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Balak et Bil'am : un prophète des nations

Pourquoi Bil'am, prophète mal intentionné, reçoit-il une prophétie, et en quoi diffère-t-elle de celle de Moshé ?

36 min

Rav Yossef Attoun

Ensuite : Parachat Balak (11/07/16), 1 h 01

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom. La paracha de Balak. Balak est le roi de Moav, qui va essayer d'utiliser tous les stratagèmes possibles pour venir à bout de ce peuple qui dérange et qui s'appelle le peuple d'Israël. Pour cela, il va employer les services d'un personnage tout à fait hors du commun, qui s'appelle Bil'am.

Bil'am ben Be'or n'est pas n'importe qui. Il s'avère que Bil'am ben Be'or est un prophète, un prophète des nations, un visionnaire des nations, celui qui possède la force de la rhétorique, la force d'utiliser les forces spirituelles du monde, mais qui les utilise, comme on le verra, pour ses propres besoins. Des besoins qui ne vont pas dans le sens de l'histoire.

En bref, vous connaissez cette phrase de la fin de la Torah, de la fin du livre de Devarim: « Ve lo kam navi od be Israël ke Moshe », « Aucun autre prophète ne s'est dressé en Israël comme Moshé ». Dans le Pshat, ce verset veut dire qu'il n'y a pas de prophète plus grand que Moshé. Nous savons qu'il est écrit sur le tombeau du Rambam, de Maïmonide, à Tibériade: « Mi Moshé ad Moshé lo hayah Moshé », « De Moshé à Moshé, il n'y a

jamais eu de Moshé ». Donc le Pshat, c'est qu'il n'y a pas de prophète de l'envergure de Moshé. D'ailleurs, Maïmonide lui-même, qui avait une compréhension de l'envergure de la prophétie de Moshé Rabbénou, hors de toute norme de prophétie à part lui, dit que s'il y avait un autre mot pour dire « prophète », on l'aurait utilisé pour Moïse, ou alors on aurait utilisé un autre mot pour les autres prophètes. Il y a donc une petite difficulté à employer le même mot pour la prophétie de Moïse

et celle des autres prophètes.

Retenons donc une petite difficulté dans ce verset de la fin de la Torah: « Ve lo kam navi od be Israël ke Moshé ». La Guemara se demande pourquoi il est écrit be Israël, « en Israël », bien sûr. Elle répond: en Israël, il n'y a pas eu comme Moshé, mais chez les nations, il y a eu. Et comment s'appelle-t-il ? Il s'appelle Bil'am ben Be'or. Voilà.

C'est exactement notre sujet aujourd'hui: pourquoi le Saint, béni soit-Il, donne-t-Il à un prophète aussi mal intentionné que Bil'am, comme on va le voir, prophète des nations, la capacité d'atteindre ce niveau de force spirituelle qui s'appelle la prophétie de Moshé ? Je répète: en Israël il n'y a pas eu comme Moshé, mais chez les nations il y a eu. Ceci dit, il ne s'agit pas aujourd'hui de voir exactement la différence entre l'un et l'autre, qui est à peu près celle du jour et de la nuit. Bien entendu, ça ressemble, mais comme toute chose qui ressemble, ce n'est pas du tout pareil.

Je le dis très succinctement, il faudrait développer. L'expression employée à propos de Moshé, c'est Vayikra el Moshé. Cela a même donné son nom à un livre tout entier, le troisième livre du Pentateuque, le livre de Vayikra, en français le Lévitique. Il y a un homme sorti de cette famille humaine que l'on appelle le peuple d'Israël, ou la maison d'Israël, héritière des patriarches. Après les livres de Béréchit, les engendrements de l'identité d'Israël, après le livre de Chemot, la naissance du peuple né de cette famille, viendra le livre de Vayikra. Vayikra el Moshé: voilà un type d'homme parfait, en tout cas capable d'être appelé par le Créateur en vue de lui parler. Encore une fois, le mot « appeler » en hébreu est un mot très précis. On ne parle pas comme ça à n'importe qui. On parle à celui qui est au niveau de celui qui lui parle. Cela s'appelle Vayikra.

Par contre, le même mot est employé pour Bil'am, avec une petite grande différence: Vayiker el Bil'am. Vayiker ressemble à Vayikra, sauf qu'il manque le aleph de la fin. Les commentateurs disent que cela ne veut pas dire qu'il l'a appelé, mais qu'il l'a appelé bemikré, c'est-à-dire « par hasard ». Mikré, c'est le mot hébreu, biblique, pour dire « par hasard ». Nous savons tous, nous les Juifs, qu'il n'y a pas de hasard, sauf quand il s'agit justement de se comporter comme si cela se passait de façon aléatoire, c'est-à-dire par rapport aux nations. Pour Israël, pour Moshé, en revanche, et par là je conclus cette introduction:

Employant le langage du Maharal dans beaucoup d'endroits, Moshé a une prophétie be'etzem, c'est-à-dire essentielle au sens propre du mot. Par essence, il est arrivé au degré de prophétie qui s'appelle Nevouat Moshé. Chez Bil'am, c'est sporadique, c'est bemikré. Cela arrive de temps en temps, pour des besoins. C'est là que nous entrons maintenant dans le vif de notre sujet.

Pour des besoins que Bil'am pense être les siens, mais qui vont bientôt s'avérer être les besoins du Créateur, qui a choisi de prophétiser par Bil'am. Il s'agit, et là cela répond déjà mieux, je pense, à votre question, pour le Créateur de faire passer un certain type de vérité, qui doit nécessairement être exprimée par, on le verra, l'un des plus grands antisémites de l'histoire. Mais à travers une prophétie de l'ordre de Moshé, cela veut dire une vérité d'éternité. Quand on dit « prophétie de l'ordre de Moshé », cela veut dire une vérité de l'ordre du Netzah.

Ceux qui ont un peu étudié ces choses savent que, dans la typologie des kabbalistes, Moshé représente la Sefirah de Netzah, c'est-à-dire de l'éternité. Lorsque Dieu a besoin, entre guillemets, — il n'a besoin de rien — mais lorsqu'Il veut faire connaître une vérité de l'ordre de l'éternité, Il choisit un prophète d'éternité. En Israël, de Vayikra, c'est-à-dire de façon permanente, cela s'appelle Moshé. Chez les Oumot Olam, les nations, de façon aléatoire, ad hoc, pour les besoins d'une certaine cause historique, il va s'appeler Bil'am. C'est plus clair ?

Il y a quelque chose de très curieux. Tout au long de notre paracha, nous n'en verrons que quelques éléments, partiels. Il ne s'agit pas de la relation entre Balak et Bil'am, ni de celle de Bil'am avec Moshé. Il était nécessaire de commencer par là pour mesurer la hauteur de la prophétie de Bil'am. Mais ce dont je voudrais parler aujourd'hui, ce n'est pas la relation entre Bil'am et Moshé, c'est la relation entre Bil'am et Avraham. Bien sûr, ceux qui ont un peu étudié savent qu'il existe une relation explicitement dite dans la Michna des Pirkei Avot, chapitre 5, qui évoque les disciples d'Avraham et les disciples de Bil'am, et qui les oppose.

Mais il faut savoir que cela ne commence pas avec la Michna. La Michna l'a appris des versets de notre paracha. Prenons deux ou trois exemples, mais il y en a d'autres. Par exemple, dans notre paracha, au chapitre 22, au verset 21, quelque chose de très curieux, qui semble anecdotique, comme beaucoup de choses dans le Choumach: on a l'impression qu'il s'agit d'un récit anecdotique, de belles histoires pieuses, ou moins que cela. En fait, le Zohar HaKadosh prononce énormément d'imprécations contre celui qui pense …

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