La mitsva d'établir un État selon le Rambam
Pourquoi Maïmonide n'a pas compté la conquête d'Erets Israël parmi les 613 mitsvot, et ce que le serment des trois jurons implique.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La Torah et la science : un dialogue, non un affrontement, 46 min
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Shalom à tous. Nous avons commencé la dernière fois le texte de la Massekhet Ketoubot à propos des trois serments. Mais nous n'avons pas achevé le texte. Nous avons seulement vu qu'il y a, selon Rabbi Zeira, trois serments que Dieu a fait jurer. Ces trois serments sont: Chelo Yaalou Yisraël ba'homa. C'est dans la Massekhet Ketoubot, Daf Koufiou Dalef, page 111a.
Chelo yaalou Yisraël ba'homa, qu'Israël ne monte pas. Il y a ici un problème de version: faut-il lire ba'homa ou ka'homa ? Ba'homa signifie qu'il ne faut pas monter sur la muraille, c'est-à-dire qu'il y aurait une sorte de muraille qui empêche de monter, et qu'il ne faut pas éventrer cette muraille. D'autres disent ka'homa, comme une muraille: on ne doit pas monter comme une muraille, c'est-à-dire, en tout cas d'après Rachi, yahad be'at hazaka, ensemble, de manière forte.
Le deuxième serment est que Dieu a fait jurer Israël de ne pas se révolter contre les nations. Et il y a encore un serment: Dieu a fait jurer les nations de ne pas asservir Israël trop durement. D'où l'argument tiré, par exemple, par le Rav de Satmar et d'autres, selon lequel fonder un État en Erets Israël est interdit en raison de ce serment. Nous avions déjà vu la source dans le *Meguila'h. L'État d'Israël serait donc une transgression, une transgression du serment.
À ce propos, il existe une trentaine de réponses. Je ne voudrais pas vous faire la liste de tout ce qui a été dit. Je voudrais simplement parler de l'essentiel. Tout d'abord: un texte qu'on appelle un texte de Haggada est-il valable au niveau de la halakha ? La réponse est non. Il est vrai que Rav Yehouda ne voulait pas qu'on monte en Erets Israël, et il se basait sur un verset de ces serments. Mais il est évident pour tout le monde que c'est un enseignement de type moral et non de type halakhique. Une halakha ne peut pas être fixée par un verset du Chir HaChirim, par exemple Im taïrou, im teorourou.
Et après cela, il faut savoir quelle est la nature du serment, même si l'on considère qu'il y a ici une halakha. Comment prête-t-on serment ? On va au tribunal, ou en tout cas devant un juge, on lève la main droite et on dit: « Je le jure. » Quand le serment a-t-il été prononcé ? Dans le Chir HaChirim, dans le chant d'amour entre Israël et Dieu. Il s'agit donc d'un serment, disons, allégorique.
Le Maharal de Prague explique que ce serment renvoie à une réalité concrète et absolue. Pour le Maharal, l'ordre du monde veut qu'Israël soit sur sa terre. Être en dehors de chez soi est donc quelque chose de contre nature. Pour qu'une chose contre nature tienne, il faut qu'il y ait quelque chose de très fort qui empêche la nature de se manifester. Par exemple un barrage: l'océan veut recouvrir la terre, mais le barrage empêche l'océan d'inonder la Hollande. De même, il y a une intervention, disons contre nature, de la Providence qui fait qu'on ne peut pas revenir en Erets Israël. C'est cela, le serment selon le Maharal.
Cela veut dire que cela tient tant que cela tient. Si le barrage s'effondre, cela ne tient plus. Le barrage, c'est-à-dire le serment dont il est question, est une sorte de barrage métaphysique ou politique qui empêche Israël de revenir. Une fois qu'on a réussi, on a réussi. De même, le Rambam, dans l'épître au Yémen, Iguéret Teiman, ramène le serment et dit que c'est une sorte d'allégorie, un eretz mashal: Dieu nous a dit de patienter dans la galout. Je vais vous l'expliquer plus simplement, dans des termes plus proches de notre mentalité.
Quelqu'un essaie de faire quelque chose qu'il sait être bien, et ça ne marche pas. Il essaie à nouveau, ça ne marche pas. Il essaie encore, ça ne marche pas. Il peut se demander: comment se fait-il que Dieu ne m'aide pas ? Je fais quelque chose de bien, pourquoi Dieu ne m'aide-t-il pas ? De même, le retour en Erets Israël est une bonne chose. Alors pourquoi cela ne marche-t-il pas ? Pourquoi, à chaque fois qu'on se révolte contre les Romains, contre les nations, cela ne marche-t-il pas ? On répond: ne t'en fais pas, il y a un serment. Ce sont des raisons métaphysiques pour que l'exil existe. Et tant que Dieu veut que l'exil existe, il y a un empêchement: tu n'arriveras pas à passer la barrière.
— Oui, exactement, c'est ce que cela veut dire. Il faut essayer. C'est pour cela qu'à chaque occasion, on essaie. Il y a des tas de tentatives, des tentatives politiques. Par exemple, il y avait un conquérant musulman du nom de Salah al-Din, en français Saladin, qui a conquis Jérusalem et l'a enlevée aux croisés.
Après la conquête, nous avons un témoignage historique: il a lancé un appel aux Juifs pour qu'ils reviennent à Jérusalem. Vous vous demandez ce qui lui est passé par la tête ? Il ne faut pas oublier que le médecin personnel de Salah al-Din était le Rambam. Il n'est donc pas impossible que son médecin lui ait glissé à l'oreille: « Tu as déjà pris Jérusalem aux croisés, alors j'ai une idée pour toi. » On voit qu'à chaque fois il y a des tentatives de faire avancer les choses.
Il y avait aussi, en Hollande, un Juif du nom de Rabbi Menasseh ben Israël. Rabbi Menasseh ben Israël était un grand hakham, dont le portrait a été peint par Rembrandt, pour ceux que cela intéresse. Vous voyez donc un portrait de Rabbi Menasseh ben Israël par Rembrandt. Rabbi Menasseh ben Israël est allé en Angleterre pour rencontrer Cromwell. Vous savez qui était Cromwell ? Cromwell était le lord protecteur d'Angleterre. C'était après une révolution: on avait coupé la tête de Charles Ier, et l'on avait établi une sorte de république pendant un certain temps.
Rabbi Menasseh ben Israël est allé à Londres rencontrer Cromwell pour lui demander d'autoriser les Juifs à revenir s'établir en Angleterre, car il y avait eu l'exil des Juifs d'Angleterre. Rabbi Menasseh ben Israël voulait que les Juifs reviennent, parce que selon ses considérations messianiques, pour que Israël revienne sur sa terre, il fallait d'abord passer par le retour des Juifs en Angleterre. Cromwell a accepté. C'est ainsi qu'a été fondée à l'époque la première synagogue séfarade de Londres, la Marble Lodge Synagogue.
Finalement, il avait raison. Trois cents ans plus tard, la déclaration Balfour a été rendue possible parce qu'il y avait un lobby juif en Angleterre qui a fait pression politiquement pour qu'elle soit donnée. On voit donc que cela a marché, et que cela a pris du temps. À chaque fois, on fait des efforts pour exploiter la situation qui va nous permettre de sortir de l'exil. Cela marche parfois, cela ne marche pas toujours. Parfois, cela marche après trois cents ans, mais cela marche. C'est cela, le serment en question.
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