Le Chema Israël et l'Israël idéal selon les kabbalistes
Qui est le « Israël » auquel on s'adresse dans le Chema, et pourquoi Hachem Eloheinu y est répété.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le rassemblement des exilés et le rétablissement des juges, 52 min
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Tov, shalom à tous. Nous allons entreprendre l'étude du Chéma Israël, n'est-ce pas ? La lecture du Chéma, une mitsva qui est à accomplir deux fois par jour, le soir et le matin. Elle s'ouvre par un verset fondamental: Chéma Israël, Hachem Eloheinu, Hachem Echad. On a commencé à étudier le verset, je crois. Ou non ? Qu'est-ce qu'on a répondu ? D'abord, historiquement parlant, d'où vient cette phrase ? De Moshé et de Yaakov, et des fils de Yaakov. Et ensuite, il y a la mitsva que nous avons, nous, de dire Chéma Israël, Hachem Eloheinu, Hachem Echad.
Donc on dit « écoute », ou « entends », ou « comprends », Israël. La question immédiate est: qui est cet Israël auquel nous nous adressons quand nous disons Chéma Israël ? On pourrait très bien dire qu'on ne s'adresse à personne, que c'est une simple citation de ce qu'a dit Moshé. La Torah nous dit d'étudier tous les jours ce texte que Moshé a donné à Israël. C'est la première possibilité. Prenons un exemple: nous avons le devoir d'étudier le dialogue entre Moshé et Pharaon. Nous ne sommes ni Moshé ni Pharaon, et nous ne nous adressons ni à l'un ni à l'autre. Mais la Torah nous dit d'étudier ce texte. On pourrait donc dire que la Torah nous dit de réciter tous les jours ce texte que Moshé nous a transmis, Chéma Israël, et que Israël, ce serait nous. Qui dit cela ? C'est Moshé qui le dit. C'est, disons, la possibilité la plus banale.
Mais nous sommes en droit de penser que si la Torah nous a dit de dire « écoute Israël », cela veut dire que nous nous adressons à quelqu'un. Et à qui exactement ? Ça au moins, ça n'a pas besoin de sucre. Qui est donc cet Israël auquel nous nous adressons ? On pourrait dire qu'il s'agit aussi de ceux qui sont avec nous dans la synagogue.
Le problème, c'est qu'on peut réciter le Chéma tout seul. Cela ne tient pas debout. En fait, on est bien obligé de se référer à l'enseignement des kabbalistes. Je crois qu'on en a déjà parlé ? Non. L'enseignement des kabbalistes est que l'Israël dont il est question dans le Chéma Israël, c'est ce qu'on appelle Israël Saba, c'est-à-dire l'Israël idéal.
Qui est dans mon être supérieur, dans ma neshama, dans l'Israël d'en haut. Il est évident que Hachem Eloheinu, Hachem Echad. Mais est-ce que moi, je suis déjà l'Israël idéal ? Il y a une différence entre l'idéal et la réalité. Dans la réalité, je ne suis pas forcément le même que mon Israël idéal. Eh bien, je m'adresse à lui, à cet Israël idéal, et je lui dis: tu sais, Hachem Eloheinu, Hachem Echad. Nous avons le même Dieu malgré tout.
Vous vous rappelez que les fils de Yaakov ont assuré à Yaakov qu'ils avaient le même Dieu que lui, et que Moshé a assuré au peuple que son Dieu et le leur étaient le même. Cela revient exactement à la même chose. Quand je m'adresse à Israël Saba, à mon être idéal, je lui dis: toi, tu es déjà Israël, moi je ne le suis pas encore vraiment, mais j'ai quand même le même Dieu que toi. Vous avez compris ? Hachem Eloheinu, Hachem Echad, nous avons le même. Jusque-là, vous me suivez ? Bon.
Oui, on peut dire qu'il y a pratiquement une racine commune à tout Israël. D'accord ? Dans la racine commune de tout Israël, tout est clair. Mais chez moi, tout n'est pas clair. Alors, Hachem Eloheinu, Hachem Echad. Jusque-là, vous me suivez ? Maintenant, il faut continuer un peu dans le texte. Hachem Eloheinu, l'Éternel notre Dieu: qui est ce « nous » dont il est question dans Eloheinu ? Le peuple juif, Israël, c'est ça ?
Si je dis que l'Éternel est notre Dieu, à nous les enfants d'Israël, cela suppose quoi ? Qu'il n'est pas le Dieu d'Égoïne. Surprenant, n'est-ce pas ? Vous vous rendez compte ? Une phrase censée être l'expression absolue du monothéisme hébraïque lit le contraire. C'est intolérable. Oui ? On pourrait donc dire: c'est Hachem qui est notre Dieu, comme il l'est pour tout le monde d'ailleurs, et non les idoles. C'est ce que cela voudrait dire.
Mais alors, c'est quoi Hachem Echad ? L'Éternel est un ? Oui, c'est-à-dire qu'il est à la fois notre Dieu et qu'il est un. On peut le comprendre ainsi. C'est effectivement comme cela que le Rambam l'a compris. Oui, j'ai très bien compris, mais ce que vous dites là, c'est la lecture du Rambam. Elle est tout à fait légitime, puisque c'est le Rambam qui l'a dite. Le Rambam, ce n'est pas n'importe qui, n'est-ce pas ? Dans son Michné Torah, au premier chapitre, il explique que Dieu est un, ou un autre peuple. De toute manière, Dieu est notre Dieu, de même qu'il est le Dieu de tout le monde. N'est-ce pas ?
Mais ce n'est pas la lecture de Rachi. Rachi lit autrement. Libre à chacun de choisir. Le Rambam est une autorité respectable, on peut également lire Rachi, qui est lui aussi une autorité respectable. Que dit Rachi ? Rachi nous dit: Hachem, qui est notre Dieu, n'est pas le Dieu d'égoïsme. Hachem Echad sera un jour un Dieu pour tout le monde. C'est-à-dire que pour Rachi, il y a une dynamique historique.
C'est vrai que Dieu a créé tout, mais la manière dont il se manifeste diffère, selon qu'il s'agit d'Israël ou des nations. Chez les Goyim, c'est indirect: cela passe par ce qu'on appelle les princes des nations, les anges supérieurs. Chez nous, c'est direct. Hachem Eloheinu, il est notre Dieu, il n'y en a pas d'autre. Vous comprenez ce que cela veut dire ? Dans la réalité concrète, les nations connaissent le Créateur à travers des écrans. Des écrans mentaux, des écrans de la nature, des écrans métaphysiques, peu importe, mais il y a des écrans. Oui ?
— Pour eux, il est bon encore, hein ? Mais il le sera. C'est-à-dire que c'est un futur. Je n'ai pas compris la question. Peux-tu expliquer quelle est ta question ?
— C'est-à-dire, répondre à des questions, je peux, mais formuler une question, je n'y arrive pas. Vas-y, explique. Ce n'est pas ce que dit Rachi, hein. Tu essaies d'expliquer Rachi ? Ah, tu donnes une autre interprétation. Ah, oui.
— Tu veux dire que pour nous il est déjà un, et que pour eux il n'est pas encore un ? Mais cela veut dire que quand tu dis Hachem Eloheinu, nous le reconnaissons également comme étant un. Si j'ai bien compris ton expression, c'est comme si tu disais le verset ainsi: Hachem Eloheinu est déjà un pour nous, et il sera un pour eux un jour. C'est ça que tu dis ? On peut lire comme ça, mais on n'est pas obligé de lire comme ça. Hachem Eloheinu, c'est-à-dire l'Éternel est notre Dieu, indépendamment de la question de savoir s'il est un ou non. Hachem est notre Dieu.
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