Stéphane Amar analyse le Hamas et le 7 octobre
Comment le Hamas en est arrivé là, la réaction israélienne et les pistes pour l'avenir selon Stéphane Amar.
Ensuite : Michel Gurfinkiel analyse la guerre et l'échec du 7 octobre, 1 h 19
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— Merci Stéphane d'avoir accepté de nous parler ce soir dans le cadre des conférences en français du Centre Begin. Le Centre Begin est un peu au ralenti en ce moment, vu la situation, un peu comme tout le monde, mais j'ai quand même pensé qu'on pouvait faire quelques conférences de ce style, espérons que ça dure le moins longtemps possible, pour essayer d'approfondir et de comprendre la situation. Pour commencer, pour la première rencontre qu'on a accueillie ce soir, Stéphane Amar, qu'on a déjà eu l'occasion d'accueillir au Centre Begin. Vous étiez nombreux à la présentation de son livre, L'exception israélienne. Ce ne sera pas un échange de questions-réponses, ce sera plutôt: on va écouter Stéphane Amar nous donner son analyse, et à la fin on donnera un temps aux questions.
— Mais pour commencer, je voulais poser une question en rapport avec le livre, justement. Le premier chapitre de ton livre, Stéphane, bonsoir Stéphane.
Stéphane Amar: Bonsoir.
— Le premier chapitre de ton livre est consacré à la place de la Shoah dans l'imaginaire israélien. Et ce qu'on vit depuis une semaine et demie, on voit à quel point ce sujet est malheureusement devenu presque un sujet d'actualité. Je voulais entendre ce que tu avais à dire à ce sujet-là.
Stéphane Amar: C'est sûr que cette comparaison avec la Shoah revient dans toutes les bouches. J'ai constaté, depuis que je me rends sur le terrain, depuis ces massacres, que ce qui rappelle la Shoah, évidemment, c'est la cruauté des actions des terroristes du Hamas, donc cette haine antijuive extrême. Et puis c'est aussi l'intensité. C'est-à-dire qu'en quelques heures, les terroristes du Hamas ont tué plus de gens que lors de la dernière intifada, qui avait pourtant été considérée comme un des épisodes les plus dramatiques de l'histoire d'Israël. Il y avait eu, entre 2000 et 2004, un peu plus d'un millier de morts, et là, on a déjà largement dépassé ces chiffres en seulement six ou sept heures de massacre. Donc effectivement, ça rappelle la Shoah.
Il y a quand même une différence de taille, une différence considérable, une différence fondamentale. D'ailleurs, ça rejoint ce que je dis dans le livre, au début du livre: cette fois-ci, on a un État et on a une armée. Donc ça change complètement, évidemment, la donne. Un État qui défend ses citoyens, un État qui est en train de mener une guerre à ceux qui ont agressé ses peuples. C'est quand même, je pense, une différence fondamentale avec la Shoah.
— Très bien. Je te laisse continuer.
Stéphane Amar: D'accord. Alors, voilà. D'abord, je voudrais dire en préambule que je n'avais évidemment rien vu venir. Certaines personnes en Israël ont annoncé ce qui allait se passer. Par exemple, un général, Brik, avait diagnostiqué les problèmes qu'il y avait dans l'armée. D'autres gens, comme Ari Shavit, dont j'ai parlé tout à l'heure, le journaliste de Makor Rishon, ancien d'Haaretz, avaient également annoncé une déflagration de cette sorte. Personnellement, je n'avais rien vu venir.
Donc, je ne vais pas chercher, au cours de cet exposé, à montrer la logique qu'il peut y avoir dans ces événements. Je voudrais simplement développer mon analyse en trois parties. Dans un premier temps, voir comment on en est arrivé là, décrire le processus qui a conduit à ces massacres, quelles ont été les erreurs commises, quelle a été la stratégie du Hamas au cours de ces trente dernières années. Ensuite, je voudrais raconter ce que je vois au quotidien, ce qui se passe en Israël en ce moment,
comment le peuple israélien réagit à cette catastrophe. Et à cet égard, on verra qu'il y a beaucoup de choses qui sont porteuses d'espoir. Et enfin, je voudrais tracer des lignes pour l'avenir, encore une fois avec beaucoup de prudence, parce que j'étais tellement désarçonné. Il y avait quand même, dans mes travaux précédents, notamment dans le livre, des pistes qui restent, à mon avis, pertinentes pour sortir de cette situation et pour en finir enfin avec cette menace du Hamas dans la bande de Gaza.
Alors d'abord, parce que tout le monde ne le sait pas, je pense qu'il faut rappeler d'où vient le Hamas, comment tout ça a commencé, et comment il y a eu cette montée en puissance qui a pu aboutir à ces événements absolument inouïs de Chabbat, en octobre.
Alors d'abord, la bande de Gaza. Qu'est-ce que c'est, la bande de Gaza ? Un territoire, on le sait, de quarante kilomètres de long sur dix kilomètres de large, avec une frontière avec Israël et une frontière avec l'Égypte. La bande de Gaza, en fait — Gaza, évidemment, c'est une ville extrêmement ancienne, mais la bande de Gaza en tant que telle existe à partir de 1948. C'est la ligne de cessez-le-feu entre les armées égyptiennes et israéliennes, qui vont être arrêtées à Yad Mordekhai. On connaît l'histoire. L'Égypte va
occuper ce territoire, dans lequel vont être déversés plusieurs dizaines de milliers de réfugiés palestiniens qui ont fui les combats, qui habitaient souvent d'ailleurs dans la région d'Ashkelon ou plus au nord, et qui vont s'ajouter à la population de la bande de Gaza, qui à l'époque n'est pas une population importante. Il y a donc, en 1948, environ 30 000 Palestiniens seulement dans la bande de Gaza, et ce qui va venir s'ajouter à cela, ce sont des réfugiés qui habitaient sur le territoire d'Israël, reconnu internationalement.
L'Égypte va occuper la bande de Gaza jusqu'en 1967. Elle va entretenir et protéger des bases terroristes — ce sont les fameux fedayin — qui vont mener des actions sanguinaires dans les années 50 vers déjà les kibboutzim frontaliers de la bande de Gaza, vers les moshavim, les villes qui se trouvent dans ce qu'on appelle l'Otef Aza, les environs de la bande de Gaza. Et ces attaques vont devenir tellement insupportables. D'ailleurs, il faut bien préciser qu'elles sont commises déjà à l'époque avec beaucoup de cruauté: il y a des égorgements, il y a des corps démembrés, il y a des viols, etc. C'est toujours le même modus operandi, mais il y a la protection de l'Égypte de Nasser envers ces groupes armés.
Et donc la situation va devenir tellement insupportable qu'Israël va mener des opérations dans la bande de Gaza. C'est la fameuse unité 101, derrière Ariel Sharon, qui va faire des incursions extrêmement courageuses, extrêmement audacieuses, pour tenter d'enrayer ce terrorisme. Et en 1956, une opération d'envergure va être lancée avec le soutien de la France et de la Grande-Bretagne. C'est la fameuse guerre de Suez. Il y a plusieurs volets dans la guerre de Suez, mais en tout cas, dans le volet Gaza, les Israéliens vont réussir à éradiquer quasiment tous les nids terroristes, toutes les bases terroristes des fedayin, et vont obtenir la mise en place de casques bleus dans la bande de Gaza pour les protéger des attaques. La situation va effectivement se calmer, en tout cas en ce qui concerne ces attaques terroristes.
Jusqu'en 1967, il y aura d'autres fronts qui vont s'ouvrir, notamment le front syrien, l'Angolan. Mais à Gaza, les attaques terroristes vont diminuer en intensité, jusqu'en 1967 où Nasser va …
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