Korah, la controverse et la démagogie
Comment Korah fonde la mahloket, en pervertissant le verset d'ouverture de la paracha, et pourquoi le Gaon de Vilna y voit le Erev Rav.
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Paracha Korah (16/06/09), 1 h 17
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Chiour, paracha de Korach. Shalom. Notre paracha est donc la paracha de Korach, de la tribu de Lévi, qui a fondé, on peut dire, qui a institué la machloket, la controverse, à l'intérieur d'Israël. On ne fera pas le mauvais jeu de mots qu'en français Korach c'est Corée. Comme vous le savez, il y a la Corée du Nord et la Corée du Sud, mais c'est complètement idiot. On va donc passer aux choses sérieuses.
On se rappelle que le livre de Bamidbar, nous l'annoncions au nom du Rav Tsvi Yehouda Kook, est le Sefer HaKatastrofot, le livre fondamental des erreurs, des errances, des échecs du peuple d'Israël, tant au niveau individuel que, surtout, au niveau collectif.
Nous disions dans un cours précédent qu'entre la situation de stabilité relative en Égypte, mais d'esclavage, et la situation de stabilité en pays de Canaan, en Erets Israël, il y a la nécessité de traverser le désert. Un désert qui est une situation instable, une situation qu'on appelle justement Bamidbar, en chemin, dans le désert, dans un pays non civilisé, quand on n'est pas encore installé dans une situation nationale.
Dans ce désert, il se passe énormément de choses, énormément d'échecs, comme on le disait. Ceci dit, ces échecs aussi font partie de la Torah. La Torah ne s'adresse pas seulement à une situation de réussite et de perfection. Elle s'adresse, comme on le disait, à une situation d'échec qui vise au perfectionnement. Chacune des situations d'échec que l'on trouve dans le livre de Bamidbar fait allusion à une des catégories d'échecs possibles de l'histoire d'Israël, et aux moyens de les pallier, de les tikoun, de les corriger, de les arranger.
Il y a une Torah de la réussite et il y a une Torah de l'échec. Il y a une Torah du tsadik qui ne faute jamais. Et il y a une Torah du tsadik qui, lorsqu'il faute, n'a de cesse de se relever. C'est la Torah du livre de Bamidbar.
La paracha de Korach nous met en présence d'une controverse à l'état pur, la controverse fondamentale. Ce n'est pas seulement, comme il apparaît parfois, une controverse contre Moshe, bien sûr, contre la Torah de Moshe. Il s'agit pour Korach de fonder la controverse dans le monde, en tant que méthode, en tant que méthode démagogique, pour obtenir le pouvoir, pour obtenir la direction des affaires du peuple d'Israël. Et en cela, il s'oppose totalement à Moshe Rabbeinu et à la Torah de Moshe, dont la chita est exactement à l'inverse, nous le verrons.
Nous allons tout de suite commencer à étudier quelques versets, et d'abord et avant tout le premier. Vous connaissez une règle d'or: le premier verset d'une paracha n'est pas seulement celui qui donne en général son nom à la paracha, c'est souvent celui qui nous donne la clé de lecture de toute la paracha. Voyons ce que cela donne ici. Au chapitre 16, premier verset de Bamidbar: Vayikach Korach ben Yitzhar ben Kehat ben Levi, vedatan va'aviram bnei Eliav, ve'on ben Pelet bnei Reouven.
C'est un verset presque intraduisible. On va le traduire quand même, mais la question saute aux yeux. Vayikach Korach: Korach a pris. Lakach, prendre. Korach, fils de Yitzhar, fils de Kehat, fils de Lévi. Il y a bien entendu, de la part de Korach, une revendication par rapport au pouvoir, par rapport à la hiérarchie instaurée par Moshe et Aharon: « Vous êtes deux frères, et vous vous arrogez la direction du peuple, laissez-en un peu pour les autres. » Enfin, je dis ça un peu rapidement.
Je reprends la traduction: Korach, fils de Yitzhar, fils de Kehat, fils de Lévi, a pris. Vous voyez que sous le mot Lévi, il y a ici un taam, un petit signe qu'on appelle atnach ou atnachta. On reconnaît la racine nou'ach, menoucha, qui veut dire « pose ». Il y a donc ici une pause au milieu du verset, comme un point-virgule. Vayikach Korach: Korach a pris; point-virgule. Et la question saute aux yeux. Vedatan va'aviram bnei Eliav, et avec lui Datan et Aviram, fils d'Eliav, et On ben Pelet, tous fils de la tribu de Réouven.
Voilà le verset. Il ne faut pas avoir beaucoup d'études à son actif pour comprendre la question. Vayikach Korach, bien sûr: il n'est pas écrit ce qu'il a pris. Korach, fils de, etc., a pris; point-virgule. Et qu'a-t-il pris ? On ne le sait pas. Cette question occupe évidemment les commentateurs, et nous verrons le plus célèbre d'entre eux, le commentaire de Rachi.
Pour une fois, Rachi donne deux réponses à cette question. Vous connaissez le principe général de méthodologie: Rachi n'écrit pas, en général, à quelle question il répond, sauf exception. Et lorsqu'il y a une exception, c'est là qu'il faut se demander pourquoi Rachi a écrit la question et pas seulement la réponse. Le plus souvent, c'est parce qu'on aurait pu répondre à sa réponse par une autre question. Ici, il n'écrit pas la question, mais elle est plus évidente que nulle part ailleurs: Vayikach Korach, qu'a-t-il pris ?
Le principe général, lorsque Rachi donne deux, voire trois réponses, séparées le plus souvent par les abréviations Dalet Aleph, c'est-à-dire davar acher, une autre chose, une autre réponse, une autre parole, c'est qu'il n'y a pas une réponse qui suffise. Cela semble trivial. Mais si l'on se rappelle que le mot echad, « un », comme dans Shema Israël, Hachem Elokeinou, Hachem Echad, veut d'abord et avant tout dire shalem, complet, alors Hachem Echad ne veut pas dire d'abord que Dieu est un: cela veut dire qu'il est complet, qu'il n'est pas manquant. Et puisqu'il n'est pas manquant, il est un. Il n'y a pas de deuxième, michné, chéni, chliché; il n'y a pas besoin de quelque chose qui change, puisque tout est dans le premier.
Lorsque Rachi donne deux réponses, c'est donc parce qu'aucune des deux n'est complète, parfaite. Nous verrons pourquoi, mais le principe est le suivant: quand il y a deux réponses, à plus forte raison trois, je dois d'abord comprendre chacune d'entre elles. Mais je ne suis qu'au début de mon étude. Il faut que je demande en quoi la première réponse pèche, pourquoi elle a besoin d'une seconde: s'il n'y avait pas de défaut, il n'aurait donné que celle-là. Je dois donc comprendre quel est le défaut de la première réponse et quel est le défaut de la deuxième, et comment la deuxième répond aux défauts de la première. C'est clair ? Ce sont les débuts d'une étude normale d'un Rachi avec davar acher.
Voyons de quoi il retourne. Je prends donc le commentaire de Rachi sur Vayikach Korach, lakach et atsmo letsad. Première réponse: il est écrit Vayikach Korach, Korach a pris, sans dire ce qu'il a pris. Rachi dit: moi, je sais. Vayikach, entendez-le en hébreu comme une forme pronominale, une forme réfléchie: il s'est pris lui-même. Letsad acher, d'un autre côté, il s'est pris à part, liyot nechlak mit'hoch ha'eda, pour se séparer du reste de la communauté, leha'arich la kehouna, pour revendiquer la prêtrise.
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