Chaye Sarah : le caveau de Hévron et le choix d'Yitzhak
Pourquoi Avraham achète le caveau de Makhpela, et ce que la paracha enseigne sur le bon cœur dans le choix d'une épouse.
Rav Shlomo Aviner
Ensuite : Paracha Chemot (05/01/10), 57 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— Shalom à toutes et à tous, et bienvenue sur notre nouveau programme de Harout Smeyer. Shalom Kvod HaRav Aviner. Shalom aux téléspectateurs et téléspectatrices. Alors, paracha Chaye Sara. On commence par cette paracha, qui traite deux sujets: l'acquisition du caveau familial et le choix d'une épouse pour Yitzhak. Alors, l'acquisition du caveau familial, Kvod HaRav Aviner.
— On ne comprend pas tout à fait quel est le problème de Hévron. Pourquoi va-t-il chercher cet emplacement ? Comment fait-il pour reconnaître Adam HaRichon ? Puisqu'en fait il y a une différence: Abraham naît en 1948, Adam HaRichon est mort bien longtemps avant, il y a mille ans de différence. Comment se fait-il qu'il aille chercher cette caverne double, Maarat HaMakhpéla, pour localiser le corps de Sarah et enterrer Sarah ?
Rav Aviner: Vous avez raison. En fait, c'est pour dire: ma femme Sarah est la continuatrice d'Ève. L'histoire progresse. Après mille ans d'histoire, il y a eu les déluges, et il y a eu un nouveau commencement, à savoir Noé et sa femme. Et après mille ans environ, il y a à nouveau un commencement. Et ma femme Sarah doit être enterrée avec Adam HaRichon, parce que c'est elle la continuatrice authentique d'Ève, et c'est pourquoi j'y tiens absolument.
— Oui, mais justement, à Hévron, aujourd'hui encore, il y a de gros problèmes.
Rav Aviner: C'est parce qu'en fin de compte, c'est le début de l'acquisition d'Erets Israël. C'est la première terre que nous avons achetée. Évidemment, c'est un caveau tombal, mais c'est quand même, dit Rabbi Avraham ibn Ezra, le début de notre installation en Erets Israël. Et tous les débuts sont difficiles. Qui plus est, ce début est lourd de signification, car, comme nous l'avons dit, Abraham et Sarah sont les continuateurs d'Adam, le premier homme.
— Vous n'avez pas répondu à ma question. Comment reconnaît-il Adam HaRichon ? Il y a mille ans de différence.
Rav Aviner: Ah, mais il y avait une tradition, sans aucun doute. Il savait pertinemment que Maarat HaMakhpéla était la caverne où ce couple, et d'autres couples, avaient été enterrés. Il y avait des traditions extrêmement claires, et c'est d'ailleurs pourquoi le problème était difficile: les habitants de l'endroit ne voulaient pas la vendre, parce qu'ils savaient pertinemment que s'ils vendaient cette caverne, ils reconnaissaient par ce fait la valeur primordiale d'Adam, d'Abraham et de Sarah.
— Donc le départ d'Erets Israël, et de Am Israël, démarre aussi par Hévron ?
Rav Aviner: Démarre aussi par Hévron, en effet. Tout commence à Hévron. Tout commence à Hévron.
— Deuxième point dans la paracha: le mariage. Le mariage d'Yitzhak. Là, on a du mal à comprendre, parce que ça se passe un peu sur un coup de dés. Il choisit, ça marche. Ce n'est pas le coup de foudre, comme on l'imagine. Un peu plus tard, Yaakov voit Rachel, il tombe en larmes, il l'embrasse. Ça, c'est joli, il y a du romantisme. Alors que là, ce n'est pas du tout du romantisme: on lui impose, c'est le serviteur qui dit: si ça tombe bien, ça tombe bien, sinon ce n'est pas celle-là.
Rav Aviner: Vous avez raison. En fin de compte, nous avons quatre modèles de mariage: Sarah, Rivka, Rachel et Léa. Yaakov, c'est le coup de foudre amoureux. Yitzhak, c'est un chidoukh, un chidoukh aveugle, puisqu'ils ne se sont pas rencontrés avant. Ensuite, il y a Abraham, qui se marie avec Sarah, qui était en fin de compte sa nièce; il la connaissait donc très bien de la famille. Et Léa et Yaakov, c'est un mariage forcé, puisque Yaakov voulait se marier avec Rachel, et puis le matin, tout à coup, c'est Léa. Il y a donc quatre modèles: amoureux, chidoukh, forcé et dans la famille. Et vous voyez que les quatre mariages ont tous bien tourné. Ce qui est important, ce n'est pas le point de départ. Ce qui est important, c'est l'investissement que les deux membres du couple mettent dans le mariage afin de construire un mariage de bonheur. Le point de départ est mineur.
— Oui, mais alors il n'y a pas vraiment de romantisme dans toute cette histoire.
Rav Aviner: Si. Il faut quand même que les deux époux se plaisent. Le romantisme vient après. Parce que pour Rivka et Yitzhak, il est écrit Vayé'éhavéha: il est devenu amoureux d'elle. Le modèle actuel en Occident, c'est le mariage romantique. Mais ce mariage romantique s'effrite tout au long des années, parce que si on n'investit pas d'efforts et de dévouement, il disparaît. C'est la crise de l'effritement du mariage romantique. Alors que Yitzhak et Rivka se sont mariés sans se connaître, mais avec une adéquation profonde du point de vue des personnalités, ils ont construit un mariage. En fin de compte, Yitzhak et Rivka en sont arrivés à un tel point qu'Avimélekh, qui les a vus de loin, était complètement époustouflé; il n'arrivait pas à comprendre comment un homme pouvait tellement aimer sa femme.
— Alors justement, on ne comprend pas non plus pourquoi tant d'insistance à répéter l'histoire d'Eliézer face à Rivka. Deux fois. La Torah est concise d'habitude, et là on répète l'histoire deux fois. Est-ce qu'il y a une leçon à en tirer ?
Rav Aviner: Il y a une leçon à en tirer, parce qu'en fin de compte, Eliézer était très perplexe. Comment trouver la conjointe adéquate pour Yitzhak ? Chercherait-il une femme riche ? Non, vanité. Une femme belle ? Vanité des vanités. Une femme intelligente ? Ça ne veut encore rien dire. Il voulait une femme qui ait bon cœur. C'est pourquoi il a dit: mademoiselle, est-ce que ça ne vous dérangerait pas de m'apporter un peu d'eau ? Et elle a dit: mais oui, je vous en apporterai, à vous, à vos serviteurs et à vos chameaux. Et la jeune fille court du puits, remplit leurs verres, court. Donc Eliézer dit: cette fille a bon cœur. L'essentiel, c'est d'avoir bon cœur.
— C'est ça, la leçon ?
Rav Aviner: C'est ça, la leçon la plus importante. Et lorsqu'on a bon cœur, on arrivera toujours à conclure le mariage malgré l'hétérogénéité. Et si on a bon cœur, tout va éclater, au bon sens du terme.
— J'ai compris. Donc, pour le choix des époux, c'est d'abord le bon cœur. Mais le physique n'importe pas ?
Rav Aviner: Le physique n'importe pas, parce que, comme il est écrit dans le traité Ketoubot 17 recto, on doit dire aux fiancées: Kala vechasouda, comment ta jeune épouse est tellement gracieuse. Mais Beït Chamaï dit: et si elle était aveugle, et si elle était boiteuse ? Beït Hillel dit: on n'a pas le droit de mentir, mais il faut quand même le dire, parce qu'il faut pénétrer dans l'esprit du fiancé. C'est l'explication du Maharal dans son livre Netivot Olam: il n'y a pas de mensonge, il y a la vérité. Ce n'est pas parce qu'elle est belle qu'il l'aime; c'est parce qu'il l'aime qu'elle est la plus belle du monde. Et même si elle …
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