La première bénédiction de la Amida : Avot et la mémoire des Patriarches
Pourquoi la prière commence par la louange : qui, quoi, pourquoi, et l'alliance avec les Avot.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Zekhout Avot, la Gueoula et l'épuisement du mérite, 57 min
En bref
Le Rav Oury Cherki explique la première bénédiction de la Amida, celle des Patriarches : elle répond à la question « à qui s'adresse la prière », ce qui justifie que la louange précède la demande. Il montre que « Elohe Avraham, Elohe Yitzhak veElohe Yaakov » désigne un même Dieu vu sous trois aspects, et que la mention des Patriarches renvoie à l'alliance concernant la terre d'Israël, horizon de toute demande personnelle. Le cours s'achève sur les attributs « Gadol, Gibor, Nora », leur évolution de Moshe jusqu'aux hommes de la Grande Assemblée, et sur l'équilibre qu'ils expriment.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Après une interruption trop longue, nous allons donc reprendre notre étude de la téfila. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, nous avions entrepris l'étude de la première bénédiction du Chmoné Esré.
La première bénédiction du Chmoné Esré vient répondre à une question. Dans sa définition la plus précise et la plus restreinte, la prière est une demande. Je m'adresse au Créateur du monde et je lui demande quelque chose qui me manque. Mais dans ce cas, les premières bénédictions du Chmoné Esré ne sont pas des demandes, ce sont des louanges. On se demande alors ce qu'elles font là. La réponse, c'est que lorsque je viens demander quelque chose, il faut savoir à qui cette prière est adressée. J'ai donc besoin d'une réponse à la question « Qui ? ».
Cette réponse m'est donnée par la première bénédiction. Il faut aussi savoir ce que je veux demander, ce qu'il peut me donner. C'est la question « Quoi ? », et à cette question répond la deuxième bénédiction. La troisième bénédiction répond à une troisième question, « Pourquoi ? ». Qui, quoi, pourquoi: cela justifie l'introduction des trois premières bénédictions avant celles des demandes, qui constituent la prière proprement dite.
Jusque-là, vous me suivez ? — Oui, c'est bon.
Pourquoi est-ce qu'il me donne ? La réponse est: parce qu'il est saint, Kadosh. Qui demande ? À qui est-ce que je demande ? C'est selon le principe: Daa lifnei mi ata omed, « Sache devant qui tu te tiens ». Il faut donc que je sache qui c'est. En fait, je suis censé le savoir, puisque je vais réciter le texte de la prière. Je proclame que je sais à qui cette prière est adressée, parce que sinon je risque de faire une erreur, une gaffe, de m'adresser à quelqu'un d'autre que la personne à qui il faut s'adresser. Cela s'appelle alors de la avoda zara.
Dans la première bénédiction, la question « Qui ? » trouve sa réponse: à qui la prière est-elle adressée. La deuxième répond à la question « Quoi ? », c'est-à-dire: qu'est-ce qu'il peut me donner ? La troisième répond à la question « Pourquoi ? »: pourquoi est-ce qu'il me donne ? C'est ce que nous avons expliqué, disons, trois fois et demie, étant donné qu'il y a eu un problème d'attention de la part d'une partie seulement du public, ce qui n'a fait que punir ceux qui avaient écouté dès le début.
Je reviens donc à la première bénédiction. Nous avons expliqué qu'elle est adressée au Dieu des Avot. Les Avot sont, je crois, Abraham, Yitzhak et Yaakov. La prière est adressée au Dieu qui se manifeste à travers les Avot. Mais pourquoi précisément les Avot et pas autre chose ? Parce que les Avot sont ceux avec qui a été conclue une alliance. C'est dans l'espérance de l'accomplissement de cette alliance que se situe la prière.
Jusque-là, vous me suivez ? C'est très important: la prière est un élément, dans une grande entreprise, qui est l'accomplissement de l'alliance avec les Avot. Mais quelle est cette alliance ? Sur quoi a-t-il conclu une alliance ? Sur la terre d'Israël. C'est de cela qu'il s'agit. Le Créateur nous est connu comme celui qui, avec les Avot, a conclu une alliance sur la terre d'Israël. Quand on lit ce que Dieu dit aux Avot, il leur dit: je te promets, je te jure de donner cette terre à ta descendance. C'est de cela qu'il est question.
Il n'est pas question, et c'est important de le dire, de donner aux Avot des tomates. Les tomates sont très importantes dans la vie, mais Dieu n'a pas conclu d'alliance concernant les tomates. Et donc, s'il nous manque des tomates, ce n'est pas une transgression de l'alliance. De même, il n'y aura pas dans son alliance la Torah. Il faut bien comprendre: quand on parle de l'alliance, on dit parfois « l'alliance du Sinaï ». Je veux bien, mais l'alliance du Sinaï est tardive, elle est venue plus tard. Ce dont il est question, c'est de l'intervention du Créateur du monde dans l'histoire politique des enfants d'Israël.
L'histoire politique, puisqu'il s'agit d'avoir une souveraineté sur un territoire. Une souveraineté sur un territoire, cela s'appelle, en français moderne, un État. Or on ne peut pas avoir un État si l'on n'a pas de descendance. Il a promis la terre à cette descendance. C'est-à-dire que la descendance en soi ne fait pas partie de la promesse: c'est parce qu'il y a une descendance éternelle que cette terre peut être donnée. Vous comprenez ? — Oui.
Alors on a commencé par Élohénou vé-Élohé avoténou, notre Dieu, celui de l'assemblée qui prie dans le présent, Élohé avoténou, de toute la chaîne historique qui me relie personnellement aux Avot. Et j'arrive alors au Dieu d'Abraham, Yitzhak et Yaakov. Cela veut dire que tout cela est un point de départ pour accéder à celui à qui la prière est adressée, le Dieu d'Abraham, Yitzhak et Yaakov. Cela se situe dans ce cadre-là: l'alliance n'étant pas entièrement accomplie, je fais la prière pour qu'elle s'accomplisse. On peut donc dire que tous les éléments de la prière, y compris la santé, la parnassa, tout le reste, font partie du plan d'accomplissement de l'alliance. — Oui, oui.
Dans quelle partie de la Torah l'alliance est-elle marquée ? Elle est écrite sept fois: trois fois avec Abraham, deux fois avec Yitzhak et deux fois avec Yaakov. Trois plus deux plus deux, cela fait sept. Il y a donc sept endroits dans le livre de Béréchit où Dieu promet et conclut une alliance avec les Avot sur la terre d'Israël. Jusque-là, vous me suivez ?
Tout cela se situe dans une certaine mouvance d'ordre politique: le Dieu des enfants d'Israël est un Dieu qui a une nation. Si je ne sais pas à qui la prière est adressée, je risque de me tromper sur la nature même, non seulement de la prière, mais de toute la Torah. À tel point que, d'après un texte de la Guemara dans Berakhot, il y a une bénédiction qui, si elle n'a pas été faite avec l'intention qui lui est liée, disqualifie toute la prière. C'est la bénédiction des Avot. Si celle-ci a été négligée, il faut refaire la téfila.
Prenons quelqu'un qui prie en France pour sa parnassa. Il travaille et demande sa parnassa. Aucun rapport avec Israël ? Il faut savoir en quoi le fait de prier pour sa parnassa en France se situe dans le cadre de cette alliance. La réponse est la suivante: si tu n'as pas de parnassa, tu meurs. Et si tu meurs, comment vas-tu hériter de la terre d'Israël ? En fait, tout ce que nous faisons dans le cadre de notre histoire, aussi bien les besoins individuels que le reste, fait partie de la réalisation d'un grand plan, qui nécessite la parnassa, la santé et tout le reste.
Mais je ne demande pas la parnassa parce que j'aime bien la parnassa. Je la demande parce qu'elle permet d'accomplir l'histoire. Imaginez un médecin de très haut niveau, chirurgien très important. Avant une …
Cours d'Orot veKelim
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