Stéphane Amar et l'exception israélienne face à l'Europe
Nationalisme, identité, Shoah et Mont du Temple : l'auteur défend qu'Israël est en avance sur l'Europe.
Ensuite : Stéphane Amar analyse le Hamas et le 7 octobre, 54 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Nationalisme et identité
On peut quand même considérer que le projet sioniste lui-même (on pourra parler des mots tout à l'heure, de l'importance des mots) est une forme de colonisation. Le premier fonds qu'a créé Herzl, c'est le fonds de la colonisation. Mais surtout, ce qui s'est passé à partir de 1967, c'est-à-dire cette reconquête du territoire ancestral d'Israël, de la Judée-Samarie biblique, est un processus complètement à contre-courant de l'histoire européenne. C'est pour cela qu'il crée beaucoup d'hostilité, beaucoup d'incompréhension, beaucoup de simplification, des comparaisons qui n'ont pas lieu d'être.
Je voulais donc, moi, entrer dans ces sujets qui font polémique et qui créent souvent beaucoup de problèmes à Israël, pour expliquer quelle était cette exception, en quoi elle consistait exactement, et pourquoi il ne fallait pas du tout en avoir peur, au contraire.
— Alors, sur les sujets du nationalisme et de l'identité, est-ce qu'Israël est plutôt précurseur, ou à contre-courant par rapport à l'Europe ?
— Oui, c'est-à-dire qu'on est en tout cas, je dirais, à l'avant-garde. Ce qui est en train de se rejouer aujourd'hui, et d'ailleurs Olivier Robinchan, qui m'a aidé à publier ce livre, m'a dit: « Mais ce n'est pas si exceptionnel que ça, Israël, puisque finalement la Hongrie, le Brésil de Bolsonaro, l'Inde de Narendra Modi, d'une certaine manière l'Angleterre de Boris Johnson, tout ça, ce sont aussi des pays qui suivent ce mouvement. » C'est vrai, la Hongrie d'Orban, bien sûr. C'est vrai. D'ailleurs, ce n'est pas un hasard si Israël est proche de ces pays maintenant.
Il y a donc un retour, je dirais, au nationalisme, un retour à l'identité dont Israël a été à l'avant-garde. C'est pour cela que je pense plus profondément qu'Israël, au lieu de camoufler tout ça, d'essayer d'apparaître comme une démocratie libérale, ce qu'elle est de moins en moins, doit au contraire assumer cela et entamer un dialogue sur ces bases-là, puisqu'on voit bien qu'il y a maintenant des gens tout à fait prêts à entendre ces discours et à entendre ses positions.
— Dans votre livre, vous établissez un lien constant entre la Shoah d'un côté, et le sionisme et l'État d'Israël de l'autre. Vous donnez une place très importante à la Shoah dans l'imaginaire israélien, même chez ceux qui ne l'ont pas vécue directement, à cause du décalage géographique ou historique. Expliquez-nous ce lien. Est-ce que vous soutenez la thèse selon laquelle, sans la Shoah, Israël ne serait pas né ?
— Clairement non. C'est pour cela que j'ai hésité à commencer le livre avec cette tenaille du 9 novembre 1938. Parce qu'effectivement, je pense qu'il n'y a rien de pire que de propager l'idée selon laquelle Israël aurait été créé grâce, entre guillemets, ou même à cause de la Shoah. Il est évident que toutes les structures de l'État d'Israël étaient en place bien avant la Shoah. La création de l'université hébraïque, ça date de 1925, la Hagana de 1920. Tout était en place, évidemment, avant. Ben Gourion disait d'ailleurs souvent qu'il avait eu un État, mais qu'il avait perdu le peuple qui allait avec. Après la Shoah, cela a été évidemment une catastrophe, à la fois pour le peuple juif et pour l'État d'Israël.
Maintenant, il y a quand même une concomitance de dates, et je pense que c'est important. Ce qu'il faut comprendre, ce n'est pas du tout qu'Israël doit son existence à la Shoah, mais que la Shoah imprègne l'éthos israélien. C'est ce que j'ai voulu montrer, notamment à travers cette tenaille du 9 novembre 1938. Le 9 novembre 1938, c'est la Nuit de Cristal, tout le monde le sait. C'est véritablement le début de la Shoah. Cela peut paraître curieux avec le recul historique, mais jusqu'au 9 novembre 1938, les Juifs
pensaient que cela allait s'arranger, qu'Hitler allait se calmer. Il y a même eu une vague de retours en Allemagne après les Jeux olympiques de 1936, et avant cela, le statut des Juifs de Nuremberg. Les Juifs se disaient: on est certes des ciseaux de seconde zone, mais on a quand même notre place en Allemagne. Les rabbins, d'ailleurs, étaient assez contents que les mariages mixtes soient interdits. Donc les Juifs se disaient qu'ils allaient pouvoir s'accommoder de ce pouvoir, et qu'Hitler passerait, comme avant, on en avait vu d'autres
passer.
Or, le 9 novembre 1938, après ce pogrom de la Nuit de Cristal, ils comprennent très bien quelles sont les intentions d'Hitler. Ils comprennent que c'est sans retour. Et là, c'est trop tard, parce que la conférence d'Évian vient de se dérouler. Tous les pays du monde, hormis la République dominicaine, ont fermé leurs portes aux Juifs. Il n'y a donc plus où aller. Le seul pays qui peut encore les accueillir, c'est la Palestine mandataire. Or, ce même 9 novembre 1938, à Westminster, à Londres, le Parlement va voter le Livre blanc. L'après-midi du pogrom de la Nuit de Cristal, les Britanniques décident de fermer les portes d'Erets Israël aux Juifs. Et là, la tenaille se referme, et le peuple juif, sur le papier, était perdu. Il était chassé d'Allemagne, il a été chassé d'Europe, il a été exterminé, et en même temps il n'avait plus du tout de refuge. C'est évidemment quelque chose de complètement tragique,
et en même temps de miraculeux, parce que dix ans plus tard, en 1948, il va obtenir des nations la création de l'État. Il va se reformer en tant que nation, avec une armée, des frontières, etc. Cela est non seulement unique dans l'histoire de l'humanité, mais surtout, dans le contexte de ce qui s'est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, c'est parfaitement inouï. C'est ce que j'ai voulu raconter. Et être sorti de cette tenaille a donné en quelque sorte une force aux Israéliens, celle de se dire que tout est possible. Parce que si on s'en est sorti, si on a surmonté ces épreuves et réussi à construire l'un des États les plus puissants de la planète, en partant finalement d'Auschwitz, c'est qu'on est capable de tout.
— C'est vrai qu'on oublie souvent le rôle criminel des Britanniques dans cette histoire. Et cela nous amène à la question suivante.
— Dans le chapitre 2, vous évoquez l'acquisition des capacités de combattre par le Yishouv avant la création de l'État d'Israël. Mais comme on est au Centre Begin, j'aurais quelques remarques. Vous omettez totalement les actions de Zeev Jabotinsky dans ce sens, ainsi que la différence de ligne entre la Hagana et l'Irgoun. Zeev Jabotinsky faisait partie des créateurs de la Hagana. On l'oublie, on le lie toujours à l'Irgoun, mais il faisait partie des créateurs de la Hagana.
Et il y a aussi, comme je le disais, les différences de lignes entre la Hagana et l'Irgoun. La Hagana, comme son nom l'indique, était défensive. Elle a été créée pour se défendre face aux attaques des Arabes environnants, alors que l'Irgoun avait une approche plus offensive. Et après, c'est le seul organisme avec le Lehi et le groupe Stern qui a adopté la politique de révolte contre les Anglais, pour les faire partir d'ici, comme on l'a dit, à cause de leur rôle criminel. Donc je voulais rappeler le rôle de …
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