Le sionisme, réunion de l'idée nationale et de l'idée divine
Le Rav Kook y voit la synthèse de deux idées séparées par l'histoire juive : le national et le divin.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le cheminement des idées en Israël selon le Rav Kook, 41 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Les trois lignes avant la fin de la page Kouf Dalet dans les Malakhim et Derekh Israël sont une sorte de prévision. Après nous avoir décrit la décadence des sociétés humaines, ainsi que la décadence de l'idée de Dieu, c'est-à-dire de la religion, le Rav Kook prévoit une forme de renaissance, mais d'une autre manière.
Les hommes attachés à la religion s'imaginent que les crises de la émouna, la émouna évidemment, sont des crises passagères. Quand le monde aura compris que l'athéisme, l'irréligiosité, ne donne aucun sens à la vie, les hommes reviendront à la religion. C'est à peu près ainsi que cela est conçu dans les milieux religieux du monde.
Selon le Rav Kook, c'est totalement faux. La crise de la religion ne doit pas amener à une résurrection de la religion, mais à une compréhension plus profonde de l'idée divine. Les idées religieuses telles qu'elles étaient conçues jusqu'à présent seront effacées, et à leur place reviendra, ou plutôt s'innovera, une relation d'intimité entre la créature et le Créateur.
Mais cette relation ne se fondera pas sur le sentiment personnel, ni sur la petitesse ou la peur, mais sur la compréhension, sur l'intégration. Une religion d'adulte, si l'on veut, d'homme adulte. Je reprends ici ce que dit Isidore Hachouk, à la troisième ligne avant la fin de la page: Atsoré haroukhani haklali, c'est-à-dire la nécessité spirituelle générale.
Ha-Akhourim, lideh matsav, shelpoula, ob-guisha, bahayim. Elle rencontre les aspects troublés de la vie. Oubeh atsmo, yavi rotamina olam. C'est cette nécessité qui va faire disparaître ces aspects troubles. Que veut dire le Rav Kook ? Il dit ici, de manière extrêmement concise, quelque chose qu'il développe beaucoup plus ailleurs: le refus de la religion, que l'on retrouve dans la modernité, l'athéisme même, est une sorte de balai qui vient balayer les scories, les impuretés, les souillures qui se sont attachées à l'idée du divin.
De ce point de vue, on peut dire que l'athéisme est un souffle d'émouna, un souffle de l'émouna qui vient des très grandes profondeurs de la neshama. C'est comme si la neshama voulait se débarrasser de ses chaînes, et elle balaie donc aussi la religion.
— Qu'est-ce que tu entends par là ?
— Tout homme aborde des questions religieuses…
— Ah, tu as tout à fait raison. Souvent, l'athéisme est le fruit d'une fuite. C'est ça que tu veux dire ?
— Oui.
— C'est vrai.
Mais ce dont parle le Rav Kook ici, ce ne sont pas des options personnelles, des cheminements personnels qui ont pu amener telle ou telle personne à l'athéisme. Ce que le Rav Kook considère, c'est le phénomène dans sa globalité, et ce phénomène dans sa globalité a un sens, un sens au niveau de la neshama. On peut dire que l'âme humaine se refuse à se laisser enchaîner dans des cadres trop restreints, et donc elle les refuse, elle les rejette. D'accord ? Comment ?
— Oui, elle rejette le cadre de la religion, sans aucun doute. D'accord ? Il y a une sorte d'anarchisme spirituel qui vient du fait que la neshama, dans son essence, est libre. Elle est totalement libre. Et le Rav Kook fait confiance à la neshama pour qu'elle retrouve son authenticité à travers ses refus. Absolument.
Cela veut-il dire qu'il y aurait des personnes qui se déclarent athées, mais qui en vérité sont plus proches de Dieu que des personnes qui se prétendent croyantes ? D'accord ?
Je me rappelle une expérience personnelle. Vers trois heures du matin, mon supérieur à l'armée fait sa tournée des gardes pour distribuer le café aux différents postes. Il arrive finalement à moi, qui d'ailleurs étais réveillé. C'est un miracle. En me distribuant le café, il me dit: « Voilà, Cherki, je voudrais te poser une question. » Cherki, c'est moi. Je lui dis: « Kenam faqed ? » Il me répond: « Tu sais, je ne crois pas en Dieu. » Je lui dis: « Ah bon, prouve-le. » —
« Comment ça, prouve-le ? » — « Prouve que tu ne crois pas en Dieu. » — « Mais en fait, ça veut dire que je n'ai pas besoin de prouver, je ne crois pas en Dieu, point à la ligne. » Alors je lui dis: « D'accord, mais explique-moi quel est ce Dieu auquel tu ne crois pas, comme ça je pourrai savoir ce que tu veux dire. »
Comme il avait étudié un peu de philosophie au kibboutz, il connaissait certaines choses, Kant, Schopenhauer, tout ces trucs-là. Il commençait à m'expliquer, et, par le jeu de questions-réponses, il a compris qu'il se trompait complètement: il était tout à fait croyant, mais il ne le savait pas. Cela lui a d'ailleurs causé une crise, parce qu'il ne s'y attendait pas.
C'est-à-dire que souvent, les déclarations officielles et conscientes des personnes sont en contradiction avec leur monde intérieur. Et c'est vrai aussi dans le sens contraire. Beaucoup de gens vous diront: « Moi, je crois en Dieu. » — Ah bon ? Alors pourquoi te laisses-tu faire par des pressions ? D'accord ? Il dit: « Oui, mais il faut être réaliste. Je crois en Dieu, mais il faut être réaliste. » Ça veut dire: je ne crois pas. D'accord ? Il y aurait beaucoup de choses à dire là-dessus.
Il faudrait donc purifier l'idée du divin, et cela passe parfois par des crises, par le refus de la Torah, etc. Il y a une belle image de cela dans le traité de Megila. Je crois vous en avoir parlé peut-être une fois, du repas de Pourim de deux sages de la Guemara. Vous vous en rappelez ? Non. Oui, j'en ai parlé ici ? Non ? Eh bien je vais vous en parler.
Il y avait deux maîtres de la Guemara, du Talmud: l'un s'appelait Rabba, et l'autre Rabbi Zéra, qui ont fait ensemble le repas de Pourim. Rabba, qu'est-ce que cela veut dire en araméen ? Le grand. Rabba veut dire grand. Et Zéra, en araméen ? Petit. D'accord ? C'est Monsieur le Grand et Monsieur le Petit qui font un repas ensemble.
À Pourim, vous savez, on boit pas mal d'alcool. Et la Guemara raconte que Rabba a égorgé Rabbi Zéra. Dans son ivresse, il l'égorge. Puis, quand il a cuvé son vin, il se réveille, voit Rabbi Zéra égorgé, est très embêté, fait la prière et le ressuscite. L'année d'après, Rabba propose à nouveau à Rabbi Zéra de faire le repas, et Rabbi Zéra répond: « Il n'y a pas toujours des miracles. »
Quelle que soit la manière de comprendre cela, est-ce que cela s'est vraiment passé, pas vraiment, est-ce une image, pas une image ? Il y a ici une idée derrière tout cela: la grandeur égorge la petitesse. Parfois, par excès de grandeur, on n'en peut plus du petit, alors on l'égorge. Cela se passe au moment de l'ivresse, parce que dans l'ivresse, il n'y a plus de mesure, il n'y a plus de hiérarchie. Et quand on se réveille, on se dit: c'est quand même dommage. C'est vrai que …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
28 cours du Rav Yossef Benshoushan, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Rav Kook, Pensée juive, Histoire d'Israël, Erets Israël, Émouna.
- 7
Le désert, le roi Shlomo et l'unité entre idée nationale et idée divinePourquoi l'unité réalisée sous Shlomo n'a tenu qu'au niveau du collectif, et non de l'individu. - 8
Rav Kook : l'idée divine et l'idée nationalePourquoi l'identité nationale juive naît d'une volonté divine, et comment les prophètes décrivent sa chute. - 9
Du peuple à l'individu : la destruction du Premier TempleComment l'exil a déplacé l'accent du collectif vers l'individu, et ouvert la voie à l'universel. - 10
La destruction du Temple et la perte de l'idée divine et nationaleComment l'exil a séparé l'idée divine de l'idée nationale, et les conséquences sur le monde chrétien et l'État moderne. - 11
Le sionisme, réunion de l'idée nationale et de l'idée divineLe Rav Kook y voit la synthèse de deux idées séparées par l'histoire juive : le national et le divin. - 12
Le cheminement des idées en Israël selon le Rav KookComment le Rav Kook explique le retour du peuple juif sur sa terre comme la fin d'une expiation, et la place d'Israël dans le progrès du monde. - 13
Orot du Rav Kook, page 18 : Israël, louange du CréateurLe rôle d'Israël est de chanter la grandeur divine, et l'amour du Créateur pour sa création, par la figure de la gvoura. - 14
Éradiquer le mal : retirer les étincelles des écorcesDeux voies face au mal (kovets et yachar) et pourquoi la seconde est l'idéal, à la lumière d'Orot. - 15
La force du peuple d'Israël dans la pensée du Rav KookLe Rav Kook relie la mission d'Israël au monde entier et à la purification de la para adouma. - 16
Les idéaux les plus hauts pour faire vivre le quotidienPourquoi viser la grandeur est la seule voie pour donner sens aux tâches ordinaires et à la mitsva.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav