Moché, Yehochoua et la succession à la tête du peuple
Pourquoi Moché demande un successeur et comment Rachi résout la contradiction entre deux versets de Pin'has.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : La Parasha de Beshalah, 49 min
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## Le partage de la terre
Chalom. Nous voilà arrivés à l'avant-dernière paracha, puisque en général Matot et Massé sont des paracholot reliées, qu'on lit le même Chabbat. Il s'agit de la paracha de Pinhas, l'avant-dernière du livre de Bamidbar. Nous savons déjà, depuis la paracha de Houkat, que nous sommes entrés dans la quarantième et dernière année du désert, avec la disparition, rappelez-vous, de tous les grands...
Cette paracha contient énormément de sujets différents, qui tournent tous, de près ou de loin, autour de ce qui se passera le moment venu, après l'entrée en Erets Israël. En particulier l'épisode de l'annonce faite par Moshe de la division du pays, la parcellisation du pays entre les tribus. Comment cela doit-il se passer ?
Chapitre 26, verset 55: « C'est par le tirage au sort que le pays sera partagé entre les tribus, de façon différente. » Versets 55 et 56. Ce n'est pas notre sujet, mais il y a deux manières différentes. L'une vient de l'homme, par le tirage au sort. Et l'autre, par l'oracle du grand prêtre Aharon, vient confirmer ce que l'homme, par le tirage au sort, avait découvert: telle parcelle du pays d'Israël doit revenir à telle tribu d'Israël.
Sans aller plus loin, car encore une fois ce n'est pas le sujet, mais cela nous fait entrer dans le sujet: le caractère du paysage de chaque parcelle de ce petit pays qui s'appelle Erets Israël correspond au caractère profond de telle ou telle tribu. Il y a donc ici une révélation de la sous-identité tribale de chacune des douze tribus, par le fait qu'elle va hériter au nord, au sud ou au centre. Ce n'est pas pareil. Quoi qu'il en soit, à la suite de cette annonce, à la fin du chapitre 26...
... cette annonce faite par Moshe concernant le partage du pays aux tribus. Au début du chapitre 27, les filles de Tselofrad, membre de la tribu de Menashé, dont le père est mort et qui sont donc orphelines, demandent à Moshe, et à Elazar le grand prêtre également, puisque c'est lui qui donne la réponse par le goral, l'oracle dont il est porteur. Elles demandent ce qui va se passer pour elles: comment vont-elles pouvoir hériter, ou leurs enfants, puisque tu dis que l'héritage ne doit pas quitter la tribu à laquelle cette parcelle de territoire revient ? Il y a donc toute une négociation.
Avec les filles de Tselofrad sur ce sujet, qui finalement résoudront le problème en épousant des gens de leur famille. Mais à la lumière de ce sujet de l'héritage des filles de Tselofrad, et c'est là le rachis sur les versets qui vont nous occuper, c'est-à-dire le chapitre 27 à partir du verset 15, 16 et la suite, il y a un lien. Entre la fin de l'épisode des filles de Tselofrad et les versets que nous allons lire tout de suite, concernant Moshe qui va demander à Dieu d'assurer sa succession, il y a donc la fin du chapitre 27, la réponse de Moshe aux filles de Tselofrad concernant l'héritage de la terre. Ensuite, du verset 12 au verset 14, l'épisode où Dieu annonce à Moshe qu'il va mourir.
Et puis à partir du verset 15: Vaidaber Moshé el Hachem lémor: Moshe parle à Dieu en ces termes. Yifkod Hachem Elokei haroukhot lekhol bassar ich al ha'eda: que Dieu désigne, Lui, le Dieu qui gère les différentes opinions. Là encore, je traduis d'après le commentaire de Rachi. Qu'Il désigne un homme pour commander la communauté, acher yétsé lifneihem, qui va sortir devant eux, va acher yavo lifneihem, et qui va revenir devant eux, vaacher yotsiem vaacher yeviem, qui les fera sortir et les fera revenir. Velo tihye adat Hachem ketsone acher ein lo roeh: que l'assemblée de Dieu ne soit pas comme un troupeau qui n'a pas de berger.
Et au verset 18, Vayomer Hachem el Moshe, Dieu répond à Moshe en lui disant: Kah lekha et Yehochoua bin Noun, prends Josué, fils de Noun, ich acher roua'h bo, un homme en qui réside un souffle, toi qui m'as demandé le Dieu des souffles, qui sache gérer les opinions divergentes de chacun. C'est ce que nous dira Rachi. Josué est donc un homme qui possède un souffle central, capable de rassembler autour de lui les différents roukhot, les différentes opinions, les différents souffles de chacun. Vessamakta et yadekha alav: tu imposeras tes mains sur lui. C'est le phénomène qui sera connu au cours des générations sous le nom de smikha. Smikha, cela veut dire, comment dit-on en français, être intronisé.
C'est de cette façon, très particulière, que la filiation de transmission de la Torah se fera de maître à élève pour les générations à venir, en tout cas jusqu'à la période où elle disparaîtra, à cause de la destruction et de l'exil. Il y aura une tentative de retrouver cette smikha à l'époque de Rabbi Yossef Caro, qui sera lui-même mousmakh, par tous les rabbins d'Erets Israël de l'époque, ou presque. Puis cela durera une génération, et cela s'arrêtera à nouveau.
Et puis cela continue, verset 19: Vehaamadeta oto lifné Elazar haKohen: tu feras se tenir cet homme, Yehochoua bin Noun, que tu vas choisir, devant Elazar le Cohen et devant toute l'assemblée, et tu l'ordonneras à leurs yeux. Vénatata mehodkha alav: voilà un verset qui va nous donner du fil à retordre. Tu donneras de ta splendeur sur lui. Je dis bien mehodkha, dans le sens hébraïque, est un mot restrictif: de, dans le sens d'une partie de ta splendeur. Lemaan yichmeou kol adat bné Israël, afin que toute l'assemblée d'Israël l'écoute.
Voilà beaucoup de travail et de notions posées. Je répète les trois parties, ou même les quatre, qui se succèdent dans le récit de la paracha de Pinhas. Premièrement, Moshe annonce le partage de la terre aux tribus. À la suite de cela, les filles de Tselofrad, orphelines, viennent demander comment cela va se passer pour elles, afin que leurs enfants puissent hériter sans que l'héritage passe pour autant d'une tribu à l'autre, ce que Moshe a interdit. À ce moment-là, au verset 12, Dieu annonce à Moshe qu'il va mourir. Et à partir du verset 15 que nous venons de lire, Moshe demande, eh bien, sa succession, son héritage spirituel, qui va prendre la suite.
Immédiatement, nous allons essayer d'entrer dans l'atmosphère, parce que le temps est très court, de cette demande de Moshe, à travers, bien sûr, le commentaire de Rachi en particulier. Au verset 12, Rachi nous dit ceci: Alé el Har HaAvarim, Dieu dit à Moshe: monte sur la montagne des passages, la montagne qui précède l'entrée en Erets Israël.
Je prends le deuxième commentaire de Rachi. Moshe étant entré dans la partie de l'héritage de Gad et de Réouven (on l'apprendra plus en détail dans la paracha prochaine, Matot et Massé), vous savez très bien que Réouven et Gad vont hériter de ce qu'on appelle aujourd'hui la Transjordanie, après avoir combattu avec leurs frères au pays de Canaan, en Cisjordanie, enfin de ce côté occidental du pays d'Israël. Moshe s'est donc dit: puisque …
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