L'amour du prochain comme fondement du mariage
Pourquoi la Guemara exige de voir sa future épouse, et comment l'amour se définit comme une union.
Rav Yehoshoua Zuckerman
Ensuite : Monter en Erets Israël : l'aliyah comme idéal, 60 min
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## La famille, fondement de la création
Quand on parle de la famille dans la Torah, c'est un sujet qui semble primordial, du fait même que dans le récit de la création, au premier chapitre de Béréchit, nous voyons que la création n'est terminée, n'est complète, que lorsque l'homme et la femme sont créés. Maintenant nous parlons de la famille d'Adam et Ève, de Caïn et Hével. Et c'est alors seulement que commence l'histoire, au second chapitre. La Torah commence donc véritablement: ce sont les relations de la vie des cieux et de la terre. Enfin, je traduis librement. Au début, on nous parle pendant les sept jours de la création. Si c'est ainsi, nous comprenons que la famille est un sujet primordial dans la réalité cosmique, dans le fait que le divin ne se réalise dans sa création que si la création se termine par la famille.
Ce n'est donc pas un sujet secondaire, ni une simple nécessité de continuer la progéniture. C'est une chose qui relève vraiment du dessein divin de la création même. Il va falloir comprendre pourquoi c'est à ce point important. On pourrait aborder ce sujet de plusieurs façons. Commençons par la Guemara de Kiddouchin 41. Elle nous enseigne qu'un homme ne peut pas épouser une femme sans l'avoir d'abord vue.
Et la Guemara donne une raison: s'il la voit, peut-être qu'elle ne trouvera pas grâce à ses yeux. On pourrait penser que, puisque la Guemara a donné cette raison, c'est suffisant. Mais la Guemara continue et donne une autre source: Véahavta léréakha kamokha, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Nous comprenons donc que cette interdiction d'épouser une femme sans l'avoir vue n'est pas de Rabbanan. Ce n'est pas un édit postérieur de nos maîtres qui auraient constaté un manque et auraient donc édicté cette interdiction. C'est la Torah elle-même. Et la raison pour laquelle le mariage doit passer par la vue, c'est qu'il doit réaliser le verset « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Il faut donc comprendre ce que signifie véahavta, ce que signifie « aimer ». Comment définir l'amour ? Car de l'amour dépend la mitsva du mariage: sans amour, il n'est pas permis de se marier. Et à cause de ce verset, la Guemara dit qu'il s'agit en quelque sorte d'un détail pratique de la mitsva d'aimer la jeune fille que l'on veut épouser. C'est donc très concret: il faut d'abord la voir. Car sinon elle pourrait ne pas trouver grâce à ses yeux, et ce serait un empêchement à l'aimer. C'est un obstacle. Il faut donc réunir, on pourrait dire, les meilleures conditions pour atteindre le but du mariage, qui est de s'aimer l'un l'autre.
C'est la mitsva. À plusieurs reprises dans le Tanakh, on nous enseigne que Yitzhak aimait Rivka. Cela montre que c'est important. On dit aussi que Yaakov aimait Rachel. Et le Kana parle de Hanna, qui n'a pas d'enfant, et lui dit: « Mais tu sais que je t'aime beaucoup… » Donc, pour pouvoir réaliser cette mitsva, il faut savoir ce que c'est qu'aimer.
## Qu'est-ce qu'aimer ?
Le début est assez clair. Le verset dit véahavta kamokha, tu aimeras comme tu t'aimes toi-même. C'est là qu'on nous définit ce qu'est aimer: c'est trouver ce qui est identique, c'est s'unir. De même que tu es un avec toi-même, de même, arriver à l'amour, c'est être un avec celui que tu aimes. Si tu aimes un paysage, il est en toi. Tu trouves quelque chose d'identique avec ce paysage. Si tu aimes la musique, c'est un chant en toi.
C'est une réalité une. Nos Sages expriment cette même idée en disant que la guématria du mot ahava, « amour », est la même que celle de Ehad, « un ». Le mot Ehad et le mot ahava valent tous deux treize. Il nous faut donc retenir cette même définition: ahava, c'est s'unir, c'est vraiment s'identifier.
Mais on se pose alors une grande question: comment peut-on aimer l'autre ? Par définition, il est autre, il est différent. Comment s'identifier à quelque chose de différent ? Au contraire, chacun doit être lui-même, chacun doit rester dans sa personnalité. Il n'est absolument pas question de se fondre et de se transformer pour s'unir à l'autre. C'est contraire à la Torah.
Tu as été mis au monde avec une âme, avec une personnalité bien précise. Il y a en toi une volonté divine, et tu as été fait tel que tu es. Tu as à savoir qui tu es pour réaliser cette volonté. Il faut donc être soi-même. Dans la Torah, il n'existe pas qu'on essaie de convaincre l'autre: on lui explique les choses, il les prend ou ne les prend pas. On ne cherche pas à avoir emprise sur lui au lieu de le changer. Il est lui-même. Et il y a surtout la notion de ibour, dont nous avons longuement parlé lors des fois précédentes.
Alors, comment y arriver ? Quelle est votre idée ? Comment arriver à aimer l'autre ? Vous m'avez dit des choses qui vous intéressent, que vous voulez vous marier. Vous n'avez sans doute jamais pensé à cela. Comment arriver à trouver la conjointe, c'est-à-dire, selon la halakha, comment savoir que c'est celle-là qu'on va aimer ?
— En apprenant à la connaître.
En apprenant à la connaître. À quoi veux-tu arriver ? Pas la rationnelle ? Non ? C'est très aléatoire. À part celle-là, tu vas trouver des raisons pour l'aimer. Or, la Michna dit clairement que si l'on aime quelqu'un pour une raison, ce n'est pas l'aimer. Pourquoi ? C'est assez évident: tu aimes la raison, tu n'aimes pas la personnalité. Tu aimes la chose que tu as trouvée en elle, et que tu peux trouver chez d'autres aussi.
Quand on parle de s'unir, c'est toute la personnalité. C'est donc bien plus profond que de trouver des raisons, par exemple qu'elle ait de bonnes vertus, qu'elle ait les mêmes opinions que toi, qu'elle parle avec beaucoup d'entrain et te plaise, ou qu'elle soit très joyeuse, etc. Ce ne sont pas elle. Ce sont des choses extérieures. La Michna dit: aimer quelqu'un pour une raison, quand la raison disparaît, on ne l'aime plus, car c'est extérieur.
Comprendre la personne, c'est toujours extérieur. Ce n'est pas elle, ce n'est pas elle-même. C'est ce que toi, tu en retires. C'est que toi, extérieurement, subjectivement, tu as une certaine relation, et tu la comprends. Ce n'est pas une raison, mais c'est comme extérieur à elle. Il y a beaucoup de personnes que tu comprends, je crois, n'est-ce pas ? Pas toujours. Disons qu'il y en a cent, bon. Toutes celles-là, tu les aimes ? Tu les comprends.
Je n'ai pas dit que c'était la façon d'aimer. C'est une des manières d'y arriver. Moi, j'ai demandé ce qu'est aimer. Nous avons dit: aimer, c'est s'identifier, s'unir, trouver le commun. La Torah nous donne la réponse. Je pose la question parce que, quand on y pense, la réponse a une valeur. C'est comme ça qu'on l'utilise.
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