Les trois chofars du Rav Kook en septembre 1933
Le Rav Kook compare chofar gadol, benoni et katan, de la halakha à la Gueoula, en septembre 1933.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : Roch Hachana, jugement ou couronnement de Dieu, 34 min
En bref
Le Rav Kook, prononçant à Jérusalem en septembre 1933 le dvar Torah traditionnellement attendu avant les sonneries de Roch Hachana, s'interroge sur l'expression « grand chofar » des prophètes et de la prière. Il distingue trois sortes de chofar, grand, moyen et petit, à la fois dans la halakha et dans la Gueoula. Le cours montre comment cette lecture éclaire l'appel à revenir en Erets Israël à l'heure où la menace nazie se précise en Europe.
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## Introduction
Bonjour à tous, bienvenue sur Israël Torah. On reprend notre étude sur la personnalité et les enseignements du Rav Kook. Nous sommes déjà dans notre quatrième épisode. Nous avons présenté le personnage, vu quel était le rapport des grands de sa génération par rapport à lui, et quels étaient les enjeux de sa génération. Il est temps maintenant de rentrer un peu dans son enseignement. Et comme nous allons vers la fête de Roch Hachana, je voulais partager avec vous un enseignement extraordinaire du Rav Kook. Extraordinaire évidemment pour son contenu, vous allez le voir, mais aussi pour le moment où il arrive. C'est ce qui le rend extraordinaire.
Je vous parle d'un drach, d'un dvar Torah. Le Rav Kook est rabbin. Comme tous les rabbins, le Chabbat, à la synagogue, il va faire un dvar Torah. Mais il y a un dvar Torah qui est attendu dans toutes les synagogues du monde: c'est le dvar Torah, la dracha du rabbin avant la sonnerie du chofar de Roch Hachana.
Nous sommes donc à Roch Hachana. Mais quand ? Quelle année ? Nous sommes en 1933, en septembre 1933. À ce moment-là, le Rav Kook va faire une dracha dans une synagogue bien connue, la synagogue de la Hourva, la grande synagogue de la Hourva, à Jérusalem, dans la vieille ville. Il est le grand rabbin d'Erets Israël, il habite à Jérusalem. Dans cette dracha, juste avant les sonneries du chofar, qui va s'appeler d'ailleurs Chofarot, et qu'on peut retrouver dans le livre Maamré Areia, le Rav Kook va nous expliquer quelque chose de fondamental.
Il nous dit la chose suivante. Dans la teffila de Roch Hachana et de tous les jours, on dit: Tekaa b'chofar gadol lecheroutenou. Tekaa b'chofar gadol: on demande à Dieu qu'il sonne d'un grand chofar. Cela reprend les paroles du prophète, lorsqu'on lit dans les Prophètes: Ve'aya bayom hahou yitaka b'chofar gadol. Il viendra un jour où sera sonné le grand chofar.
Le grand chofar. Il faut qu'il soit de quelle taille ? Trente centimètres ? Cinquante centimètres ? Un mètre ? Deux mètres ? Dix mètres ? Quelle est la grandeur du chofar ? Est-ce qu'il s'agit ici de la taille du chofar ? Le Rav Kook ne nous répond pas tout de suite. Il s'agit du chofar de la Gueoula. Mais avant d'aller au chofar de la Gueoula, le Rav Kook nous explique qu'il s'agit également du chofar de la halakha.
Dans la halakha, peut-on prendre n'importe quel chofar pour sonner à Roch Hachana ? Non. Certes, la Michna nous dit: Kol hashofarot kesherim, tous les chofarot sont casher. Mais le Rav Kook nous met en évidence qu'il existe dans la halakha trois sortes de chofarot: chofar gadol, chofar benoni et chofar katan, un grand chofar, un chofar moyen et un petit chofar.
Au niveau de la halakha, c'est très simple. Le chofar gadol, c'est une corne de bélier, le bélier qui nous rappelle la Akedat Yitzhak. Le bélier, c'est le top, c'est le chofar gadol. Le chofar benoni est aussi casher: si tu n'as pas trouvé de bélier, tu prendras la corne d'un animal casher, une antilope, une chèvre, ce que tu veux. Il existe un troisième type, le chofar katan, le petit chofar. C'est si jamais tu n'as pas de corne de bélier et que tu n'as pas non plus trouvé d'animal casher, et que le seul objet que tu as sous la main, c'est une corne de rhinocéros. Je ne sais pas si la corne de rhinocéros pourrait servir de chofar, mais enfin, vous m'avez compris.
Ce n'est pas casher. C'est si je n'ai pas le choix: je n'ai pas trouvé de chofar de bélier, je n'ai pas trouvé de chofar d'animal casher, donc je peux utiliser la corne d'un animal non casher. C'est un chofar katan. On fera la mitsva avec, mais on ne fera pas la bracha dessus, parce que ça vient d'un animal impur. On ne fera pas la bracha sur ce chofar, bien que la mitsva d'entendre le chofar soit réalisée.
Le Rav Kook nous explique que ce qui est vrai au niveau de la halakha est vrai également au niveau de la Gueoula. D'après la halakha, nous préférons évidemment le chofar gadol, la corne de bélier. Mais imaginez: on est deux heures avant Roch Hachana, ou deux minutes avant, on n'a pas de corne de bélier, et on a sous la main une corne de chèvre. Est-ce qu'il vaut mieux dire: « Non, je ne prends pas, j'attends, peut-être que Dieu me donnera sous la main une corne de bélier », au risque de ne pas avoir de chofar du tout ? Non, on te dit non: tu prends celle de chèvre et tu feras quand même la bracha dessus, c'est casher.
Et si tu n'as pas, ainsi de suite. Le Rav Kook nous dit que dans la Gueoula, c'est pareil. Il existe trois sortes de chofar de la Gueoula. Le chofar gadol, qu'est-ce que c'est ? Le Rav Kook nous répond: c'est l'appel qu'on entend à l'intérieur de notre cœur, dans notre neshama la plus profonde. C'est l'appel qu'Abraham a entendu lorsque Dieu lui a dit: Lech lecha. Le chofar gadol, nous dit le Rav Kook, c'est la personne qui se réveille pour revenir en Israël.
Pourquoi le chofar voudrait-il nous rappeler à venir en Israël pour la Gueoula ? Tout simplement parce que le verset que j'ai cité, Ve'aya bayom hahou yitaka b'chofar gadol, dit qu'un jour Dieu sonnera du grand chofar. Et c'est pour quoi faire, dans le verset ? Tout simplement pour rappeler les exilés: Ve'aou ha'ovdim be'eretz Ashour. Ils vont tous revenir, be'ichtahavou lahar hakodesh birouchalayim: ils viendront tous sur la montagne sainte, à Jérusalem. En d'autres termes, il s'agit bel et bien de cette Gueoula qui nous ramène à la maison.
Le chofar gadol de la Gueoula, c'est lorsqu'on entend cette petite voix intérieure qui nous dit: « Il faut que tu rentres à la maison. » Pourquoi ? C'est marqué dans la Torah. Ce chofar-là a été entendu, évidemment, par le Rav Kook, comme on l'a vu ensemble, mais aussi par le Gaon de Vilna, qui a envoyé ses élèves, par le Baal Chem Tov, qui a envoyé ses élèves, et par tant de géants de notre génération et des générations précédentes, qui ont entendu cette voix profonde, cet appel qui leur a dit: rentrez à la maison.
C'est ce qu'on appelle le chofar gadol. Cela vient d'une motivation empreinte de sainteté. Mais il y a des gens qui n'entendent pas le chofar gadol. Le Rav Kook nous dit que pour ces gens-là, il y a le chofar benoni, le chofar moyen. Le Rav Kook l'appelle le chofar hiloni, le chofar laïque, et il explique qu'il s'agit de la volonté d'un peuple de revenir sur sa terre comme tous les autres peuples.
Le Rav Kook nous dit: ce n'est pas le chofar gadol, mais cette volonté, qu'il appelle ratson atzmi, cette volonté naturelle et saine, en bonne santé, d'un peuple qui veut revenir sur …
Cours d'Orot veKelim
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