Bilan de la guerre des 12 jours et enjeux après le cessez-le-feu
Victoire tactique d'Israël, limites stratégiques, et la question d'un régime iranien affaibli mais non renversé.
Richard Darmon
Ensuite : Yitzhak Shamir, un homme au service d'une idée, 54 min
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Bonsoir à toutes et à tous, et bienvenue à une nouvelle conférence en Zoom du Centre Begin. Quelques mots d'introduction d'abord, pour vous rappeler que le Centre Begin organise régulièrement des événements et des soirées en français. Avec la guerre qui s'est déclenchée, et avec l'Iran qui est déjà terminée, enfin, peut-être que Richard Darmon nous dira le contraire, mais on a aussi organisé des conférences en Zoom, la première avec Michel Gurfinkel. Vu le succès de ces conférences, nous allons peut-être essayer d'en faire plus souvent, même sans état d'urgence.
Dimanche, dans la matinée, Richard m'a suggéré cette conférence, et nous avions donné un autre titre. Richard avait proposé de parler de l'impact de l'implication américaine dans la guerre. Mais au Moyen-Orient, l'actualité va très vite, et depuis, nous sommes entrés dans un cessez-le-feu. Nous avons donc modifié ce matin le titre de la conférence, et Richard nous parlera, comme nous l'avons déterminé, des grands succès de la guerre des 12 jours, un terme qui a couru un peu partout et qui a été, entre guillemets, validé par le président des États-Unis, et des problèmes en suspens après le cessez-le-feu.
Je rappelle que Richard Darmon est journaliste, expert en géopolitique, et qu'il est l'auteur d'un ouvrage intitulé La seconde guerre d'indépendance d'Israël, écrit il y a quelques mois, qui traite notamment de la question du nucléaire iranien. Nous avons donc le plaisir de vous écouter ce soir, Richard, pour nous donner votre analyse de la situation.
Bien, bonsoir et shalom à tous, même si je ne peux pas encore vous voir. Je sais que vous êtes assez nombreux. D'abord, je remercie le Centre Begin d'avoir organisé, un peu au pied levé, cette conférence. Comme nous sommes aussi ce soir la veille de Roch Hodesh, je souhaite à tout le monde, et à tout le peuple d'Israël, un excellent mois de Tamouz. On dit que les mois où il y a des jeûnes de deuil sont, en fait, des mois de reconstruction, et espérons que ce soit le cas.
Alors, effectivement, ce que nous allons faire ensemble ne sera pas très compliqué au niveau du plan. Nous allons parler de cette guerre des 12 jours, et nous expliquerons d'ailleurs pourquoi c'est ce nom qui semble entrer dans l'histoire pour la désigner. Nous allons faire un bilan et une perspective. Nous y sommes d'autant plus amenés que c'est le moins qu'on puisse dire: nous avons assisté à un cessez-le-feu il n'y a même pas deux jours, il y a un jour et demi, décidé au pied levé. Nous avons tous, en tout cas les Israéliens, les francophones et d'autres encore, et dans le monde juif j'imagine que c'est encore plus le cas, en diaspora, des impressions mitigées: à la fois un soulagement, d'une certaine manière, après 12 jours de course dans les abris, et aussi un début de destruction assez sérieuse en Israël, et puis un soulagement mais aussi de l'amertume.
Un mélange d'impressions: un bilan qui est somme toute positif, parce qu'il s'agit, nous allons le voir, d'une victoire tactique d'Israël, mais pas forcément stratégique. Et en même temps, une satisfaction limitée, avec une certaine atmosphère de confusion, et aussi l'impression que nous avons des engagements et des convictions pour l'avenir, mais aussi une grande colère, puisque les Iraniens ont profité des dernières minutes avant de cesser le feu pour faire des destructions insupportables à Beersheba. D'ailleurs, pendant toute cette guerre, on a bien vu le déséquilibre qui existait entre l'aviation israélienne, Tsahal, qui visait de manière chirurgicale ses cibles militaires et nucléaires, et cette dictature sanguinaire qui a mis sa griffe sur l'Iran depuis maintenant 46 ans et qui tirait volontairement sur la population civile.
Avant d'entrer dans le premier point, le bilan que l'on peut faire de cette guerre, je voudrais vous remettre en tête une phrase qui m'est revenue tout à l'heure en pensant au début de notre intervention. Vous avez tous entendu parler de l'excellent livre écrit par le journaliste et chroniqueur Albert Londres, un journaliste français, qui a écrit au tout début des années 30 un livre absolument indispensable, qui s'appelle Le Juif errant est arrivé. Il y fait une enquête dans le monde juif de la diaspora, puis il part en Palestine, comme on appelait Israël à l'époque, et il arrive juste au moment de la grande révolte arabe qui démarrait en 1929. Il est là quand ont lieu les massacres de Hébron et de Safed.
Sans m'étendre sur ce livre, que l'on peut trouver en collection de poche pour quelques euros, il y a une phrase qui m'est restée en tête, et qui est une sorte d'exergue du livre. Il disait ceci à l'époque: « Les nations accordent peu de place aux Juifs. » Il le disait à propos des horribles conditions qu'il avait vues dans les ghettos d'Europe de l'Est, mais aussi en arrivant en Erets Israël, au moment où il y avait un bras de fer triangulaire entre les Arabo-Palestiniens, les Juifs du Yichouv et les mandataires anglais, qui voulaient maintenir un certain ordre, qui s'est avéré être un désordre.
Je répète cette phrase: « Les nations accordent peu de place aux Juifs. » Pourquoi la citer ? Parce que l'on pourrait dire aujourd'hui que ce n'est pas seulement une question d'espace géographique. Lui pensait à l'espace géographique: les Juifs étaient soit dans les ghettos, soit sous condition dans le Yichouv, en Erets Israël. Mais on pourrait transposer cette phrase en disant qu'on a vu, dans l'histoire moderne d'Israël depuis 1948, que les nations accordent peu de temps aux Hébreux, aux Juifs redevenus Hébreux, comme disait Manitou, pour assurer leur victoire militaire. On l'a vu en 1956: l'opération de Suez, menée conjointement entre Israël, l'armée britannique et l'armée française, a dû se terminer en queue de poisson.
On l'a vu en 1967, où, malgré la victoire éclatante de la guerre des Six Jours, une résolution a été imposée à Israël pour ne pas aller jusqu'à Damas et ne pas abattre le régime de l'époque. On l'a vu aussi, bien sûr, en 1973. Et on l'a vu, il faut le dire, même si les circonstances sont très différentes, ce n'est pas le même genre de guerre: on l'a vu en 2025, il y a deux jours, lorsque le feu a cessé. Excusez-moi, je vais avaler un peu d'eau.
Le cessez-le-feu, annoncé dans la nuit de dimanche à lundi par Trump sur un ton extrêmement autoritaire, est comme un lapin blanc ou un lapin noir qui est sorti de son chapeau, qui a fait son chemin dans la nuit, et qui s'est installé, par la force des choses, il y a 48 heures. Ayez donc en tête cette phrase, parce qu'il y a toute une réflexion que nous allons avoir, rapidement, sur le plan stratégique, qui montre, en fait, les acquis, malgré leurs limites, de cette guerre de 12 jours. Elle n'est qu'un des épisodes de la guerre qu'Israël mène sur sept fronts, il faut le répéter, depuis le 8 octobre, le lendemain du 7 octobre.
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