Rav Kook : l'idée divine et l'idée nationale
Pourquoi l'identité nationale juive naît d'une volonté divine, et comment les prophètes décrivent sa chute.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Du peuple à l'individu : la destruction du Premier Temple, 48 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom, bonjour tout le monde. Nous continuons, puisque c'est jeudi, notre étude de Mahalakh HaIdot BeYisrael, ce qu'on appelle en français, j'ai traduit comme ça, le cheminement des idées en Israël. Ce que nous voyons, c'est que chez le Rav Kook, il y a une analyse, si l'on peut dire, de la spiritualité de l'histoire. C'est-à-dire que l'histoire, ce sont des événements, et dans ces événements il y a une dimension spirituelle.
L'histoire, si vous voulez, c'est la scène dans laquelle se manifestent des entités spirituelles, que l'on appelle, pour employer le langage hégélien, des idées. Des idées. Jusque-là, vous vous rappelez de tout ça ? Bon. Le Rav Kook nous parle de la relation entre deux idées fondamentales, l'une qu'on appelle idée élohite et l'autre idée léoumite. En français, on pourrait dire le divin et le national, ou, si vous voulez, le spirituel et le politique.
Voilà, c'est comme ça que ça marche. On a vu que la relation entre ces deux idées est très souvent problématique, en tout cas chez les goïm, parce que l'idée divine nous est inspirée par l'infini, par la neshama, la neshama qui nous met en relation avec cet infini. Mais le politique, le national, ça vient de la nature.
Donc on a le sentiment d'une opposition, en tout cas d'une rivalité entre les deux idées, ce qui fait que ce n'est pas toujours ensemble. Il y a une exception à la règle, c'est le peuple juif. Pourquoi ? Parce que chez les Hébreux, l'origine de l'identité nationale est la même que celle de l'idée divine. Il n'y a pas de source naturelle à l'identité nationale hébraïque.
Sur le plan national, notre nationalité est le fruit d'une décision. Ce ne sont pas des données naturelles qui ont fait que l'identité nationale juive existe. C'est quelque chose de décidé, de voulu. C'est le fruit d'une volonté. Avez-vous compris ? C'est-à-dire qu'un beau matin, peut-être un soir, je ne sais pas, HaKadosh Baroukh Hou s'est révélé à Abraham Avinou et il lui a dit: « Je veux que tu fondes une identité nationale. » Ah bon ? Et qu'a fait Abraham ? Il a dit: « Ben, d'accord. »
Et si Abraham avait dit non ? Eh bien, il n'y aurait pas eu... C'est-à-dire qu'il n'y a pas, dans la nature, quelque chose qui oblige le peuple d'Israël à exister. Une fois qu'il existe, il existe. Mais à l'origine, il y a une décision. Il en est de même pour la sortie d'Égypte. Lors de notre apparition dans l'histoire, en tant que peuple...
Eh bien, ça a été le fruit d'un événement surnaturel. Il y a eu les plaies d'Égypte, il y a eu finalement l'accord du Pharaon. Le Pharaon a dit « oui, je suis d'accord ». S'il avait dit « non », on serait resté là-bas. De même pour le retour du temps d'Ezra et de Néhémie, ce qu'on appelle le Deuxième Temple.
On était en exil. Un peuple en exil ne sort pas de son exil. Ça ne se fait pas, ce n'est pas dans la nature. Il y a eu pourtant une déclaration, un roi perse qui s'appelait Kores, en français Cyrus, qui a dit: « Allez-y, je veux. » Bon, d'accord. De même, lors de notre troisième apparition nationale dans l'histoire, qui s'appelle l'État d'Israël, rien, disons, dans la nature des choses, n'obligeait à ce que le peuple juif revienne sur sa terre, même si cela a été conçu par Théodore Herzl. Mais finalement, ça a été voulu. Il y a eu des juifs qui l'ont voulu. Et ensuite, il y a des goïm qui ont bien voulu aussi, et il y a une déclaration de l'ONU.
C'est-à-dire qu'à chaque fois on voit qu'il y a quelque chose qui n'est pas dans l'ordre de la nature, mais dans l'ordre de la volonté, qui fait que notre identité nationale apparaît. Ça, c'est une donnée importante, et c'est ce qui nous permet...
— La France, c'est le fruit de la nature. Il y avait des Gaulois, il y avait un sol, la Gaule, ça existe encore d'ailleurs. Et l'interaction entre les hommes et le territoire, entre l'homme et la géographie, a créé une nation.
Les États-Unis, c'est exactement la même chose. Depuis l'an 1600 à peu près, il y avait une population britannique qui habitait l'Amérique. Et quand ils se sont sentis assez forts, pour des raisons économiques, la rivalité autour du thé, la révolte du thé, ils ont décidé de se séparer de l'Empire britannique et de fonder une nation à part. Mais, si Dieu veut, il y avait des données géopolitiques qui obligeaient à cela, qui ont suscité l'apparition des États-Unis. Non, il n'y a pas eu de volonté, au contraire. Au départ, c'est une colonisation.
C'est-à-dire que les Anglais qui arrivent sur le sol d'Amérique n'ont pas l'intention de fonder une nation à part. Au départ, non. Mais il y a eu des nécessités économiques, socio-économiques, qui font que ça s'est séparé. C'est à nouveau dans la nature que ça vient, d'accord ? Ce qui a été décidé, c'est la Constitution des États-Unis, c'est autre chose. C'est-à-dire: comment cette nation allait-elle se gouverner ? Pour cela, il y a eu des conférences, et les fondateurs des États-Unis ont décidé entre eux de la Constitution.
— D'accord ? C'est autre chose. Oui ?
— Oui, mais c'est-à-dire, tu dis qu'il y a des nations qui ne veulent plus d'Israël...
Mais quand un enfant est né, on peut décider de faire un enfant ou pas. Une fois qu'il est né, il est né, d'accord ? On ne peut pas dire: « On revient en arrière, retour dans le ventre, jusqu'à l'état de fœtus, et après d'un ovule. » Non, ça ne marche pas comme ça. Bon.
Il y a donc une relation problématique, chez les goïm, entre le national et le divin. Tandis que chez les juifs, étant donné que l'origine du national est la même que celle de l'idée divine, il y a une plus grande tendance, une plus grande adaptation à l'harmonie entre les deux. Voilà. Ça, c'est ce que le Rav Kook a développé: d'abord théoriquement, ensuite en parlant d'Abraham Avinou, puis de la sortie d'Égypte, et...
...après, de la confrontation de cette idée avec le réel. La confrontation avec le réel, c'était à l'époque de l'entrée en Erets Israël, au temps de Yehoshoua et des juges. Ensuite on a vu que ça allait de plus en plus mal. Mais finalement, il y a eu la pente à remonter, d'accord ? La pente à remonter, le sommet au temps du roi David et du roi Salomon. C'est ce qu'on avait vu. Et on a vu que le fruit de cette harmonie, c'était le livre du Chir HaChirim, le Cantique des Cantiques, qui exprimait l'unité entre le profane et le saint au temps du roi Salomon. Ce qui fait qu'un chant d'amour entre un homme et une femme exprimait de la même manière l'amour entre Dieu et Israël. C'était la même chose.
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