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Les Guevourot : la puissance de Dieu et la résurrection des morts

Pourquoi la deuxième bénédiction de la Amida évoque la résurrection, et comment la Guemara justifie qu'on énumère la puissance divine.

54 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La sainteté de Hachem et la quatrième Bérakha, 54 min

En bref

Le Rav Oury Cherki commente la deuxième bénédiction du Shmona Esrei, Guevurot, qui répond à la question « quelle est la puissance de Dieu ? » et introduit la résurrection des morts. Il explique pourquoi la Guemara juge impossible de décrire toute la puissance divine, et pourquoi le mot « mehaye » (faire vivre, ressusciter ou épargner) prend des sens différents selon les occurrences. Il développe ensuite la notion de Rahamim, le temps donné à l'homme pour mériter son être, en lien avec les middot Hessed, Din et Rahamim, puis évoque la Shoah et la fondation de l'État d'Israël comme formes de résurrection.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Tov, Chalom à tous. Nous commençons avec un petit retard. Nous étudiions, je crois, certains passages de la Amida. Nous sommes arrivés à la fin de la première bénédiction, et nous allons passer directement à la deuxième. Je vais devoir me baser sur ma mémoire prodigieuse pour vous citer le texte.

— Non, mais il faut que tu aies un livre.

Mais non, je ne peux pas te faire une chose pareille. En tout cas, la deuxième bénédiction répond à une question. La première bénédiction pose la question « Qui ? », et la deuxième répond à la question « Quoi ? », c'est-à-dire: qu'est-ce qu'il peut me donner ? Quel est son pouvoir ? Quelle est sa puissance ?

C'est pour cela qu'on appelle cette bénédiction Guevourot. Guevourot est le pluriel de Guevoura, qui veut dire puissance. La question est donc de savoir quelle est la puissance, quel est le pouvoir de celui à qui j'adresse ma prière, en l'occurrence Dieu. La réponse, ce qu'il peut me donner, ce sont ce qu'on appelle des Guevourot, des puissances. D'où l'introduction de la deuxième bénédiction: Ata Guibor, tu es puissant, Le'olam Adonaï, à tout jamais, Seigneur.

Remarquez que le nom qui désigne Dieu dans cette deuxième bénédiction n'est pas Yod Hé Vav Hé, comme d'habitude, mais Alef Dalet Nun Yod. Il y a une différence entre Yod Hé Vav Hé en tant qu'attribut de miséricorde, celui qui est disposé à répondre à ma prière, et Adonaï, le Seigneur, celui qui se manifeste dans son monde. Quand je dis qu'il répond, qu'il exauce ma demande, alors il devient Adonaï, puisqu'il répond aux prières de ceux qui l'invoquent. Voilà. C'est cela, Ata Guibor, Le'olam Adonaï.

On pourrait dire même plus que cela. Vous vous rappelez qu'on avait expliqué que le mot Guibor signifie aussi vaillant, c'est-à-dire celui qui se domine. Selon la fameuse expression de la Michna: Eizehu guibor, hakovesh et yitsro, qui est le vaillant ? Celui qui domine son instinct. Quel serait l'instinct que Dieu devrait dominer ? C'est justement sa toute-puissance. Il est tout-puissant en se dominant, c'est-à-dire en laissant la place à autre chose.

D'accord ? Bon. Maintenant, il y a un petit problème, que pose la Guemara. Peut-on faire la liste des pouvoirs de Dieu ? Mi yemalel guevourot Hachem, qui peut raconter toute la puissance de Dieu ? Yachmia kol tehilato, qui peut faire entendre toute sa louange ?

La Guemara explique que ce verset est à la fois une question et une réponse. Qui peut raconter la puissance de Dieu ? Seulement celui qui est capable de réciter toute sa louange, celui qui fait entendre toute sa tehila. Or, comme il est impossible à l'homme de raconter toute la louange de Dieu, il lui serait impossible de raconter toute sa puissance. D'où le problème de réciter une bénédiction de ce genre.

Le problème est-il clair ? Je peux répéter. Le verset dit: « Qui pourrait raconter toute la puissance de Dieu et faire entendre toute sa louange ? » La Guemara l'interprète comme une question et une réponse. Qui peut raconter toute la puissance de Dieu ? Seulement celui qui peut raconter toute sa louange. Or, comme il n'existe pas d'homme capable de raconter toute la louange de Dieu, aucun homme ne peut raconter sa puissance. Est-ce clair ? C'est exactement ce que j'avais dit la première fois ? Bon, ce n'est pas grave.

— Comment ?

Claire ? C-L-A-I-R. Ça veut dire « clair ». C'est clair ? Bon.

La Guemara répond que, malgré tout, on n'a introduit dans cette bénédiction que ce qui est équivalent à la résurrection des morts. Le sommet, le summum de la puissance, c'est de faire passer du néant à l'être, de la mort à la vie. C'est l'attribut maximum de puissance que nous puissions attribuer à Dieu. Nous introduisons donc dans la bénédiction une liste d'actions d'HaKadosh Baroukh Hou qui sont équivalentes à la résurrection des morts.

Puisque c'est ainsi, nous allons maintenant lire la bénédiction, la traduire et nous poser des questions.

Mehayé metim ata, tu fais vivre les morts. Rav lehoshia, abondant à sauver. Morid hatal, qui fait descendre la rosée. Ou bien, en hiver, on dit Mashiv haruah oumoridh hagachem. Qu'est-ce que ça veut dire, Mashiv haruah ? Décidez-vous: qui ramène ou qui fait souffler ?

Dans votre siddour, il y a écrit Meshiv, qui signifie « qui ramène le vent ». Mais Mashiv, avec un dagesh dans le chin et un patah dessous, signifie « qui fait souffler ». Le vent qui souffle, en hébreu, c'est aruah noshevet. Donc Mashiv veut dire « qui fait souffler ». Cela amène évidemment une question: d'où vient le vent ? Cette question a été posée par de plus grands que moi. D'où vient le vent ? Entre autres, par, euh, Bujna. Mais je pense que vous n'êtes pas bien informés.

En tout cas, Mashiv haruah oumoridh hagachem, qui fait souffler le vent et fait descendre la pluie. On considère qu'amener la pluie est équivalent à la résurrection des morts. Pourquoi ? Parce que c'est exactement ce que fait la pluie: elle fait vivre ce qui était mort. La terre était desséchée, puis la pluie tombe, et les plantes enfouies dans la terre poussent. C'est donc équivalent à la résurrection des morts.

Ce n'est pas pour cela qu'on y croit, mais cela donne une intuition de ce qu'est la résurrection des morts. La résurrection des morts est un événement que nous n'avons jamais vécu, et il nous est donc inaccessible à notre entendement. Mais il y a des traces de cela dans le monde. La pluie, par exemple.

Mekhalkel hayim behessed, il pourvoit à la vie dans sa grâce. Mehayé metim berahamim rabim, il ressuscite les morts avec une grande miséricorde. Somekh noflim, il soutient ceux qui tombent. Verofé holim, il guérit ceux qui sont malades. Outo'h asourim, il libère les prisonniers. Oumekayem emounato lishenei aafar, il accomplit sa fidélité envers ceux qui dorment dans la poussière.

Mi chamokha baal guevourot, qui est comme toi, possesseur de la puissance ? Oumi domé lakh, qui te ressemblerait ? Melekh memit oumehayé, roi qui fait mourir et qui fait vivre. Matsmia'h yeshoua, qui fait croître la délivrance. Vene'eman attah lehahayot metim, tu es fidèle, tu es fiable pour ressusciter les morts. Sources de bénédiction qui vient à nous en tant que miséricorde, qui fait revivre les morts.

Quand je dis cela, j'ai un énorme problème. La résurrection des morts est mentionnée combien de fois dans le texte ? L'assistance a proposé trois réponses.

— Deux, trois et six.

Quatre, oui. Cinq, tu dis ?

— Cinq. Quatre.

Quoi qu'il en soit, que ce soit deux, quatre, cinq ou six, la vérité est que c'est six, et c'est beaucoup. Pourquoi ne suffit-il pas d'une seule fois ? Si quelqu'un demande du pain, il peut dire « passe-moi le pain ». Mais si l'on est un peu lourd, on répète: « le pain, le pain, passe-moi le pain, allez, allez, passe-moi le pain ». Quand vous vous adressez à Dieu, vous pouvez dire une seule fois et il aura compris tout de suite. …

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