Les origines du conflit israélo-arabe, de 1870 à 1950
Comment le réveil juif en Palestine, la déclaration Balfour et le Livre blanc de 1939 ont façonné le conflit.
Georges Bensoussan
Ensuite : Stéphane Amar et l'exception israélienne face à l'Europe, 1 h 34
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— Bonsoir à toutes et à tous. Nous sommes heureux de vous accueillir ce soir au Centre Begin pour un nouvel événement dans le cadre de nos événements pour le public francophone. Nous sommes aussi heureux d'accueillir ce soir, pour la première fois au Centre Begin, l'historien Georges Bensoussan. Georges Bensoussan est le rédacteur en chef de la Revue d'histoire de la Shoah et responsable éditorial du Mémorial de la Shoah de Paris, au CIDETEC. Vous êtes quoi aujourd'hui ? C'est tout ce que vous êtes aujourd'hui, parce que Wikipédia n'est pas actuel, disons. Il est connu pour ses travaux et ses nombreux livres sur la Shoah, l'antisémitisme, ainsi que sur l'histoire du soviétique et sur la rue de la Sainte-Vérolation, judéo-arabe. Dans son nouveau livre, Les Origines du conflit israélo-arabe, 1870-1950, il traite des origines méconnues du conflit que nous vivons tous ici pratiquement au quotidien. Jusqu'à il y a quelques jours, on l'a vécu.
Il montre comment les choses ont pris forme bien avant 1967 et bien avant 1948, et même avant la déclaration Balfour ou le premier congrès sioniste. Il explique le rôle à la fois décisif mais aussi cynique qu'ont joué les Britanniques durant la période du mandat. Il traite des différentes tendances, juives et arabes, quant au conflit naissant. Et enfin, il démontre les différents aspects de ce conflit: politique, territorial, culturel et aussi religieux.
Je tiens à préciser que le débat de ce soir autour du livre se veut uniquement historique et non actuel. Nous n'avons pas pu organiser une vente du livre ce soir, mais le livre est disponible dans les librairies francophones en Israël et aussi sur les plateformes que vous connaissez sur Internet. Pour échanger avec Georges Bensoussan, nous accueillons ce soir la journaliste Emmanuelle Elbaz-Phelps, journaliste franco-israélienne qui travaille pour la chaîne israélienne de service public Kan, pour la chaîne Galei Tsahal et c'est écrit aussi pour le journal Unrex. Nous vous donnons la possibilité de poser des questions à la fin de cet échange. Bonne soirée.
— Merci Yoël, et merci au Centre Begin d'avoir organisé cette soirée. Bonsoir Monsieur Bensoussan, bonsoir à toutes et à tous. S'il vous plaît, vérifiez que vos téléphones portables sont sur silence pour que nous ne soyons pas dérangés pendant cette discussion.
Emmanuelle Elbaz-Phelps: Pour ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion de lire ce livre, Les Origines du conflit israélo-arabe est sorti dans la collection Que sais-je ? Ce n'est pas anodin, puisque cette collection est non seulement très connue des étudiants, mais elle est réellement pratique et ludique pour nous, les adultes, puisqu'il s'agit d'un récit historique de faits, de dates, de chiffres. Et c'est ce qui est passionnant dans ce récit. Je ne vais pas tout dévoiler, pour laisser aux lecteurs le plaisir d'aller au bout. Mais j'ai envie de vous dire qu'on pourrait fermer ce livre, qui se termine en 1950, et sauter de la dernière page à aujourd'hui, parce que la complexité dans laquelle nous vivons est réellement expliquée dans les bases complexes de ce conflit.
Et donc, j'ai envie de commencer par une question un peu générale: si vous deviez choisir un enseignement que vous aimeriez léguer à vos lecteurs et lectrices à la fin de ce livre, lequel serait-il ? Merci.
Georges Bensoussan: Au terme des 128 pages, je vous l'avais dit, le résumé, c'est... Mais en même temps, aujourd'hui, c'est la dimension, dans tous les cas, de l'histoire. Et donc, pour expliquer le côté anthropologique et complexe de ce conflit, on pourrait commencer peut-être par expliquer le choix de la date. Vous ne commencez pas votre récit en 1882 avec la première alya, ce qui est fait en général, mais vous choisissez 1870, et donc de vous adresser aux communautés juives déjà présentes sur cette terre.
On estime que la moitié des Juifs parlaient l'arabe. C'est d'abord dans la communauté ancienne, sur la langue. Ce sont des communautés qui commencent à réveiller la langue hébraïque et à la pratiquer au jour le jour, et en effet à en faire aussi une langue journalistique. Elles ne formulent pas forcément cette idée de sionisme ou de foyer national. Le journal HaLevanon est même contre l'idée d'un foyer national. C'est uniquement un réveil culturel. Et ce réveil culturel échappe à ses auteurs, et il embraye sur l'idée nationale, alors même que ces initiateurs n'en avaient pas l'idée au départ. Cette idée nationale va gagner des proches, et elle va rencontrer. Donc, si vous voulez, c'est un parti pris, et c'est là que les bases du foyer national sont jetées.
Parce que la deuxième alya, il s'agit de gens qui viennent influencés par les Lumières et par le renouveau national, la naissance du mouvement national de façon générale en Europe, et donc arrivent avec des idées nouvelles, socialistes, marxistes, qu'ils essayent d'appliquer à la vie qu'ils commencent à mettre en œuvre ici.
Oui, vous avez raison sur la deuxième alya, mais je reviens un tout petit peu en arrière, et après je reviendrai sur la deuxième alya, sur ce noyau initial de Palestine en 1870. Si ces gens-là, ces hommes et ces femmes, qui sont arabophones ou bien ladinophones, mais en règle générale, dans la vie quotidienne, beaucoup savent l'arabe, réveillent progressivement la langue hébraïque, et ensuite... C'est parce qu'il y a l'Europe du rêve, la Palestine, sur ce plan-là, et qui viennent aussi... On peut se constituer une alya profondément socialiste et visée nationale. Comment le socialisme israélien a-t-il été un outil au service de la nation ?
Alors, vous avez évoqué le nom Palestine, mais en réalité ce mot existe déjà, ce n'est pas le mot qui est employé. C'est d'ailleurs faux de parler de la Palestine à cette époque: la Syrie du Sud. C'est-à-dire qu'à l'époque, disons 1870 — je reviens sur la date de départ du livre — on serait tenté de dire que tout le monde parle de Palestine. En réalité, non: il n'y a que les Occidentaux qui parlent de Palestine, dans leurs rubriques, dans leurs journaux, etc., ou dans la littérature aussi. Les Juifs qui vivent ici ne parlent pas de Palestine, ils parlent d'Erets Israël. Les Arabes qui vivent ici ne parlent pas de Palestine, ils ne connaissent pas le mot, ils parlent de la Syrie. Quand on leur demande d'où ils sont, ils n'auront pas l'idée de répondre « la Syrie » dans un premier temps, mais dans un deuxième ou troisième temps peut-être, ils répondront: nous sommes de Syrie.
Et si on veut leur faire préciser — ici, Jérusalem, disons, ou Jaffa, qui est la plus grande ville arabe de l'époque, c'est Jaffa, ce n'est pas Alep, ce n'est pas Homs, ce n'est pas Damas — ils diront: nous venons de la Syrie du Sud. C'est comme ça que, dans l'Empire ottoman, la Palestine est répertoriée: la Syrie du Sud. Le mot Palestine, dont on sait très bien l'origine, par les Romains qui visaient à effacer la présence juive sur ce territoire, n'est resté présent que dans l'histoire occidentale, avec en plus l'adjonction de la Terre sainte. Mais il n'y a …
Cours du Centre Begin
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