Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

Le Maharal et la vérité : les quatre qui ne voient pas la face de Dieu

Le flatteur, le moqueur, le menteur et le médisant trahissent la vérité, donc la relation à Dieu.

40 min

Benjamin Gross

Ensuite : Le Maharal, la vérité et le mensonge, étude 6, 43 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

On roule ? D'accord. Nous arrivons ainsi à la fin du premier chapitre, et vous vous souvenez très certainement que nous avons établi une dualité fondamentale dans l'homme, qui fait qu'il a des difficultés à parvenir à la vérité et à la sincérité. Il s'agit de s'appuyer sur cette dualité pour la dépasser. Ceux qui la dépassent vont dans la ligne convenable, la voie droite. Ceux qui ne s'appliquent pas à la dépasser établissent au contraire une rupture d'une relation fondamentale.

C'est dans ce sens que le Maharal amène, en fin de chapitre, le texte suivant: « Quatre catégories de personnes ne voient point la face de Dieu: les moqueurs, les menteurs, les flatteurs et les médisants. » Le midrash qui est ainsi cité s'applique à trouver des versets qui corroborent cette opinion. Ce que le Maharal dégage de cette idée, c'est que ces quatre catégories de personnes ont quelque chose en commun: pour des motifs divers, il y a un manque de respect de la vérité. Dans son commentaire, le Maharal souligne qu'il ne s'agit pas seulement de duplicité envers autrui, mais qu'une telle conduite implique une infidélité envers Dieu et ruine la qualité de la relation de l'homme avec Dieu.

En d'autres termes, il ne s'agit pas seulement d'une relation humaine, mais d'une mise en cause de la notion même de vérité, c'est-à-dire d'une relation avec Dieu. C'est pourquoi le but de l'analyse du Maharal ne vise pas principalement la mise en évidence de règles morales qui porteraient sur l'usage de la parole, mais l'établissement de l'identité entre la vérité et Dieu, comme nous l'avons établi au cours de tout ce chapitre. C'est-à-dire qu'à la simplicité et à l'unité de Dieu devrait au fond correspondre un effort parallèle de l'homme pour parvenir à la vérité. Comme nous l'avons vu tout au long de ce chapitre, le Maharal s'efforce de montrer que, pour l'homme, l'essentiel, c'est la sincérité, la volonté de parvenir à la vérité.

Si, comme nous l'avons vu, cet effort se heurte toujours à des difficultés essentielles pour que l'homme puisse être véritablement ce qu'il est et non pas ce qu'il apparaît, alors il faut voir que chacune de ces quatre catégories présente une particularité en ce qui concerne l'éloignement de la vérité. Le flatteur, justement, prenons ce premier cas: non seulement il ne dit pas la vérité, mais surtout il ne tente pas l'unification, il accentue la dualité. C'est là le point de vue essentiel. Si nous parlons de sincérité, cela veut toujours dire un effort pour parvenir à la vérité. Or la duplicité du flatteur est une duplicité voulue et non pas seulement subie. Le but est simplement de se servir d'autrui à ses propres fins.

Cela le conduit finalement à jouer le rôle d'un personnage. Il flatte autrui, mais toujours dans le but de faire promouvoir ses propres intérêts. Si l'unité divine se présente pour l'homme comme un impératif pour l'intégrité de sa personne, la relation à Dieu et au monde s'exprime surtout par la création. C'est pourquoi un Dieu créateur est une invitation à continuer l'œuvre. Cela suppose donc une intentionnalité positive, c'est-à-dire une volonté de donner du sens, de donner de la valeur au sens de l'univers. C'est précisément ce sens, ce souci constant de la vérité, que dénie le moqueur. Nous arrivons maintenant à la seconde catégorie.

En hébreu, le moqueur, c'est le leits, celui qui tourne tout en dérision. Pour lui, rien n'a de valeur réelle, il est sceptique quant à la valeur même de l'existence, et son attitude mène au nihilisme. Le détachement que le moqueur installe entre lui et l'autre, en se moquant de tout et en présentant un manque de sérieux, comporte évidemment le risque d'une rupture avec l'autre, et compromet naturellement les possibilités de don et de participation.

Dans mon expérience pédagogique, j'ai souvent remarqué que, de toutes les quatre catégories que nous venons de mentionner, le moqueur est peut-être le plus dangereux. Parce que le moqueur ne prend rien au sérieux. Quand quelqu'un nie la vérité ou apporte une autre opinion, on peut toujours discuter avec lui. Mais avec le moqueur, étant donné qu'il ne prend rien au sérieux, aucun argument ne porte vraiment. Les arguments ne l'intéressent absolument pas. Tourner tout en dérision revient à dire qu'au fond rien n'a de valeur, et qu'à partir du moment où rien n'a de valeur, l'argument que vous lui soumettez, et qu'il serait amené à dénier, n'a pas non plus de valeur. En conséquence, le moqueur est toujours celui qui manque de sérieux.

J'ai constaté, pédagogiquement, que lorsqu'on a des élèves qui ne comprennent pas encore, ou qui ont d'autres opinions, qui ont été élevés différemment, avec une ténacité et une capacité pédagogiques, on arrive toujours à les influencer, du moins en partie. Mais le moqueur, c'est celui qu'on n'arrive pas à changer. C'est le plus difficile de toutes les catégories à changer, parce qu'il a chez lui une absence de sérieux, et on ne sait pas à quoi accrocher les arguments.

Si nous rapprochons maintenant ceci de la qualité divine, puisque nous voyons que ces catégories ne peuvent pas vivre avec Dieu, alors la première catégorie insiste sur la notion de création: Dieu est créateur. Mais Dieu n'est pas seulement créateur, il maintient aussi les existants dans l'être. C'est dans ce sens que nous avons affirmé que si Dieu est vérité, et que l'homme participe d'une certaine manière toujours au non-être, alors nous voyons que le menteur est, de tous les quatre, celui qui prend délibérément la décision de la négativité. Le moqueur, lui, se caractérise par une absence de sérieux. Le menteur n'est pas dans l'absence de sérieux, mais il est absolument dans la négation. Il prive les existants de leur authenticité. Il penche lui-même pour un refus d'assumer la vie, vers un amoindrissement de son être. Par conséquent, le menteur ne peut pas être en même temps avec Dieu, puisqu'il rend positif quelque chose qui est inexistant.

Enfin, la dernière catégorie. Nous devons voir que la création est également accomplissement. Dieu crée, Dieu maintient les choses en existence, mais la création a aussi un but: elle veut faire aboutir la création, la mener à son terme. Dieu créateur est donc le garant que tout ce qui se fait dans l'histoire nous conduit finalement vers un monde qui vient. Et l'homme doit être associé à cette histoire: il doit comprendre qu'il lui appartient de faire émerger ce sens à travers l'histoire, et de dégager, comme le disait Bergson, à travers ce qui se défait, quelque chose qui se fait. Afin que soient assurées les moissons futures de l'histoire, il est absolument indispensable de protéger le grain de l'ivraie.

Et par conséquent, la dernière catégorie, le médisant, cultive au contraire quelque chose, je dirais, comme un venin qui corrompt l'homme. Celui qui médit, en hébreu, c'est le lachon hara, qui colporte le mal, c'est donc celui qui veut détruire tout le sens de la société. Et cet homme qui accuse l'autre, même si cela est vrai, colporte toujours le mal, et il se ferme sur lui-même. Il n'a plus de rapport avec l'autre, et il se coupe par conséquent …

Cours de Machon Meir

Dans la même série

8 cours de Benjamin Gross, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Maharal, Maharal de Prague, Talmud, Vérité et émouna.

  1. 2
    Le Maharal et la Haggadah du Talmud
    Pourquoi le Maharal voit dans les récits homilétiques de la Guemara une philosophie du judaïsme.
    8 min
  2. 3
    Le Maharal et la place de la Haggada dans le Talmud
    Pourquoi le Maharal défend la Haggada, et pourquoi la matière n'est pas une illusion.
    57 min
  3. 4
    Le Maharal et la notion de vérité, selon Nétivot Olam
    Le mot émet (aleph, mem, tav) : la vérité se conquiert jusqu'au tav, et le mensonge enferme comme un nœud.
    47 min
  4. 5
    La vérité, dualité de l'homme et récit de Rav Tabout
    Le Maharal lit l'histoire de Sanhédrin 97a : l'homme, pris entre deux penchants, est incapable de vérité absolue.
    47 min
  5. 6
    Le Maharal et la vérité : les quatre qui ne voient pas la face de Dieu
    Le flatteur, le moqueur, le menteur et le médisant trahissent la vérité, donc la relation à Dieu.
    En cours de lecture
  6. 7
    Le Maharal, la vérité et le mensonge, étude 6
    Le Maharal oppose au chapitre 1 l'exigence absolue de vérité, reliée à l'unité divine.
    43 min
  7. 8
    Le Maharal et la vérité jetée à terre
    Le midrash de la création de l'homme : la vérité germe de la terre et l'émouna attend la venue.
    51 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav