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Bamidbar, le désert entre le projet et sa réalisation

Pourquoi le livre de Bamidbar est celui de la chute et de la traversée nécessaire vers la réalisation du projet divin.

43 min

Rav Yossef Attoun

Ensuite : Parachat Bamidbar (19/05/15), 55 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. Nous voilà arrivés au quatrième Choumash des Khamisha Houmshei Torah. Je voudrais rappeler quelque chose que nous apprenons de temps en temps, que nous rappelons de temps en temps. Khamisha Houmshei Torah. Vous vous rappelez qu'il faudrait peut-être traduire « les cinq, cinquièmes de la Torah », et on avait souvent dit qu'il y a ici une grande difficulté.

Pourquoi dire « les cinq cinquièmes » ? On n'aurait qu'à dire « le livre de la Torah », puisqu'il y a une unité fondamentale de la Torah. Ou bien, si l'on veut, dire « les cinq livres de la Torah ». Mais pourquoi dire « les cinq cinquièmes » ? C'est vrai que, sans avoir fait beaucoup d'études sur les fractions, on sait que cinq cinquièmes, ça fait un entier. Mais pourquoi prononcer les choses de cette façon mystérieuse ? Nous avons appris que chacun des Sfarim, chacun des Chumashim, constitue un autre degré, une autre dimension de la Révélation divine, de la Révélation prophétique de la Torah, la Torah de Moshé.

Et à la fois c'est complètement différent: chaque Choumash est une dimension complètement différente des quatre autres. C'est pour ça qu'il faut les fractionner en cinq, mais en même temps, chacune des cinq dimensions ne peut en aucun cas être prise séparément des quatre autres. Et c'est pour ça que nous disons Khamisha Khoumshei Torah.

Quelle est donc la dimension spécifique au livre que nous ouvrons aujourd'hui, qui est le livre de Bamidbar ? Notre cours sera d'ailleurs véritablement un cours d'introduction au livre de Bamidbar, qui est peut-être un des livres les plus étonnants. Des enseignements très riches, mais aussi une source d'enrichissement permanent. Commençons tout de suite par la première introduction.

Bamidbar, cela veut dire « dans le désert ». Cela veut dire qu'il y a ici une traversée du désert qui est nécessaire. Effectivement, si l'on devait rester et stagner à la place, à la Tachana, là où l'on se trouve, alors l'homme ne peut pas progresser. Il est écrit par exemple dans le texte du Chéma, oui, Nahon: « Beshivtekha beveitekha » et il est écrit « Belekhtekha baderekh ». Il y a deux situations fondamentales de la personne humaine, au propre comme au figuré d'ailleurs, sur le plan physique comme sur le plan moral, comme sur le plan psychologique, comme sur le plan spirituel.

Il y a « Beshivtekha beveitekha », lorsque tu es assis dans ta maison, yéchiva: c'est une situation, pas seulement physique, mais une situation psychologique, comment dirait-on, calfeutrée, enfin commode, d'un certain point de vue nécessaire, bien entendu, à la yishouvada, attendu en hébreu, à la réflexion, et à une réflexion profonde. Et puis voilà que, malgré tout, l'homme, parfois malgré lui, souvent, doit être « Belekhtekha baderekh », c'est-à-dire en cheminant, dans les chemins du monde, d'une station à l'autre. Entre l'Égypte, si vous voulez, qui a été la matrice du peuple d'Israël, on l'a vu, et puis le pays de Canaan, le pays d'Israël, il y a un Midbar, il y a un désert qu'il faut nécessairement traverser.

Alors c'est vrai, nous aurons l'occasion d'en reparler à propos de la paracha de Chela'h Lekha, des explorateurs, des espions que Moïse va envoyer. Cette traversée aurait dû prendre beaucoup moins de temps. Elle a pris finalement quarante ans. Mais de toute façon, et c'est ce qui m'intéresse pour l'instant, il y avait une traversée nécessaire entre telle situation de stationnement, de yéchiva, et telle autre situation de stationnement. On voit bien ici qu'il y a des notions très proches de ce que disent les gens savants, les philosophes: la phylogenèse rejoint l'ontogenèse. Cela veut dire que l'histoire du développement du collectif rejoint l'histoire du développement de l'individu.

C'est vrai que lorsqu'un enfant grandit, il passe, disent les psychologues de l'enfant, toute une série de stations, toute une série de paliers, si vous voulez. Mais entre chacun de ces paliers, il y a une nécessaire marche dans le désert. Il y a une nécessité: on va trébucher. On va se retrouver entre une station et une autre, non accompagnés. On va se retrouver, comme dit le Talmud, kol hadrakhim be'sakanat sakana: les chemins sont, en présomption, dangereux.

C'est la raison pour laquelle vous savez très bien qu'avant de partir en chemin, nous devons dire la Tefilat HaDerekh. Et lorsqu'on revient du chemin, il y a à cela différentes chitot de halakha, mais on doit dire la birkat hagomel, la bénédiction de ceux qui se sont sortis sains et saufs d'un danger qui les attendait. Les chemins sont dangereux, pourquoi ? Essentiellement parce qu'on n'est pas protégé, on est vulnérable. On n'est pas dans un endroit civilisé. La civilisation, le fait de se retrouver comme un être social, protège l'individu. L'isolement provoqué par la nécessaire marche dans le désert rend l'homme vulnérable.

Et nous verrons d'ailleurs que ce livre de Bamidbar, appelé par le Rav Tzvi Yehouda Kook d'une façon assez imagée Sefer HaKatastrofot — je crois qu'il n'y a même pas besoin de traduire en français dans le texte, le livre des catastrophes — nous verrons que, c'est vrai, à part les deux premières paraschiot et demie, à part les toutes dernières, tout le livre, le centre du livre, nous fait passer presque sans interruption d'un échec à un autre, d'un peuple d'Israël qui est sorti d'Égypte comme un enfant qui va commencer à grandir, mais qui va trébucher, catastrophe après catastrophe.

Alors je crois que c'est important; nous aurons l'occasion d'y revenir presque à chaque paracha que nous allons étudier. Il s'agit de ce que le Rav Yitzhak Arama, dans l'Akedat Yitzhak, qu'on cite souvent, appelle d'une façon très précise Ahit No'aout.

Bamidbar, c'est un mot un peu savant. Le Yitnoéa, vous savez ce que ça veut dire ? Oui: na, na, manoa, cela veut dire un moteur, se mouvoir. La mouvance nécessaire dans le désert afin d'atteindre une station, un but progressif par rapport à la station précédente. Nous allons essayer de préciser un tout petit peu plus, mais il me semblait nécessaire d'ouvrir cette introduction au livre, dont nous aurons l'occasion de reparler.

Pour rappeler peut-être: le désert, c'est bien cela, Bamidbar. Midbar, c'est l'endroit non civilisé. Peut-être même l'endroit anticivilisé, l'endroit dans lequel rien ne pousse. Il y a nehashim et akravim, il y a des serpents et des scorpions, de toutes sortes. Et donc il va falloir que l'homme se protège au maximum, avant, après, en espérant que cette itnaout, cette mouvance qui sera la sienne, on en sortira indemne.

À ce propos, on va voir tout de suite un texte que j'ai préparé et que je vous ai fait parvenir: l'introduction du Natsiv de Volojin. Natsiv, ce sont les initiales de Harav Naftali Tzvi Yehouda Berlin, qui était le grand maître de la yeshiva de Volojin après son fondateur, le Rav Chaïm de Volojin, l'élève du Gaon de Vilna, l'auteur du Nefesh HaHayim, l'âme de la vie. Son élève, le Rav Naftali Tzvi Yehouda Berlin, en abrégé Natsiv, ça veut dire « le prince », « le gouverneur ». Le Natsiv de Volojin va écrire une introduction …

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