Se rencontrer soi-même, premier pas vers autrui
Le Kouzari définit l'homme de bien (Chassid) comme celui qui se gouverne lui-même avant d'aimer autrui.
Rav Rony Akrich
Ensuite : La bénédiction des Cohanim, bénir avec amour, 55 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Nous sommes toujours dans le cours sur l'amour de l'un et de l'autre, de l'amour de l'un et des autres. Or l'essentiel de notre étude, depuis les quatre cours précédents, concerne la rencontre avec soi-même: avoir compris, et devoir comprendre, que le chemin vers autrui passe d'abord et avant tout par soi-même.
Chacun de nous aspire donc à une personnalité la plus saine et la plus harmonieuse possible, où tout mon être devrait s'exprimer de la manière la plus équilibrée qui soit. Je vous ai ramené un petit passage. Il est plus long que cela, mais on va le lire ensemble, et on va voir ce que dit ici le sage, ou le compagnon, dans le livre du Kouzari.
Tout le monde sait ce qu'est le livre du Kouzari: il rappelle la rencontre entre un sage juif, peut-être Yehouda Lévi, peut-être non, et le roi des Khazars. Le royaume des Khazars se situe près de la mer Noire, Nahon.
Vous connaissez le fin mot de l'histoire: le roi se serait converti au judaïsme. Kessel avait écrit là-dessus un livre extraordinaire, La Treizième Tribu, pour ceux que cela intéresse. Mais c'était une parenthèse. On va lire le texte que vous avez devant vous. Amar Echaver, Zotomeret: cela veut dire qu'il répond à une question, ou qu'il propose une réflexion au roi des Khazars.
Et chassid, miche ou moshel: comment traduisez-vous chassid ?
— Pieux ?
Non. Le bon ?
— Le bon, oui.
Il y a mieux que le bon et que le chassid. Le pieux, pas du tout. Les pieux sont inamovibles. Je vous ai amusés. C'est très malaisant de dire d'un homme que c'est un homme pieux: le pieux est inamovible.
Or halakha, l'homme de la halakha, vient de la racine lélekhet, aller. C'est un être en mouvement. Il est donc l'antinomie du pieux. C'est amusant, et pourtant c'est vrai. Ce n'est pas de moi, cette remarque. Il faut se référer, au minimum, à la langue française, qui n'est pas celle qui vient ici. Il faut définir le plus sérieusement possible le terme hébraïque. Donc, qu'est-ce que vous entendez dans chassid ? Revenons à nos moutons.
Chassid. Abraham, comme vous le savez, est l'homme qui se définit par cette dimension, ce trait de caractère qu'est le chassid. Comment définiriez-vous Abraham, le patriarche d'Israël ?
— Un homme pieux ?
Non.
— Un homme bon ?
Oui, mais ce n'est pas suffisant. On se rapproche. Monsieur a gravi des échelons: il est arrivé à « généreux ». Qu'y a-t-il de mieux que « bon » et « généreux » ?
— Le don de soi.
Oui, mais ce n'est pas suffisant non plus. J'ai dit que « bon » et « généreux » représentent déjà une certaine élévation dans le palier de la compréhension. J'ai ajouté une aide, substantielle: pour être généreux, il faudrait être quelque chose. Quoi ?
— Il faudrait être aimant.
Aimant. Le mot rakh est l'« amant » de hessed, au sens propre du terme, pas au sens composé populaire. Être l'amant du hessed, c'est être l'être aimant. C'est clair ? Il faut être aimant. C'est le mot clé de notre étude depuis un mois.
Chassid, Mishéou Moshel est celui qui gouverne. À quoi pensez-vous lorsqu'il dit que l'être aimant est celui qui gouverne ? Qui gouverne quoi ?
— Qui gouverne qui, l'être aimant ? Dites-le !
Non, d'abord un terme général. Arrêtez d'entrer dans les particularités de la définition.
— Avance, la femme !
L'être aimant est celui qui gouverne, c'est-à-dire celui qui gère, qui gouverne, qui est le maître de… de qui ? De quoi ? De soi, kol kvod, et maître de lui-même.
Vous vous rendez compte: notre ami, dans sa réponse, a été présomptueux. Il pensait pouvoir aimer autrui sans avoir commencé par lui-même. C'est une grossière erreur, mon ami. Une grossière erreur !
Je disais à votre maître, qui a donné les cours précédents, le Rav Nahon, que je me trouvais dans la rue Rehov Yafo. J'avais une volonté incroyable de donner une pièce à ce mendiant qui me tendait la main. J'ai mis la main à la poche et je n'ai trouvé aucune pièce. Le mendiant m'a dit: avec toute la bonne volonté qui est celle de l'être aimant que tu es, il faudrait peut-être avoir un tant soit peu de pièces pour pouvoir en offrir. C'est clair ? C'est évident. Si seulement on y pensait, on aurait moins de problèmes dans l'existence humaine. Vous êtes bien d'accord avec moi.
Alors: Hachasidou Mishivoumashé, le Merakouzari. Nishma, beroukha, bekhochota, vanafshi, imbe, agoufi, im. Nishma, lokhobea. Et là, nishma, cela veut dire quoi ? Nishma ou shma ? Shma, cela veut dire « qui entend ». Nishma, c'est « qui entend pour lui-même ». Ce n'est pas comme si… pardon, excusez-moi. Cet homme se met à l'écoute de lui-même. Ce n'est pas écouter, c'est s'écouter.
— Et qu'est-ce qu'il écoute ?
Il est à l'écoute de quoi, quand il est à l'écoute de lui ? Regardez le Kouzari, qui dit korotav anavshim, veagoufihim: les forces, les forces morales, les forces de vertu dont on a parlé les fois précédentes, et les forces physiques, bien entendu. Vous avez déjà ici une réponse importante du Kouzari. Il faut prêter garde non seulement aux dimensions de l'être qui vibre et qui pulse à l'intérieur de l'homme que vous êtes, mais aussi aux forces que Dieu vous a données. Il a placé cette intériorité dans un corps physique, dont il faut prendre garde et qu'il faut soigner. On est bien d'accord.
Il y a la suite, dans les Proverbes: Mi-loked ir, c'est-à-dire que l'homme doit être maître de lui-même, et diminuer autant que possible… Vous vous rappelez hier, dans Yer Miyao: Shrirut lev, les pulsions de mon cœur. Et là, c'étaient les mauvaises pulsions, puisque nous avions dit shrirut lev ra. Non ? Alors…
Avoir des pulsions du cœur est tout à fait naturel, n'ayez crainte. Heureusement, tout va bien. Il y a donc ici autre chose à dire: si nous devons être conscients des pulsions de notre cœur, nous devons éviter l'impulsivité. Pourquoi éviter l'impulsivité, nous dit le Kouzari ? Parce que vous perdriez les rênes, les rênes du véhicule que vous êtes. Être impulsif, c'est à un moment donné perdre la raison. Pour donner raison à qui ? Au cœur ! Et vous vous rappelez que « le cœur a des raisons que la raison ne connaît pas ». C'est incroyable comme on retrouve les choses ! On ne le fait pas exprès, ce n'est pas pensé d'avance. Mais le cœur a des raisons que la raison doit connaître. Pour ceux qui n'étaient pas là hier, Nafan: tu te rappelles de ça ? Tu n'étais pas là hier, c'est pour cela que je le répète.
Veou amoukha. Il dit: oumani gama, nagag, oufiot, koumoshénema, oumoshel, beroukho, melukadhir. Vous vous rappelez cela, dans les Proverbes ? Plus grand que celui qui est capable de prendre une ville en temps …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
64 cours de Rony Akrich, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Émouna, Rav Kook, Erets Israël, Techouva.
- 8
L'humilité de la mère face à l'orgueil, selon le Rav PartouchePourquoi la mida de la gaava chez la mère touche plus profondément les générations futures. - 9
Étude de la Torah, sciences et lumière cachée de la prophétiePourquoi la sagesse prophétique échappe à la raison seule, et le rôle décisif des midot dans la réception de la Torah. - 10
L'homme, la femme et la fraternité dans la GenèseLe double souffle de l'homme (nefesh et neshama), puis le nom 'Ichah' et la notion de fraternité dans Bereshit 2. - 11
Adam, Eve et la naissance de CaïnComment le verset « Adam connut Eve » engendre Caïn, et pourquoi l'être précède l'avoir. - 12
Se rencontrer soi-même, premier pas vers autruiLe Kouzari définit l'homme de bien (Chassid) comme celui qui se gouverne lui-même avant d'aimer autrui. - 13
La bénédiction des Cohanim, bénir avec amourPourquoi la bénédiction sacerdotale exige un amour réel entre les Cohanim et le peuple, et non un simple geste rituel. - 14
La haine gratuite, l'Aleph et l'unité de la diversitéPourquoi le second Temple est tombé par haine gratuite, et comment l'Aleph relie les Youd et l'unité. - 15
Techouva : la racine du mot et le sens de chouvLe cours part de la racine chouv pour montrer que la techouva est un retour à soi, non un simple aveu de faute. - 16
Qui est l'homme intègre ? Tamim Tiyei et la mission d'IsraëlLe verset cardinal « Tamim Tiyei » expliqué à partir du Devarim, de la Torah et de la mission du peuple d'Israël. - 17
A couper (fin)
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav