Yom HaAtsmaout, le Hallel de l'indépendance
Pourquoi réciter le Hallel pour l'indépendance d'Israël, et ce que la Guemara de Sanhédrin enseigne sur la joie de la Gueoula.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Yom HaAtsmaout, le Hallel et la question du Machiah, 50 min
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La fête de Yom HaAtsmaout approche. Si j'avais le temps et le loisir, je pourrais vous expliquer en quoi Yom HaAtsmaout est le couronnement de l'année juive et, d'une certaine manière, le couronnement de l'histoire du monde. Mais cela nous prendrait trop de temps, étant donné que vous avez certainement des questions à poser après, paraît-il. Je voudrais donc me concentrer simplement sur quelques petits détails.
Vous savez que le jour de Yom HaAtsmaout est une des journées du calendrier où l'on récite le Hallel. Les jours où l'on récite le Hallel sont, d'après le Talmud, au nombre de dix-huit: le premier jour de Pessa'h, le jour de Chavouot, les huit jours de Souccot et les huit jours de Hanouka. Le Hallel que l'on récite à Rosh Hodech n'est pas considéré comme un Hallel, ni celui que l'on récite pendant les six derniers jours de Pessa'h. Il s'agit d'un Hallel tronqué, qui a des règles particulières et des raisons particulières d'exister, et qui sort de notre sujet. Quand on parle de Hallel dans la halakha, il s'agit du Hallel complet.
Nous avons aujourd'hui deux journées qui ont été ajoutées à cette liste, ce qui fait vingt jours maintenant: Yom HaAtsmaout, le jour de l'indépendance d'Israël, et Yom Yerouchalayim, le jour de la libération de Jérusalem. Pour chacune, il y a des raisons particulières.
Ce qui va nous occuper aujourd'hui, c'est Yom HaAtsmaout. Il y a tout un débat pour savoir si le Hallel de Yom HaAtsmaout doit être récité en entier ou comme à Rosh Hodech, avec bénédiction ou sans bénédiction, s'il faut le dire le soir ou seulement le matin, et s'il faut dire la bénédiction de Chekhiyanou ou non.
La halakha, telle que moi je la comprends, est celle que j'ai démontrée dans différents écrits que j'ai publiés: on dit le Hallel en entier, le soir et le matin, avec berakha et Chekhiyanou. Je ne peux pas entrer maintenant dans le détail des considérations halakhiques. Il faut simplement expliquer pour quelle raison on récite un Hallel. Le Hallel n'est pas une petite affaire. Il ne se récite que, et je peux également en amener des preuves,
lorsqu'il y a indépendance politique. Cela s'est passé trois fois dans l'histoire. La première fois, lors de la sortie d'Égypte; c'est pour cela que toutes les fêtes de la Torah qui commémorent la sortie d'Égypte, ce qu'on appelle Zekher Litsiat Mitsrayim, comportent un Hallel. La deuxième fois, c'est lorsque nous sommes parvenus à l'indépendance face à l'Empire grec: c'est la fête de Hanouka, où l'on récite le Hallel. Et la troisième fois, lorsque nous nous sommes libérés de la domination de l'Empire britannique, c'est de nos jours: c'est donc le troisième événement historique pour lequel on dit le Hallel.
Il y a cependant une petite différence entre les deux premières occasions et la troisième. Les deux premières, c'est-à-dire l'indépendance politique du temps de Pharaon puis du temps d'Antiochus, étaient ce qu'on appelle une Gueoula qui impliquait, après, un exil. Après la libération d'Égypte, il y a eu la fondation de l'État du roi David et du roi Salomon; finalement, il y a eu l'exil de Babylone. Et après la fondation du royaume asmonéen, des Maccabées, il y a eu la destruction du Deuxième Temple et l'exil de Rome.
Notre troisième rédemption, celle que nous vivons actuellement, ne sera pas suivie d'un exil. C'est une libération éternelle. Nous sommes donc dans un événement qui, du point de vue de son ampleur, dépasse de loin la sortie d'Égypte. Lorsque nous sommes sortis d'Égypte, nous sommes sortis d'un pays, après deux cents ans, et pour une durée limitée. Là, nous sommes sortis d'une centaine de pays, après deux mille ans, et pour une durée illimitée. On peut donc dire que, du point de vue de l'ampleur de l'événement, proportionnellement, c'est incommensurable.
Maintenant, je voudrais... mais tout cela sont évidemment des considérations qui concernent d'autres passages du Talmud. Je voudrais étudier avec vous un passage du Talmud: dans Sanhédrin, daf 94a. Il s'agit ici de l'interprétation d'une particularité grammaticale dans le livre d'Yeshayahou, Isaïe, chapitre 9, verset 6.
Lemarbé ha-misra oul-shalom ein ketz, « celui qui abonde en pouvoir et qui a une paix éternelle ». Qui est celui qui abonde en pouvoir et qui a une paix éternelle ? Le Machiah. Le Machiah a un pouvoir puissant et il a une paix éternelle. Et le mot « abonder », lemarbé, celui qui abonde, est écrit avec un mem, n'est-ce pas ? Il est écrit lamed, mem, resh, beit, hé. Mais avec une particularité: le mem est un mem final, au milieu d'un mot. C'est le seul cas dans tout le Tanakh.
Dans toute la Bible, nous avons un mem final au milieu d'un mot. C'est un mem fermé. C'est comme si le mem devait être ouvert et qu'il s'était refermé. Alors, qu'est-ce que cela veut dire ? D'abord, de qui s'agit-il ? Quand on lit le texte de Yeshayahou, on voit bien que le roi dont il est question n'est pas le Machiah, c'est le roi Hizkiyahou, en français Ézéchias. Qui était ce roi ? Ce roi était roi de Juda, de la Judée.
Et de son temps, il s'est passé un événement très important. La Judée était sous la domination de l'Empire assyrien; la Judée n'était pas véritablement indépendante. Elle avait un roi, mais elle était sous mandat assyrien; elle faisait partie d'un vaste empire. Le roi Hizkiyahou n'était en fait qu'un fonctionnaire de l'Empire assyrien. Un jour, le roi Hizkiyahou, encouragé par le prophète Yeshayahou, décide de ne plus payer le tribut.
Il se révolte contre le roi d'Assyrie, Sennacherib. Sennacherib envoie une armée gigantesque, en termes de l'époque, pour assiéger Jérusalem. Il y a alors une épidémie qui se déclare: un ange de Dieu est envoyé, qui provoque une épidémie dans le camp de l'ennemi. Cent quatre-vingt-cinq mille morts dans le camp ennemi. Sennacherib quitte le pays, et la Judée retrouve son indépendance. Vous comprenez, l'événement est énorme: c'est une guerre mondiale, dans les termes de l'époque.
À ce propos, le prophète dit: « Lemarbé ha-misra oul-shalom ein ketz ». Il parle du roi Hizkiyahou, il dit qu'il sera très puissant et qu'il y aura une paix éternelle. C'est-à-dire que, dans la vision du prophète, Hizkiyahou doit devenir le Machiah. Cela aurait dû se passer à ce moment-là de l'histoire; c'est là que l'histoire aurait dû s'achever.
Rabbi Tanhoum, excusez-moi, Rabbi Tanhoum disait: Darash Rabbi Barkapara be-Tsipori. Barkapara a enseigné dans la ville de Tsipori: Mipnei mah kol ha-memim she-be-emtsa teiva pesouhim ? Pourquoi tous les mem qui sont au milieu d'un mot sont-ils ouverts ? Vezeh satoum, et celui-ci est fermé. Bikesh ha-Kadosh Baroukh Hou la-assot Hizkiyahou Machiah. Dieu a voulu faire de Hizkiyahou le Machiah. C'est-à-dire que lorsqu'il écrit ce mem, c'est comme si le prophète voulait dire le Machiah.
Mais quelque chose l'a empêché de le faire. Ve-Sennacherib Gog oumagog. Et Sennacherib, le roi d'Assyrie, aurait dû être le Gog et Magog de l'époque. Alors quel est le problème ? Pourquoi Hizkiyahou n'est-il pas devenu le Machiah ? *Amra midat ha-din nifneta …
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