Du peuple à l'individu : la destruction du Premier Temple
Comment l'exil a déplacé l'accent du collectif vers l'individu, et ouvert la voie à l'universel.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La destruction du Temple et la perte de l'idée divine et nationale, 49 min
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Donc, ceux que cela intéresse peuvent prendre la dernière page, là où il est écrit Haïdéa. Vous pouvez aussi ouvrir le livre que vous avez sous les yeux, à la page Koufioud, qui veut dire cent dix; donc cela ne peut pas être au début du livre. À Koufioud, c'est à quatre lignes du bas, cela commence par Haïdéa. Vous avez vu ? C'est le même passage que celui de la photocopie, mais imprimé dans une autre édition, sans ponctuation. À vous de choisir.
Bon, de quoi parle le judaïsme en général ? Parle-t-il du collectif ou de l'individuel ? Le point de départ, c'est le collectif, et cela aboutit à l'individu, n'est-ce pas ? C'est-à-dire que l'individu n'est certainement pas délaissé, mais le point de départ se situe dans la collectivité. La Torah est donnée à une nation, au peuple juif. Elle n'est pas donnée à des individus. Il faut donc d'abord faire partie de la collectivité en question, être solidaire du peuple juif. Et à partir de là, l'individu s'emplit également de vitalité, de sainteté. Mais le point de départ est dans la collectivité.
Tout cela est très beau, très gentil, quand la collectivité a une existence réelle, c'est-à-dire à l'époque du royaume d'Israël ou du royaume de Juda, dans l'Antiquité. Mais à partir du moment où ce royaume a éclaté en morceaux, alors, dans les faits, l'identité nationale d'Israël est devenue une identité individuelle, donc religieuse. On est passé d'Israël à Yehouda, de Yehouda à Judéen, et Judéen a donné Yehoudi, ce qui veut dire juif. Et donc, de peuple juif, on est devenu de confession israélite, ou de confession mosaïque. Et comme on l'a si bien dit la dernière fois: en France, il y a la confession mosaïque, tandis qu'en Israël, il y a une mosaïque de confessions. Nous sommes donc devenus des individus.
Cela a des conséquences sur les points sur lesquels on va insister, ce qui sera mis en évidence dans la tradition prophétique. À l'époque des prophètes, ce qui était mis en évidence était la présence de Dieu dans la collectivité d'Israël. Mais avec l'apparition de l'identité juive, enfin du judaïsme en tant que religion, les choses ont changé. Ah, pour la biochimie, il faudra qu'on en parle. Oui.
Et donc les choses ont changé, et ce qui est mis en évidence, c'est le devenir individuel. C'est alors qu'une notion qui, jusqu'à présent, était éclipsée a pris une importance gigantesque: c'est l'Olam Aba. Oui, la destruction du Premier Temple a entraîné cela. C'est-à-dire qu'à partir de l'exil de Babylone, et même du temps du Second Temple, c'est l'individu qui se préoccupe de son devenir personnel, et là commencent toutes les controverses autour de l'Olam Aba, entre les Sadducéens et les Pharisiens. Car c'est à partir de ce moment-là que la vie éternelle, la vie d'après la mort, commence à préoccuper les gens, parce que cela concerne chaque individu: qu'est-ce qui va m'arriver, à moi, après ma mort ?
D'accord ? Oui, cela peut développer un égoïsme spirituel. Ce n'est pas obligatoire, cela peut également être un idéalisme spirituel.
Vous connaissez cette belle histoire à propos de Rabbi Zoucha. Rabbi Zoucha était un des grands maîtres du chassidisme, Rabbi Zoucha d'Annipoli, qui était le frère de Rabbi Elimelech de Lisansk. Vous connaissez tous ces gens-là ? Non. Ce sont deux frères, qui étaient les élèves du Maguid Dov Ber de Mezeritch, certainement vous connaissez, qui était le grand élève de Rabbi Israël Baal Shem Tov. Baal Shem Tov, cela vous dit quelque chose ? Le fondateur du chassidisme. D'accord. Donc, la troisième génération, vous avez Rabbi Zoucha d'Annipoli.
Rabbi Zoucha, un jour, reçoit la visite d'une femme qui lui demande: « Rabbi, je voudrais que tu pries pour que j'aie un enfant. » Vous connaissez l'histoire ? Oui, alors ? Non, pas du tout. Vous êtes à côté de vos pompes. Et non, pas du tout. C'est autre chose.
Elle vient, et comme il est Rabbi chassidique, naturellement, il fait la prière pour que Sprintze Basgitl ait un enfant. Et au milieu de sa prière, il entend une voix du ciel qui lui dit: « Zoucha, je ne veux pas que tu pries, parce que je ne veux pas que cette femme ait un enfant. » Rabbi Zoucha continue à prier, évidemment. Il entend alors la voix du ciel qui lui dit: « Zoucha, si tu continues à prier, elle aura un enfant, mais toi, tu n'auras pas ton
Olam Aba, tu n'auras pas ton paradis. » Tout content, Rabbi Zoucha se dit: enfin l'occasion de rendre service à Dieu sans espérer de récompense. Cela devient donc totalement idéal. Il continue sa prière. Et là, il entend la voix du ciel qui lui dit: « Fais attention, si tu continues à prier, elle aura son enfant, et toi, tu auras ton Olam Aba quand même. » Et comment ? L'histoire ne dit pas un mot. Je pense qu'il a continué.
Parce qu'il a compris que refuser son Olam Aba, c'est également un péché. Ce n'est pas cacher. Comment ? J'ai préparé pour toi un si bon repas, et finalement tu le… je dois le jeter ? Ça ne se fait pas. Il reçoit donc son Olam Aba, mais pas pour son intérêt personnel: c'est parce que cela sanctifie le Nom de Dieu que les tsaddikim reçoivent leur Olam Aba. Il accepte donc son Olam Aba pour des raisons altruistes, et non égoïstes. D'accord ? On peut donc développer une religiosité individualiste sans que cela soit pour autant égoïste. C'est possible, mais cela demande un travail.
En tout cas, ce qui est mis ici en évidence, c'est l'Olam Aba, qui prend maintenant une importance démesurée. Sans parler des détails de la halakha et du reste, on en avait parlé. Maintenant, il y a quelque chose à analyser: comment cela était-il écrit dans la Torah ? Où vont chercher les Hakhamim tout cela ? Les Hakhamim, quand même, étudiaient la Torah. Où est-il question de l'Olam Aba dans le texte de la Torah ?
Et alors, très surprenant, les Hakhamim l'ont trouvé dans un verset de la paracha Bé'houkotaï. Dans Bé'houkotaï, il y a tout un contrat, si l'on veut, qui est passé entre Dieu et Israël: si vous observez les commandements, il va se passer ceci; si vous ne les observez pas, il va se passer cela. Et si vous les observez, ça ira bien. Si vous ne les observez pas, ça ira mal. Que veut dire « ça ira bien » ? Eh bien, il y aura la pluie. Il y aura la pluie, les arbres porteront leurs fruits.
Les arbres porteront leurs fruits, il y aura l'abondance, tout ira bien, vous gagnerez les guerres, les gens auront peur de vous, vous vivrez en paix, les sacrifices seront acceptés, et je résiderai parmi vous. Voilà ce qui est écrit dans la Torah. Tout cela est extrêmement terrestre, et un peu spirituel aussi, puisqu'il y a quand même la présence de Dieu parmi nous, ce qui implique donc des prophètes, et tout le reste. Mais cela se passe sur terre.
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