris mes interrogations ? Donc j'ai ici plusieurs questions, très graves. La première, c'est: comment se fait-il que le Kohen Gadol puisse faire le vidouï à ma place ? Deuxièmement: pourquoi le bouc émissaire ferait-il expiation de péchés pour lesquels je n'ai pas fait techouva ? Troisièmement: pourquoi cette distinction entre les péchés légers et les péchés lourds ? Voilà, vous avez compris mes trois questions ? Oui, quoi encore ?
— C'est quoi un péché léger ? C'est quoi un péché lourd ?
Très bonne question. Cette question est posée par le Rambam lui-même, dans la suite. Ume'ein hakalot ? Ume'ein hachamourot ? C'est quoi les légers ? C'est quoi les durs ? C'est quoi les lourds ? Les graves ? Eh bien, il te répond ici. Hachamourot, les graves, hen she-hem chayevim alehem mitah beyad beit din o karet, …
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