Kippour et les fautes envers son prochain
Pourquoi Kippour n'expie les fautes envers autrui qu'après l'apaisement de la personne lésée, selon Maïmonide.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le bouc émissaire et la techouva selon Maimonide, 56 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Donc, chapitre bête à la khatet. Nous parlons donc de la techouva de Kippour. La techouva et Kippour n'expient que les fautes qui sont entre l'homme et Hachem, comme par exemple mi shé akhal davar assour, quelqu'un qui a mangé un aliment interdit. C'est une faute entre l'homme et Hachem.
Ou bien quelqu'un qui a eu un rapport sexuel interdit, et toute chose qui ressemble à cela. Mais les fautes qui sont entre l'homme et son prochain, comme par exemple celui qui blesse son prochain physiquement, qui insulte son prochain, ou qui le vole, et toutes choses de ce genre, ein… Ve-lo yimmahel lo ad shé yiten lo et ma shé hayav lo, jusqu'à ce qu'il donne à son prochain ce qu'il lui doit, ve-yératzé-hou, et qu'il l'apaise.
— Je peux vous dire quelque chose ?
— Oui.
— Ça peut aussi blesser une autre personne. Imaginez par exemple que cette femme est mariée, par exemple. D'accord ?
Bon, évidemment, il faut rentrer dans le détail. Il faut détailler. Mais le Rambam, ici, vous donne un principe. Pour ce qui est des fautes qui sont entre l'homme et son prochain, il faut, d'une part, lui payer sa dette. Par exemple, si on a blessé quelqu'un, il faut lui payer ce que cela vaut. Il faut également l'avoir apaisé, yeratséou, ce qui veut dire être redevenu agréable à ses yeux. Ce qui, évidemment, n'est pas si simple que ça.
— D'accord.
Le Rambam donne ici le plus de détails: afilou yehazir lo mamon shehayav lo, et même s'il lui a rendu la somme qu'il lui doit, tsarikh lirtsot... et ha-rea shelo. Il faut donc l'apaiser, velo yishtakhé.., et lui demander de lui pardonner. C'est-à-dire qu'il ne suffit pas d'avoir fait techouva face à HaKadosh Baroukh Hou, il faut également faire techouva par rapport à son prochain.
— Vous avez été plus vite cette fois-ci.
Par rapport à son prochain. Afilou lo hikni de traverou labidvarim, et même s'il n'a pas fait quelque chose qui coûte de l'argent, mais qu'il l'a blessé par ses paroles… Monsieur, il y a là-bas ce qu'il faut, que la vie est dure.
Afilou lo hikni ve-tsiar... bidvarim, même s'il n'a blessé son prochain que par des paroles, il faut l'apaiser, et l'implorer, jusqu'à ce qu'il lui pardonne. Alors, ça, c'est le principe que nous avons dans la Michna.
Avérot shebeen adam le-havéro, ein yom hakippourim mekhappér ad shé yératzé et havéro. Les fautes qui sont entre l'homme et son prochain, le jour de Kippour ne les expie que lorsqu'il aura apaisé son prochain. Alors, il y a un petit problème: comment lire cela ?
Au niveau de la halakha pure, on peut comprendre que si, par exemple, quelqu'un a des fautes entre lui et Dieu, et d'un autre côté des fautes entre lui et son prochain, et qu'il a fait techouva pour les fautes entre lui et Dieu, ces fautes-là sont expiées par Kippour, même s'il n'a pas expié les autres fautes envers son prochain, n'est-ce pas ? Est-ce que vous me suivez ?
Mais certains commentateurs sont allés plus loin. Ils ont dit que s'il y a des fautes entre l'homme et son prochain, aucune faute n'est expiée par Kippour, même celles qui sont ben adam lamakom. Et cela correspond davantage à l'expression de la Michna qui dit avérot shebeen adam le-havéro: s'il y a des fautes entre l'homme et son prochain, ein yom hakippourim mekhappér, le jour de Kippour n'expie pas du tout.
— Oui, vas-y.
— J'ai bien compris. Et s'il ne veut pas…
Il ne veut pas. Alors, qu'est-ce qui se passe ? Le problème, c'est que cela dépend de mon prochain. Qu'est-ce que je fais s'il ne veut pas ? J'ai été lui demander pardon, je me suis excusé, je lui ai bien expliqué qu'en vérité je m'en veux beaucoup, que je ne le ferai plus jamais, et que je ferai ce qu'il faut pour l'apaiser. Et lui dit non. Qu'est-ce qu'on fait ? C'est ça, la question.
Voyons ce que dit le Rambam là-dessus. Si son prochain n'a pas voulu lui pardonner, il lui amène une rangée de trois personnes de ses amis, ou-mevakésh mimenou, et il lui demande. C'est-à-dire qu'il amène des amis de la personne, qui lui disent: allez, ne fais pas ça, c'est un ami, tu vois bien qu'il a demandé pardon. Ve-im lo yitratsé, et s'il n'est pas d'accord, mevilo shénia ou-shelishit, il l'amène une deuxième fois, une troisième fois. Ou bien il les envoie: vous savez, il ne veut pas me parler, mais vous ne pouvez pas faire quelque chose pour moi ? Alors, il vient de me voir, ils sont trois, et il essaie de le convaincre.
Ça ne marche pas une fois, ça ne marche pas deux fois, ça ne marche pas trois fois. Ici, il ne veut pas. Manitou et olékh lo, il le laisse. Il a fait ce qu'il a pu. Trois fois, c'est ce qu'on appelle une hazaka dans la halakha. Il a fait son possible, ça n'a pas marché. Ve-zé shé lo mahal ouachoté, et celui qui n'a pas pardonné, c'est lui le pécheur.
Ve-im rabo, olékh ou-vah, mais si c'était son maître, il y va, af-ilu elef pe'amim, même mille fois, jusqu'à ce qu'il lui pardonne. Pourquoi, avec son maître, c'est même mille fois ? Parce que son maître est comme HaKadosh Baroukh Hou du point de vue de la relation intérieure. Et il est vrai que HaKadosh Baroukh Hou nous a promis de nous pardonner quand on lui demande pardon, mais le Rav est un homme, et cela dépend de sa volonté, parce qu'il peut vouloir, il peut ne pas vouloir.
En fait, c'est assez problématique. Pourquoi le Rav se comporterait-il d'une manière pareille ? Pourquoi obligerait-il son élève à venir mille fois ? Parce qu'ils jugent que, pédagogiquement, quelque chose ne s'est pas encore transformé chez l'élève. D'accord ?
Il y a eu une faute de ce genre, il y a deux mille ans. La Guemara raconte que l'un de nos maîtres, Yehoshua ben Perachia, un des grands maîtres de la Michna, qui est mentionné dans Massekhet Avot, entre autres, avait un élève, et que cet élève a fait une faute.
Il y avait, à l'époque, les persécutions du roi Yanaï, en français Alexandre Janné, un des rois de la dynastie des Macchabées, des Hachmonaïm. Ce roi a persécuté les rabbins, qui se sont enfuis. Yehoshua ben Perachia est parti avec son élève en Égypte.
Sur la route de l'Égypte, Chimon ben Chatah, qui était président du Sanhédrin, et qui n'était pas visé par la persécution parce qu'il était le frère de la reine, Chlomtsion, a envoyé une lettre à Yehoshua ben Perachia lui disant que le danger était passé et qu'il pouvait revenir. En revenant d'Égypte, Yehoshua ben Perachia s'arrête dans une auberge. Comment dit-on une auberge en araméen ? Arsania. Vous savez, l'araméen ?
Le mot arsania en araméen a deux sens: il veut dire une auberge, mais aussi une aubergiste, la personne qui tient l'endroit. Quand Yehoshua ben Perachia est arrivé avec son élève, il a été respecté, …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
45 cours du Rav Oury Cherki, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Techouva, Pensée juive, Hilchot Techouva, Maïmonide, Halakha.
- 21
Hilchot Techouva : les comportements du Baal TechouvaPourquoi certains comportements de Baalei Techouva sont-ils à comprendre sans être imposés à tous, et quel est le sens du Yovel et des dix jours de Techouva. - 22
Maimonide : la techouva pendant les dix jours et en communPourquoi la techouva est plus efficace entre Roch Hachana et Kippour, et comment la faire collectivement. - 23
Techouva envers le prochain, avant KippourPourquoi Kippour n'efface que les fautes envers Hachem, et ce que la réparation exige. - 24
Maïmonide : la balance des mérites et des fautesComment le Rambam juge un homme, une cité ou le monde, et pourquoi la techouva efface même la balance pesée contre soi. - 25
Kippour et les fautes envers son prochainPourquoi Kippour n'expie les fautes envers autrui qu'après l'apaisement de la personne lésée, selon Maïmonide. - 26
Le bouc émissaire et la techouva selon MaimonidePourquoi le Cohen Gadol peut-il faire le vidouï pour tout Israël, et quelle techouva rend le Kippour efficace. - 27
La techouva guemoura selon MaïmonideComment savoir qu'une techouva est achevée : l'épreuve de la même tentation et l'absence de rechute. - 28
Le Rambam et la mitsva de techouvaQui est Maïmonide, son Michneh Torah, et si la techouva est une mitsva ou un mouvement naturel. - 29
La techouva, un acte de volonté et non de penséePourquoi la techouva se joue dans la décision de ne plus fauter, et pourquoi elle précède l'expiation. - 30
Le bouc émissaire et la techouva individuelle selon MaïmonidePourquoi le Kohen Gadol confesse-t-il les fautes d'Israël, et que vaut la techouva sans le Beit Hamikdash ?
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav