Yiftah le Guiladi, un mal-aimé devenu chef d'Israël
Comment Yiftah, chassé par ses demi-frères, revient à la demande des anciens de Guilad face aux Ammonites.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le Livre des Juges, chapitre 10 : l'abandon d'Hachem, 58 min
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Dans Sefer Shoftim, perek Yod-Alef, nous nous trouvons avec Yiftah HaGiladi. Bon, alors, comment ça passe ? Chalom, Baroukh HaBa. Et Yiftah HaGiladi est guibor hayil, il est le fils d'un homme. Yiftah a un enfant.
Nous sommes au chapitre 11 du Sefer Shoftim, et nous découvrons le personnage de Yiftah HaGiladi, après avoir présenté, il y a deux semaines, la situation géopolitique, religieuse et morale des enfants d'Israël, avant que les Ammonites n'envahissent Erets Israël, ou plus exactement, comme nous l'avions dit, la partie orientale d'Erets Israël, c'est-à-dire celle qui se trouve à l'est du Jourdain.
Les trois premiers versets viennent présenter un nouveau personnage. Nous le connaissons et nous pouvons le dire dès maintenant: c'est celui qui deviendra juge d'Israël. Mais avant d'entrer dans les fonctions qui lui seront dévolues, il est important, selon l'auteur, de découvrir quelle est la situation environnementale du personnage. Je relis donc le premier verset, puis chacun des versets, en essayant de comprendre ce que l'auteur veut nous faire entendre, mais plus qu'entendre, il veut nous faire savoir, afin de mieux comprendre, bien entendu.
Je vois qu'en fin d'année je n'ai presque plus besoin de terminer mes phrases. C'est un délice pour l'enseignant.
Yiftah HaGiladi haya. Bien entendu, Yiftah HaGiladi est l'homme de la région de Gilad, de la tribu de Gilad, vous l'entendez. Gilad est le nom du maître des lieux: c'est son père.
Haya guibor hayil. Voilà un homme qu'on nous présente bien avant de savoir où il a grandi et comment il a grandi, comme étant un vaillant guerrier. Vehou ben ichah zonah. Intéressant: ben ichah zonah, tout le monde a compris qu'il est l'enfant d'une femme de petite moralité.
Gilad a donc eu un enfant avec cette dame, qu'on peut appeler une concubine. Elle ne sera pas la femme, mais la concubine. À une certaine époque, nous avons l'habitude d'appeler les gens par leur nom: il y avait les épouses légitimes, et il y avait celles qui devenaient, en tout cas, les concubines de ces maîtres-là, que ce soient des rois, des seigneurs, etc. Vous comprenez bien qu'il est question ici des femmes légitimes qui ont enfanté des garçons.
On imagine qu'ils ne sont pas restés à l'état fœtal. Mais si l'on nous dit qu'ils ont grandi, c'est qu'on veut nous faire entendre autre chose qu'une simple croissance physiologique. Vous êtes bien d'accord ? Vayigdelou, qu'est-ce qu'on entend par là ? Ils ont grandi, on a bien compris, mais qui plus est ? Lorsque les enfants grandissent, ils occupent, au fur et à mesure de leur croissance, de plus en plus de place, et je ne parle pas de place physique, je parle de places prépondérantes. Au sein de la famille, les responsabilités accordées à un jeune enfant, à un adolescent et à un jeune adulte sont différentes, bien entendu.
Vayigdelou benei ha'ichah, vayigrechou et Yiftah. La femme légitime de Yiftah a donc enfanté un certain nombre de garçons, qui ont grandi dans la maison de Yiftah. Et l'on nous fait savoir, soudainement, que ces garçons, après avoir grandi, et vous comprenez par la suite de la phrase qu'il ne s'agit pas d'une occupation des lieux physiques, mais bien d'une occupation des lieux moraux: vayigdelou benei ha'ichah, vayigerchou et Yiftah, ils ont mis Yiftah à la porte de la maison.
Et ils ne le mettent pas simplement à la porte de la maison: ils lui donnent la raison pour laquelle ils décident de le mettre dehors. Quelle est-elle ? Vayomeru lo tinchal be-beit avinu, ki ben ichah aheret ata. « Tu n'hériteras pas dans la maison de notre père, car tu es le fils d'une autre femme. »
Ils invoquent une causalité intéressante. Laquelle ? Lo tinchal itanu. Mah zeh lo tinchal itanu: tu n'hériteras pas, parce que tu es l'enfant d'une autre femme qui n'est pas notre mère. Mais ce n'est pas parce que tu es l'enfant d'une autre femme que tu n'hériteras pas. Il est bien clair ici que le propos est significatif. Même vous, quand vous parlez, ne pensez pas, en réfléchissant après coup à la phrase que vous avez énoncée, qu'elle peut rester anodine. La phrase que vous avez prononcée est exactement l'expression de ce que vous auriez voulu dire. À vous d'analyser cette phrase.
Et en mettant l'héritage avant le fait qu'il est l'enfant d'une autre femme, il est bon de se demander s'il n'y a pas la probabilité que ces garçons ne voyaient pas d'un très bon œil le partage de l'héritage de Gilad, qui est apparemment une personnalité importante, entre le nombre d'enfants plus un. C'est-à-dire que, lorsqu'il leur envoie, yafeh me'od... non, c'est yafeh. Gimel. Vayivrach Yiftah.
Ils le mettent à la porte. On aurait pu dire que Yiftah s'en est allé. Vous n'auriez pas pu écrire que Yiftah s'en est allé ? Bien sûr que vous auriez pu l'écrire: Yiftah se mit en chemin et quitta, en paix, le domicile de son père, etc. Mais il n'est pas écrit cela. Il est écrit que Yiftah s'est enfui.
Pour quelle raison ? Après les propos que nous avons entendus de la part des enfants de la femme légitime de Yiftah, pourquoi nous fait-on savoir que Yiftah n'est pas parti, mais qu'il s'est enfui ? Peut-être pas jusqu'à l'extrémité d'un homicide, mais qu'est-ce que vous entendez dans cette maison ? Essayez de vous mettre en situation. Ce ne sont pas la mère qui parlent, ce sont les enfants de la femme légitime qui disent à Yiftah: tu n'hériteras pas avec nous, parce que tu es l'enfant d'une autre femme. Et ce qui est écrit ensuite, c'est que Yiftah s'enfuit.
C'est-à-dire, en clair, j'entends ce que vous voulez dire, mais je vais mettre des mots sur ce que vous pensez: il y avait une pression, une atmosphère absolument pesante dans cette maison. Vous savez ce que cela veut dire, j'espère que non, mais essayons d'imaginer ce que cela signifie que de ne pas être désiré. Est-ce que vous imaginez cela au quotidien ?
Et dans ce quotidien, matin, midi et soir... Vayivrach Yiftah. C'est ça que je veux que vous compreniez. Cela fait un an que nous travaillons là-dessus, dans le sens où essayer de lire la phrase ne nous amène pas seulement à traduire le propos, mais à en comprendre la portée. L'auteur n'écrit pas pour écrire. C'est clair ?
Vayivrach Yiftah mipnei ahav, et ici il est écrit nifneh ehav: il s'enfuit du devant de ses frères, de la face de ses frères. On imagine que celui qui s'enfuit de devant la face d'autrui, c'est que la face d'autrui était comment ? Désagréable. Elle était crispée, amère. Et bien entendu, celui qui est proche ne sent aucune raison de devoir rester.
Donc il est écrit: Vayivrach Yiftah mipnei ahav, vayeshev be-eretz tov. Il a trouvé un endroit où s'asseoir, loin des enfants. Parce qu'on aurait pu dire autrement: vayeshev be-eretz tov. On aurait pu dire, comme on l'utilise malheureusement en hébreu moderne, vayagor be-eretz tov. Vous auriez traduit de la même manière, n'est-ce pas ? Vous auriez dit qu'il habite dans une bonne terre.
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