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Le paradoxe de la délivrance dans le livre de Chemot

Pourquoi l'exil et la délivrance s'éclairent mutuellement, et comment la sortie d'Egypte en donne la matrice.

56 min

Rav Yoël Benharrouche

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Aujourd'hui on va commencer un cours qui concerne le nouveau livre dans lequel nous sommes, c'est-à-dire le livre de Chemot. C'est un livre qui traite d'une manière générale de la Gueoula, donc de l'exil et de son inverse. Nous avons une règle qui nous dit que la chose n'est connue que si on étudie aussi son inverse.

C'est-à-dire qu'on ne peut pas connaître quelque chose sans avoir étudié son antithèse. Par exemple dans la Haggadah de Pessah, l'Agmarat dans Psakhim Kouftet Zayn 116 nous dit que dans la Haggadah de Pessah on commence par quelque chose de négatif: Bitrila Ovde Avodah Zara Hayou Avoteinu. Au départ, nos ancêtres étaient des Ovde Avodah Zara, et ensuite cela se termine par quelque chose de bien: Votanou, Votanou Tzimimitzraim, Uge Alanou, il nous a sortis d'Égypte, il nous a délivrés, et ainsi de suite. C'est-à-dire que, pour dire quelque chose, on est obligé de faire précéder la chose de son inverse, pour que la chose soit entière.

Et pourquoi la chose est-elle entière lorsqu'elle touche les deux faces ? Tout simplement parce que notre monde est un monde de pluralité. Il n'y a rien dans ce monde qui ne soit reconnu que si on s'adresse aussi à son inverse. Un exemple: si je veux savoir ce que représente la notion de chaud, il faut que je sache aussi ce que représente la notion de froid. J'ai chaud par rapport à un froid. C'est plus ou moins chaud par rapport à plus ou moins froid. Il n'y a pas de chaud tout seul ni de froid tout seul. La même chose pour le blanc: le blanc, c'est par rapport au noir. La nuit, c'est par rapport au jour.

C'est pour cela que la Torah nous dit dans Béréchit: Vayehi Erev, Vayehi Boker, Yom Ehad. Ce fut un soir, ce fut un matin, premier jour. C'est-à-dire que l'entité « jour 1 » est obligatoirement l'ensemble de Vayehi Erev, ce fut un soir, et Vayehi Boker, ce fut un matin. Donc si je n'ai pas le soir et le matin, la chose est son inverse, je n'ai pas une entité. C'est comme une pièce de monnaie que je suis obligé de voir des deux côtés.

— Ken, tu avais une question ?

C'est une règle dans le judaïsme, Ken, qui est l'optimisme, dans tout son sens: c'est que la klipa précède le pri. Effectivement, ce que tu dis, c'est un terme que nous disent les sages: l'écorce précède le fruit. De la même manière que lorsque je regarde un arbre et qu'il y a un fruit qui est en train de pousser, je ne vois pas le fruit. C'est d'abord l'écorce. Et à l'intérieur de l'écorce, le fruit gonfle et agrandit l'écorce. C'est exactement la même chose: l'apparence dans ce monde va toujours donner la priorité, au départ, au dévoilement de ce qui cache. Et si j'épluche cette écorce, je vais trouver à l'intérieur l'essence des choses.

Autrement dit, dans notre monde, si je regarde seulement l'extériorité de la vie, je ne verrai jamais la véritable vie. Je vais voir l'enveloppe, et cette enveloppe peut tromper. Il va falloir éplucher cette enveloppe pour trouver la lettre qui se trouve cachée à l'intérieur. Donc notre monde, par définition, c'est un monde qui cache. C'est pour cela qu'on l'appelle Olam, en hébreu: celui qui cache. Et notre travail, c'est de sortir, de découvrir dans cette cachette, dans cette écorce, le fruit qui se trouve à l'intérieur.

Morale: nous sommes ici dans un livre qui va traiter de l'exil d'Israël, donc de l'exil de la lumière, et en même temps de sa délivrance. Mais pour connaître la délivrance, on va commencer par parler de l'exil. Le livre de Chemot commence par la descente en exil et va très rapidement passer à la sortie d'Égypte, donc à la délivrance. Cela va nous donner, en fait, une base pour tout ce qui concerne le judaïsme, c'est-à-dire que c'est une étude pour toutes les générations.

C'est une matrice, la forme par laquelle va passer, en réalité, toute l'histoire du peuple juif. À savoir: premier degré, descente dans un monde qui cache, en l'occurrence ici l'Égypte, Mitzrayim, qui veut dire, traduction libre, prison, Metsar, Meitzar. Et à l'intérieur de cette prison, la lumière qui se cache, ici le peuple d'Israël, les âmes d'Israël, les étincelles de Dieu, qui vont sortir de cette prison, Yetsiat Mitzrayim, la sortie de cette Égypte, vers la grande lumière, pour arriver en Erets Israël, donc l'endroit du dévoilement de ce qui était caché jusque-là.

Pourquoi Mitzrayim est-il au pluriel ? Parce que ce monde est un monde de pluralité, comme je l'ai dit tout à l'heure. Donc un monde de détails. Et la lumière de l'unité se cache dans cette multitude de détails. D'ailleurs, qui cache la réalité de l'unité divine ? Les détails. C'est-à-dire que lorsqu'on regarde dans ce monde les détails, on risque de perdre la vision globale de l'unité. Le piège, donc, c'est de ne pas tomber dans les détails. Celui qui tombe dans les détails de la vie va perdre l'ensemble. Et tout le travail de Am Israël est de savoir trouver l'unité dans la multitude de détails. Mais on prend ces détails en compte. On les prend en compte, mais on ne les dissocie pas, on ne les sépare pas du tout.

Je reprends une base que nous avons déjà développée. Je vais prendre l'exemple du soleil. Est-ce que les rayons du soleil existent ? Je vous pose la question. Non, ça n'existe pas: c'est le soleil qui rayonne. Un rayon de soleil n'existe pas en soi. Si j'éteins le soleil, il n'y a plus de rayon. Donc le rayon n'existe pas indépendamment: c'est toujours le soleil qui rayonne et envoie ses bras. C'est une bonne définition, il faut la comprendre, elle est juste, elle est vraie. Cela veut dire qu'en réalité les détails ne sont que le prolongement du tout. C'est le tout qui donne naissance au détail.

Exactement comme les jours de la semaine. Est-ce que les jours de la semaine existent ? Non: c'est le Chabbat qui se diffuse. C'est pour cela qu'aujourd'hui, dans la tefilah du matin, nous avons dit Ayom Yom Shlichi Be Chabbat, c'est le mardi du Chabbat, c'est le mercredi du Chabbat. Donc en réalité, c'est le Chabbat qui fait sortir de lui six branches. Comme le soleil qui rayonne, vous allez voir: Yom Ehad, Yom Sheni, Yom Shlishi, Yom Revii, Yom Hamishi, Yom Shishi. Mais en réalité, cela appartient toujours au Chabbat. Si, Chas Vechalom, on niait le Chabbat, il n'y aurait ni dimanche, ni lundi, ni mardi, ni mercredi, ni jeudi, ni vendredi. La création, c'est un klal qui donne naissance au prat. C'est le tout, l'infini, l'âme, qui va se prolonger et arriver au corps.

Il y avait une question ? Donc, à partir de ce moment-là, effectivement, Mitzrayim est au pluriel. Et lorsqu'on fait la faute de l'Avodah Zara, qu'est-ce que c'est, la faute de l'Avodah Zara ? C'est tout simplement tomber dans l'erreur de la multiplicité. Qu'a-t-on dit au moment de la faute du veau d'or …

Cours de Machon Meir

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

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