Le peuple juif, idée nationale et idée divine
Comment le Rav Kook explique que les événements fondateurs ont façonné l'identité d'Israël et son rôle universel.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le désert, le roi Shlomo et l'unité entre idée nationale et idée divine, 50 min
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## Introduction: le rôle du peuple juif
Bessédé
Alors, on avait dit que, selon le Rav, c'est une analyse de la Torah: l'innovation du peuple juif dans le monde est qu'il ne s'occupe pas de religion au sens de l'individu, mais de la collectivité, c'est-à-dire d'une identité nationale. Le peuple juif est tout d'abord un peuple. En tant que peuple, il rayonne sur le monde entier et il propose un modèle.
Un modèle qui consiste à créer l'harmonie entre ce qu'on appelle l'idéal national, ou le mythe, en français, et l'idée divine. Il y a un contenu de valeur qui remplit, si l'on veut, le réceptacle national. Dans toutes les autres communautés humaines, il y a eu, à un moment ou à un autre, un divorce entre le politique et le spirituel, et c'est pour cela que cela a échoué. L'échec a une origine: l'identité nationale a son origine dans la nature, tandis que l'idée divine a son origine dans l'infini. Et le fait même que l'alliance, le paquet, viennent de deux origines différentes crée un problème.
Cela crée un divorce obligatoire entre la nature et le spirituel, ce qui vient de la neshama et ce qui vient du corps. Tandis que dans le peuple juif, l'origine de l'identité nationale est, de manière évidente, la même que celle de l'identité divine. Ce qui fait que cela peut réussir. Si cela marche chez nous, cela marchera dans le monde entier. Alors, qu'est-ce qui nous a prédisposés, dans l'histoire, à notre rôle ?
Vous avez ici, en fait, une revue historique: comment cela a commencé dans le peuple d'Israël. Irchira lezé, Ha'idéa ha-elohit: l'idée divine a rendu Israël apte à ce rôle. Bitrouna psi'hit: en lui donnant un caractère psychique. Be-yahas guézi: une ascendance raciale. Ha-matsav géographi: une situation géographique. « Géographie » est un mot hébreu qui veut dire géographique. Ve-kol zé, et tout ceci, mesayerim, édim ou mar'irim, et rendre apte les kohot ha-atsmiyim, ces forces essentielles.
Ainsi que l'état des choses qui lui étaient extérieures. Il y a un noyau fondateur qui forme le peuple juif, qui le façonne de sorte qu'il soit capable de remplir son rôle. Alors, comment cela a-t-il commencé ? Tout simplement par les Avot: Avraham, Yitzhak et Yaakov. L'histoire de la famille de Yaakov, les Shivtei, les tribus d'Israël, l'histoire de Yossef et de Yehouda, la descente en Égypte, le développement du peuple juif, la confrontation avec l'extérieur: Ismaël, Essav, Avimélekh, Nimrod, Lavan. Ce ne sont pas des blagues.
Tout ce qui s'est passé a créé un noyau humain capable de remplir le rôle universel du peuple juif. Cela implique également la servitude d'Égypte, la sortie d'Égypte. Ce sont des événements qui nous ont façonnés. On peut dire que toute identité, nationale en particulier, est le fruit d'une série de traumatismes. Par exemple, il est évident que la bataille de Gergovie a fait partie des événements fondateurs de l'identité française, non ? De même que la bataille d'Adinkerke.
Et la Révolution française, la prise de la Bastille. Il y a des événements comme cela qui font qu'une identité se forme. Il y a également des événements qui ont fondé l'identité d'Israël. Au point de départ, bimé hamada nisava nisgav: la collectivité d'Israël, dans son état suprême et élevé, be-yamim kedem, dans l'Antiquité.
Bimei purichata ve-atrat gedoulata, au début de son fleurissement et le début de sa grandeur. Bimei hasdei ne'urea ve-ahavat kelulotea, au temps de la grâce de sa jeunesse et de l'amour de son mariage, de son amour nuptial. De quoi parle-t-il ? Vous avez vu qu'il y a une citation ici, entre guillemets. C'est une citation d'un verset de Jérémie, au chapitre 2.
Dans l'hébreu, on lit: Vayehi davar Hachem elai lemor, et la parole de Dieu me fut adressée en ces termes. Lekh vekarata be-oznei Yerouchalaïm lemor, va-t'en, et invoque aux oreilles de Jérusalem en ces termes: Ko amar Hachem, ainsi parle l'Éternel. Ici, c'est l'époque du désert. Qu'est-ce qui s'est passé à l'époque du désert ? Il y a eu un acte d'amour entre Israël et le Créateur.
Cet acte d'amour, c'est ce qu'on appelle le Matan Torah, le don de la Torah. Mais ici, c'est présenté sous une forme beaucoup plus large que l'événement lui-même: Bimei hasdei ne'urea ve-avat kelulotea, au temps de la grâce de sa jeunesse et de l'amour de sa nuptialité. Igla be-nishmata mazira, il est arrivé avec son âme lumineuse. Be-ita'u fakdola, avec un grand envol, lilmkor ha-ora ha-elyona, jusqu'à la source de la lumière suprême.
Qu'est-ce que c'est ? C'est la révélation du Matan Torah: Anokhi Hachem Elohékha. Quand Dieu se manifeste à Israël, il se manifeste à qui ? À la collectivité dans son ensemble. D'ailleurs, il suffit de voir dans la Torah: c'est au singulier. « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir d'Égypte. » À qui Dieu s'est-il adressé quand il a dit cela ? La personne à laquelle cette parole est adressée, qui est-ce ?
Non, justement pas. Si c'était à chaque individu, il aurait été écrit « Je suis l'Éternel, votre Dieu ». Eh bien non. Car si c'est pour s'adresser à chaque individu personnellement, l'expression qu'il faudrait employer, c'est justement le pluriel: on aurait dû dire Anokhi Hachem Elohékhem. Oui, mais pourtant, Dieu s'est adressé à tout Israël. Donc, s'il a employé le singulier, c'est justement parce qu'il parlait à la collectivité en tant que collectivité. C'est là le Kiddouch.
Par exemple, dans le livre de Devarim, je sais bien que c'est un peu le contraire, cela bouscule nos habitudes grammaticales, mais si vous réfléchissez bien, vous verrez que c'est vrai. Il y a un verset: Ré'é anokhi noten lifneikhem, « Regarde, je place devant vous ». Ré'é est au singulier, lifneikhem au pluriel. Interprétation du Rav Tsvi Yehouda Kook: Ré'é s'adresse à la collectivité, qui est une seule entité, et cela se particularise en chacun. Anokhi noten lifneikhem: je donne devant vous. Contrairement à l'idée reçue, qui veut que la collectivité s'emploie au pluriel et l'individu au singulier, c'est exactement le contraire. Le singulier s'adresse à la collectivité, et le pluriel à l'individu. L'ensemble des individus, c'est un pluriel. Comprenez-vous ce que je dis ? Bon.
... dans l'intériorité de l'idée divine. Limpide. Dans toute la flamme du feu. « Flamme du feu », je sais bien, c'est libre. Flamme du feu de la puissance de son amour, et dans toute la splendeur du rayonnement du tonnerre de sa puissance, [10:15] et avec les éclairs de sa luminosité, il a frappé …
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