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Le Maharal et la vérité jetée à terre

Le midrash de la création de l'homme : la vérité germe de la terre et l'émouna attend la venue.

51 min

Benjamin Gross

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

… de notre problème. En effet, dans les deux chapitres précédents, le Maharal nous avait fait assister à une véritable ambiguïté. D'une part, nous avons vu que l'homme est appelé à l'accomplissement de sa personne en refusant tout abandon, tout renoncement. D'autre part, il est prévenu qu'il existe une limite infranchissable qu'il ne pourra jamais dépasser.

Alors, nous nous sommes interrogés à la fin du dernier cours sur le sens de cette aventure. Nous avons trouvé qu'on peut parvenir à un dépassement, mais que ce dépassement, semble-t-il, n'a pas d'aboutissement. Qu'est-ce qui s'éveille à travers cette vie de risque ? Est-ce que quelque chose se fait ? Est-ce qu'un sens s'éveille ?

Et c'est à la présentation de ce paradoxe, avions-nous dit, qu'est consacré le troisième chapitre, qui nous donnera également la valeur que le Maharal attribue au mot vérité, émet, dont nous avons cessé de nous entretenir depuis le début de ce cours. Pour résoudre ce problème, comme nous l'avons vu à plusieurs reprises, le Maharal expose son idée à travers l'exégèse d'un midrash.

Nous avons déjà cité ce midrash la dernière fois. Je le rappelle rapidement. Il se trouve dans Béréchit Rabbah, chapitre 8, paragraphe 5, et nous renseigne plus exactement sur la valeur de ce verset: lorsque Dieu crée l'homme, il est dit « Naassé Adam », faisons l'homme. Avec qui Dieu se confronte-t-il, dans ce « faisons » ? Il y en a qui disent que c'est un pluriel de majesté, mais il y en a qui disent que Dieu a pris conseil du conseil supérieur, si l'on peut dire, c'est-à-dire des anges.

Voici ce qu'enseigne le midrash: lorsque le Saint béni soit-Il entreprit de créer le premier homme, Adam, les anges de service ont été consultés. Mais ils n'étaient pas d'accord entre eux. Ils se sont formés en groupes. Certains disaient: que l'homme soit créé; d'autres disaient: non, qu'il ne soit pas créé. Cela correspond au verset: « La bonté et la vérité se sont rencontrées, la charité et la paix se sont embrassées », qui se trouve dans Tehilim (les Psaumes), chapitre 85, verset 11. Vous voyez que ce verset évoque, d'une part, la bonté et la vérité.

Pour la création de l'homme, il y a donc finalement eu discussion entre ces qualités. En effet, la bonté (Chesed) disait: oui, que l'homme soit créé, car il est capable de compassion. Mais la vérité disait: non, car il n'est que mensonge. Et la tsédaka, la charité, disait: qu'il soit créé, car l'homme est capable de générosité. Mais la paix (chalom) disait: non, ne le crée pas, car il est plein de discorde.

Le midrash nous fait alors assister à une scène assez extraordinaire: Dieu était embarrassé, puisque deux étaient pour et deux étaient contre. Il n'avait donc pas, pour parler ainsi, de majorité. Qu'a-t-il fait ? Il a pris la vérité et l'a jetée à terre, suivant un verset, « la vérité fut jetée à terre », qui se trouve dans Daniel, chapitre 8. Dieu avait alors en quelque sorte la majorité, puisqu'ils étaient débarrassés de la vérité. Mais les anges de service lui ont dit: hé, qu'est-ce que tu fais, maître du monde ? Est-ce que tu méprises l'ordre que tu as établi ? Que la vérité monte de la terre ! C'est ce qui est dit: « La vérité germera de la terre. »

C'est à travers l'explication de ce midrash que le Maharal veut nous donner le sens même de la recherche de la vérité. Comme je l'ai déjà expliqué à plusieurs reprises, le Maharal n'a pas l'habitude de donner directement le sens qu'il attribue au midrash. Souvent, oui, mais parfois, comme des cercles concentriques, il nous rapproche de la solution de façon progressive. C'est pourquoi là aussi, il y a deux explications que le Maharal propose à cette énigme, on peut dire, du midrash.

Première explication. Ce qui est clair, n'est-ce pas, c'est que ce midrash pose la question de la création de l'homme, et par conséquent de la valeur de l'homme. Le pluriel « Naassé Adam » s'expliquerait par la consultation de Dieu avec les anges, c'est-à-dire avec les forces qui existent dans le monde.

Dans une première approche, le Maharal nous dit effectivement que ce midrash ne fait que confirmer la condition relative de l'homme: capable de générosité et de don, de bonté, mais incapable, d'un autre côté, d'atteindre la vérité et la paix. La discussion entre les anges ne fait donc que refléter la valeur relative de l'homme, qui n'est pas capable de parvenir à la vérité et à la paix.

Le Maharal explique cette situation relative de l'homme par la situation du monde. La conception du Maharal est que le monde est disposé en trois niveaux: un niveau supérieur, un niveau intermédiaire et un niveau inférieur. L'homme, lui, partage en principe le rôle et la façon de vivre du monde inférieur. Dans le monde inférieur, rien n'est strict. Dans le monde intermédiaire, il y a des choses qui sont strictes. Dans le monde supérieur, tout est absolument vérité. Par conséquent, le monde intermédiaire ne connaît pas les fluctuations qui existent dans le monde inférieur.

Dans le monde inférieur, c'est-à-dire le monde dans lequel nous vivons, il y a des changements continuels. Il y a donc des disputes, et il y a des mensonges. Le monde intermédiaire est également un monde créé, mais il ne connaît pas ce mouvement de défection que connaît le monde inférieur. Il n'est donc pas lié à une évolution interne. C'est pourquoi le monde intermédiaire se qualifie par la paix. Tout ce qui se déroule dans ce monde intermédiaire, dont nous allons voir que c'est le monde des galaxies, des étoiles, du soleil et de la lune, se déroule dans une parfaite harmonie.

Le monde supérieur, lui, est un domaine immuable de l'intellect. Là, la vérité est absolue dans tout son éclat. Résumons. Le monde inférieur, qui est celui du minéral, de l'animal et de l'humain, n'a ni vérité ni paix. Il est absolument dans le relatif. C'est notre monde. Cependant, et c'est la nouveauté qu'introduit le Maharal dans cette explication, l'homme participe à l'ensemble de ces trois niveaux du monde. L'homme est un microcosme. Il appartient à la fois, si vous voulez, au monde inférieur, au monde intermédiaire et au monde supérieur. Comment concevoir cela ?

Eh bien, l'homme est un véritable microcosme, je l'ai dit, mais non pas dans l'essence particulière de chacun de ces mondes, plutôt dans la relation qui existe entre ces mondes. Le Maharal considère qu'entre le monde supérieur et le monde intermédiaire, il y a une influence du monde supérieur sur le monde intermédiaire, et une influence du monde intermédiaire sur le monde inférieur.

Prenons le monde supérieur, le monde de la vérité. En ce qui concerne l'essence de ce monde, l'homme n'a pas de part. Mais dans la mesure où le monde de la vérité n'est pas coupé du monde intermédiaire, et où il y a une influence, que nous appelons la bonté, Chesed, l'homme y participe. De même, le monde intermédiaire est le monde de la paix, où tout est …

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