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Yitzhak Shamir, un homme au service d'une idée

Trois témoins évoquent la modestie, la détermination et le sionisme de Shamir, de la guerre du Golfe à Paris.

54 min

Ensuite : Pas d'innocents à Gaza : un débat Finkielkraut-Lurçat, 1 h 02

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Yoël Haddad: Bonsoir à tous. Nous espérons que le film vous a plu. Nous allons commencer cette discussion. Avant tout, je voudrais faire des présentations. Est-ce qu'on entend bien ? Oui. Tout d'abord, Samy Friedrich, qui est ici, entrepreneur. Vous avez été directeur général du ministère de l'Économie entre 1981 et 1984, sous deux gouvernements, aussi bien de Begin que de Shamir. Ensuite, vous avez été membre de l'Institut israélien pour la démocratie et vous avez travaillé pour l'Agence juive. J'ajoute une petite touche personnelle: vous êtes le fils de Shlomo Friedrich, qui fut le représentant du mouvement Hérout, puis du Likoud en France, depuis le milieu des années 50 jusqu'à son décès en 1979. Je fais personnellement des recherches ici, au Centre Begin, sur l'action de Shlomo Friedrich.

Ensuite, nous avons Emmanuel Halperin. Vous avez déjà eu l'occasion de rencontrer ici. Vous êtes ancien journaliste, vous avez travaillé pour le service public israélien et enseigné la culture française à l'Université de Tel Aviv. Vous avez été conseiller culturel à l'ambassade d'Israël à Paris dans les années 80, et vous avez aussi joué dans plusieurs séries, films et pièces de théâtre. Et pour terminer, Dan Meridor, qui est ici. Vous êtes avocat. Vous avez été secrétaire du gouvernement de Menix Begin de 1982 à 1984, notamment pendant la première

guerre du Liban. Ensuite, vous avez entamé une carrière politique: vous avez été député, puis ministre de la Justice dans le dernier gouvernement de Shamir, entre 1988 et 1992. À ce poste, vous avez été, entre autres, à l'initiative des lois que l'on appelle les lois fondamentales, dont la loi fondamentale sur la dignité humaine et la liberté. Et plus tard, vous avez été à deux reprises ministre dans des gouvernements de Benjamin Netanyahou.

Yoël Haddad: Tout d'abord, une question qui s'adresse aux trois. Quand et comment avez-vous connu Yitzhak Shamir ? Comment êtes-vous venu à travailler avec lui ? Peut-être avez-vous collaboré très tôt avec lui. Et, beaucoup étaient étonnés que Dan Meridor soit francophone. Si vous pouvez nous raconter comment vous avez appris le français en étant né ici ?

— Bonsoir. C'est trop pour moi. Je parle un peu français, je n'ai pas étudié normalement, mais j'ai appris ici et là, je peux parler un peu. Pas comme mes amis ici, dont le français est naturel, de par leur histoire. J'essaierai de dire ça.

Vous savez, j'ai vu beaucoup de leaders en Israël. Shamir a vraiment été exceptionnel. Une chose intéressante: il était le serviteur d'une idée. Servir l'idée sioniste, telle qu'il l'avait comprise, c'est toute sa vie. Cela tient à deux choses: la terre d'Israël et l'alyah à la terre d'Israël. Tous les autres aspects ne sont pas importants, pas du tout. Le côté personnel n'existe plus. Ce n'était pas la question de sa personne, de sa fonction, de son image publique. Seul comptait ce qu'il croyait être l'intérêt du peuple juif et d'Israël, et le sionisme tel qu'il l'a compris.

L'unité nationale, même avec des adversaires, comme Peres. On en a parlé en 1988. Nous avons gagné les élections. Il aurait pu y avoir un gouvernement de droite, comme on dit aujourd'hui, avec Yuval Neeman, mais nous avons eu une autre alternative, c'est-à-dire avec les travaillistes. Le gouvernement d'union nationale a décidé que l'intérêt des nations est d'être ensemble. C'est le contraire de ce qu'on voit à notre époque. Je ne vais pas continuer là-dessus. La modestie et la détermination, c'est vraiment un mélange très unique chez Shamir. Très modeste, très clair et très réaliste. On peut avoir des manœuvres ici et là, mais on n'oublie jamais le but, l'objectif. L'objectif est le sionisme. Il a lutté pour le sionisme et a fait des choses, comme on l'a raconté ici, les deux plus importantes.

La première est la guerre avec l'Irak. J'ai entendu les histoires ici, mais je me souviens: le premier jour, il était clair pour Shamir que c'était une guerre totalement différente. Ce n'était pas les Juifs contre les Arabes. Les Américains viennent pour arranger la situation. Ici, c'est une guerre entre les Américains et les autres Arabes contre l'Irak. Ce n'est pas à nous. Nous ne sommes pas là. Et ce n'était pas simple: ne pas réagir, ne pas répondre quand nous étions attaqués par des missiles. Aujourd'hui, les missiles, c'est

peu de chose. On a vu les missiles du Hezbollah, de l'Iran. Mais là, c'était la première fois. Il a compris que c'était totalement différent. Ce n'est pas seulement une conversation avec Bush. Je me souviens, le premier jour, je lui parlais. J'étais très proche de lui. Il a décidé: on ne répond pas. Il ne l'a pas dit au gouvernement. Il voulait que les Américains prennent sérieusement la menace des missiles irakiens, et qu'ils pensent qu'il était possible que nous...

Mais ce n'était pas dans la réunion du cabinet. C'était lui, le premier jour: on ne répond pas, on peut parler, discuter. Ce ministre, ce général, c'était sa décision, sa façon de comprendre. Ce n'est pas la guerre régulière. Ce n'est pas normal.

La deuxième chose s'est passée ici, avec Shultz. C'était en 1988, le dernier mois de Reagan comme président. George Shultz était secrétaire d'État, un économiste, un ami d'Israël. On était chez lui: Shamir, moi-même, Eliak et Rubinstein, je crois. Shamir, c'était lui. On a parlé de sujets stratégiques, de l'aide financière, de l'aide militaire à Israël. À la fin de la réunion, Shamir aborde un autre sujet. Il dit: je suis insulté quand vous dites que les Juifs qui quittent l'Union soviétique sont stateless, sans pays. Après 1948, il n'y

a pas de Juifs sans pays. Il y a la patrie juive. C'est ici que le rapatrié peut venir chez nous. S'ils veulent quitter, ils peuvent quitter, mais la première chose est ici. Shultz acceptait cela, et il l'écrit dans son livre. Les Américains ont ensuite changé la politique, ou la règle. Et il est clair pour moi que le million, plus d'un million de Juifs qui sont venus ici, peut-être plus de la moitié de ces deux millions, aurait pu finir à Brighton Beach, en Amérique, et non ici.

L'alyah, son importance, c'est une étape très courageuse et pas simple: dire aux Juifs, venez à la patrie, décidez ici. C'est Shamir, c'est lui. Deux choses: la terre d'Israël, la sécurité, et l'alyah.

— Samy Friedrich. Je ne savais pas que tu parlais si bien français, Dan. C'est formidable.

Samy Friedrich: D'abord, je trouve remarquable que vous soyez tous venus ce soir pour une soirée consacrée à Shamir, alors qu'il y a beaucoup d'autres événements aujourd'hui, et que nous prenions tous un peu de temps pour réfléchir à sa personnalité, à la nature de son leadership. Je trouve intéressant de voir son attitude, son approche, surtout quand on la met en contraste avec le contexte dans lequel nous vivons. C'était une autre façon de faire de la politique, une autre façon de voir l'action politique et l'action publique. Tu nous as demandé, Yoël, comment nous avions été en interaction avec lui. Moi, j'étais directeur général d'un petit ministère qui …

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