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Baroukh Ata Hachem : source de bénédiction qui vient à moi

Pourquoi la prière s'ouvre sur Baroukh, Ata et Hachem, et ce que signifie se tenir ouvert à ce qui vient d'Hachem.

49 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La première bénédiction de la Amida : Avot et la mémoire des Patriarches, 56 min

En bref

Le Rav Oury Cherki étudie trois mots qui ouvrent et traversent la prière : Baroukh, Atta et Hachem. Il montre que Baroukh désigne une source de bénédiction, que la prière est une ouverture par laquelle l'infini vient à l'homme, et que le nom Hachem évoque la miséricorde qui répond au manque ressenti dans la demande. Il explique aussi pourquoi les formules de clôture des bénédictions affirment ce que Dieu a déjà voulu, et ce que la persévérance dans la prière transforme en soi.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour tout le monde. J'espère que vous n'avez pas trop souffert de l'intolérable absence. Je voudrais étudier avec vous aujourd'hui trois mots, essentiellement. Trois mots tirés du Sidour que l'on retrouve beaucoup dans les prières: Baroukh, ainsi que le mot Atta et le mot Hachem. Je crois que nous n'avons pas encore étudié ce point-là.

Nous avons fait beaucoup d'introductions au texte de la prière, mais la prière elle-même commence par le mot Baroukh, qui est un mot compliqué. En français, on traduit Baroukh par « béni ». Mais j'en sais rien, tant que je n'ai pas encore entendu mon cours, je ne sais pas.

En hébreu, il existe deux termes différents pour dire « béni »: Baroukh et Mevorach. Mevorach correspond mieux à l'expression française « béni », puisque c'est un passif: Mevorach, celui qui est l'objet d'une bénédiction, celui qui reçoit une bénédiction.

Que signifie d'ailleurs le terme de bénédiction en hébreu ? La bénédiction, en hébreu, se dit bracha, et cela signifie un surplus. Quand il y a surplus, on appelle cela bracha, c'est-à-dire qu'il y a abondance. Le verbe lévarekh signifie donc un surplus, et un surplus matériel en général.

Par exemple, dans la bénédiction des Kohanim, on dit Yevarekhekha, qu'ils te bénissent. Rachi explique: Yirbou nekhassékha, que tes biens soient abondants. Veyichmerekha, qu'ils te préservent, qu'ils te préservent des voleurs, des brigands. C'est-à-dire que c'est dans le terre-à-terre, dans le matériel.

Il y a un opposé au terme bracha, c'est le terme kedoucha. En effet, pour le septième jour, dans la Torah, il est dit: Vayévarekh Elohim et Yom HaChévi Vayikadech Oto, « Dieu bénit et sanctifia le septième jour ». Le Midrash demande en quoi Il l'a béni, en quoi Il l'a sanctifié. Le Midrash dit qu'Il l'a béni en donnant deux parts de manne le vendredi: double part. C'est cela, la bénédiction. Quand il y a abondance, quand il y a surplus, cela s'appelle berakha.

Et en quoi l'a-t-Il sanctifié ? Le Midrash dit: parce qu'il n'y avait pas de manne le Chabbat. L'absence de matériel, c'est là qu'on trouve la kedoucha. Vous direz que la bracha et la kedoucha sont des contraires, d'une certaine manière. Tout cela, c'était pour illustrer l'idée que le verbe lévarekh signifie un surplus, et en particulier un surplus matériel. Cela pose immédiatement un problème théologique pour le mot Baroukh, puisque le Bon Dieu ne reçoit pas de matière et n'en a pas besoin. Alors, c'est quoi, cette histoire de Baroukh ?

En fait, le mot Baroukh a une forme grammaticale qui ressemble, par exemple, au mot Rahoum. On dit de Dieu qu'Il est Rahoum. Qu'est-ce qu'on entend par le fait qu'Il est Rahoum ? Qu'Il est miséricordieux.

Ça veut dire quoi, qu'Il est miséricordieux ? Est-ce que, quand Dieu voit des malheurs, Il est pris de pitié, Il n'en peut plus, Il ne supporte pas, et alors Il donne la miséricorde ? Certainement pas. Dieu n'est pas sujet à des passions, comme on dit chez les philosophes. Alors, ça veut dire quoi, que Dieu est miséricordieux ? Ça veut dire que de Lui émane la miséricorde. Rahoum, c'est celui d'où vient la miséricorde. Hannoun, gracieux: celui d'où vient la grâce.

De même, le terme de Baroukh a également, en hébreu, la signification de source de bénédiction. Il y a un jeune homme qui a proposé cette interprétation tout à l'heure, très bien. Donc, Baroukh, cela veut dire source de bénédiction. Et sur le plan théologique, c'est net: on n'a pas de problème, on accepte que Dieu soit source de bénédiction. Il n'a pas besoin de nos bénédictions, Il est source de bénédiction. Et vous gobez ça comme ça.

Ce n'est pas évident, en vérité, c'est plus compliqué que cela, mais pour l'instant cela nous suffit. Baroukh signifie donc source de bénédiction. Mais pourquoi ouvrir la prière par ce mot-là ? C'est le premier mot des prières, Baroukh.

En fait, c'est parce que toute prière est une ouverture. C'est-à-dire qu'en faisant la prière, j'ouvre en moi les canaux réceptifs. Je suis capable de recevoir. Donc il faut commencer toute prière par Baroukh. Il faut que je m'ouvre à ce qui vient à moi.

— Oui, ça aussi. La question n'est pas pourquoi le mot Baroukh apparaît dans la prière. La question est pourquoi il commence la prière, et c'est cela qui m'intéresse. C'est vrai que le mot Baroukh revient un nombre énorme de fois, également dans les fins des prières. Mais ce qui m'intéresse ici, c'est pourquoi c'est Baroukh qui ouvre.

— Oui, vas-y.

C'est-à-dire que je m'ouvre à ce qui vient à moi. Contrairement à l'image populaire dans laquelle la prière monte vers l'Éternel — il y a des expressions comme cela dans le Tanakh —, la prière est, de fait, une ouverture à la venue de l'Infini à moi. Il y a un problème: c'est de déterminer le numéro de téléphone de l'Infini. C'est quasiment impossible, à moins que, par une chance absolument incroyable, vous ayez composé le bon numéro. Mais en principe, pour se rattacher à l'Infini, il faudrait connaître une infinité de numéros. Qui vous dit lequel est le bon ?

D'où le problème de ce qu'on appelle le sentiment religieux, l'élévation religieuse, qui est en fait une sorte de bluff. Cela veut dire que ce que les mystiques ou les religieux pensent, c'est qu'ils sont capables de monter jusqu'à Dieu, ce qui est à la fois de l'orgueil et de la bêtise. C'est de l'orgueil, parce que comment puis-je me penser digne de monter jusqu'à Dieu ? Mais c'est aussi de la bêtise, parce que, étant donné que la distance entre moi et l'Infini, c'est combien, en fait ? La différence entre moi et l'Infini: Infini. Combien de temps faut-il pour parcourir l'Infini ? Une infinité de temps. Donc je n'y arriverai jamais.

Ce problème entraîne ce qu'on appelle la crise religieuse. Vers l'âge de 16-17 ans, parfois 18 ans, il y a ce qu'on appelle la crise religieuse. Elle vient du fait que le jeune homme a eu des sensations, des sentiments de contact avec Dieu. Et puis un beau jour il se réveille et il dit: mais tout cela, ce n'est rien du tout. C'était un mauvais rêve, c'est tout, un cauchemar. Ou peut-être un beau rêve, mais en tout cas c'est un rêve. Et maintenant je me retrouve dans un monde sans Dieu. Tout cela parce qu'il y a ce sentiment que l'on peut monter jusqu'à l'Éternel.

En vérité, c'est exactement le contraire. L'Infini, lui, n'a pas besoin que je compose son numéro de téléphone: Il peut venir à moi. C'est pour cela que, dans la tradition juive, il n'y a pas ce qu'on appelle chez les goyim de la mystique, cette idée qu'il y aurait une possibilité d'ascension vers Dieu, vers l'absolu. Il y a par contre, chez les juifs, ce qu'on appelle la kabbale. kabbale, ça veut dire ? Recevoir, réception. C'est exactement le contraire de la mystique: on reçoit. On permet à l'Infini d'atterrir. On débarrasse le plancher, on dégage le terrain d'atterrissage pour permettre à l'Infini d'arriver jusqu'à nous. Cela s'appelle …

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