Hachem sefatai tiftah : pourquoi ce verset ouvre la Amida
Rav Cherki explique comment la prière peut être présentée sans expiation, à l'époque sans Beit Hamikdach.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Baroukh Ata Hachem : source de bénédiction qui vient à moi, 49 min
En bref
Le Rav Oury Cherki explique pourquoi l'on récite, avant l'Amida, le verset « Hachem Sefatay Tiftah » (Téhilim 51, 17) : à l'époque postérieure au Beit Hamikdash, on ne peut plus obtenir l'expiation par le sacrifice, et ce verset permet pourtant de prier dès lors que l'on accepte la royauté divine. Il montre aussi que le verset final de l'Amida est tiré de Téhilim 19, et que la différence entre « Téhila » et « Halel » tient à la définition, et à la présence du mal dans le monde. Le cours éclaire enfin le nombre des bénédictions et le chiffre des psaumes par les controverses des premiers chrétiens.
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## Le verset de Téhilim et la prière de Rabbi Yochanan
Chalom à tous. Vous vous rappelez certainement que dans le dernier cours nous avons étudié un texte de Berakhot, où il a été question, incidemment, dans l'exposé d'un verset de Téhilim, au chapitre 51, qui sert d'introduction à la Amida. C'est le verset Adonaï, sefatay tiftah, ufi yaguid tehilatekha. Ce verset ne fait pas partie intégrante, à l'origine, de la Amida, ce qui a posé un problème au niveau de ce qu'on appelle smirat Gueoula litfila, c'est-à-dire: comment peut-on accoler la bénédiction de Gaal Israël à la Amida, puisqu'il y a un verset qui interrompt ? On a expliqué que ce verset est en fait un prolongement de la prière, un prolongement en arrière. C'est ce qu'on appelle Tefila arikha, la prière allongée. Alors, il faut comprendre pourquoi on a jugé nécessaire d'ajouter ce verset, pourquoi il n'a pas été ajouté au départ, et comment il a finalement été ajouté plus tard.
Si vous vous rappelez, le texte de la Guemara dit que c'est Rabbi Yochanan qui a dit qu'il était bien de dire ce verset, qu'il faut dire ce verset avant la Amida. Et de plus, il ajoute un autre verset à la fin de la Amida, qui est Yihyou lératsone imré fi, véhéguion libi lefanekha, Hachem tsouri vegoali, tiré de la fin du chapitre 19. D'accord ? Donc le premier verset que nous disons avant la Amida est tiré de Téhilim 51, et le dernier de Téhilim 19.
Jusque-là, vous me suivez. En fait, il faut bien comprendre l'époque où vivait Rabbi Yochanan. Rabbi Yochanan vivait à une époque postérieure à la destruction du Beth Hamikdash, et là se pose un problème, qui est inhérent à la nature même de la prière: comment peut-on demander quelque chose à HaKadosh Baroukh Hou si on n'est pas sûr qu'on le mérite ? Je viens dire à HaKadosh Baroukh Hou: « Voilà, j'ai une grippe, et je voudrais ne pas être grippé. » Qu'est-ce que me répond HaKadosh Baroukh Hou ? « Mais c'est normal que tu aies la grippe.
Tu as péché, et donc le péché est la cause de ta grippe. Et tu viens me demander d'enlever la grippe ? Tu n'as qu'à faire techouva. Une fois que tu auras fait techouva, tu auras éliminé ton péché, alors on pourra parler de la prière. Mais avant, qu'est-ce que tu viens me voir ? » Maintenant, il y a un autre problème: pour éliminer le péché, il faut en fait deux opérations différentes. La première est relativement facile, c'est ce qu'on appelle la techouva.
La deuxième, et plus difficile, demande des conditions particulières: c'est la kapara, l'expiation du péché, qui est très souvent liée à la présentation d'un sacrifice. Cela fonctionne quand il y a le Beth Hamikdash, quand il y a des autels. Mais quand il n'y a pas de Beth Hamikdash, nous n'avons plus la possibilité de faire un sacrifice. Nous ne pouvons pas éliminer totalement le péché de la réalité. C'est-à-dire qu'on peut faire techouva au niveau individuel, au niveau de la vie intérieure.
Mais la kapara n'est pas toujours réalisable. Alors, peut-être que ce que je viens demander m'est refusé, pour la simple raison que je n'ai pas expié le péché. Et donc il faut que je puisse être dégagé du péché même si je n'ai pas amené la kapara. Sinon, je ne peux pas prier.
C'est la raison pour laquelle Rabbi Yochanan amène ce verset, Adonaï, sefatay tiftah, etc. Il l'amène de Téhilim pour expliquer, à moi-même et à HaKadosh Baroukh Hou, comment ouvrir la porte qui va me permettre de faire la prière malgré l'absence d'expiation. Voilà. Oui ?
— Est-ce que ce verset rend la kapara ?
Non, il ne vient pas remplacer la kapara. Il nous dispense de la kapara pour prier. La kapara doit être faite. Mais bien qu'il n'y ait pas eu de kapara, la prière peut quand même être présentée à Dieu. Et on va devoir comprendre pourquoi. Oui, vas-y.
— S'il n'y a pas de techouva du tout…
S'il n'y a pas de techouva du tout, alors on n'a rien à demander. On dit: « Tu n'as pas fait techouva, alors qu'est-ce que tu viens me casser les pieds ? » D'accord ? Donc il faut d'abord faire techouva, après on fait la prière. Oui ?
— Celui qui prie, ce n'est pas qu'il ne fait rien du tout. S'il n'a pas fait techouva sur son péché, alors il ne peut pas prier pour demander une chose particulière. Mais s'il veut prier avec tout Israël pour demander les besoins d'Israël, il n'y a pas de problème. Maintenant, qu'il ne s'étonne pas que ses demandes personnelles ne soient pas exaucées.
Maintenant, qu'est-ce que ça veut dire, « il n'a pas fait techouva » ? Qu'est-ce que tu en sais, qu'il n'a pas fait techouva ? Le fait qu'il vienne prier, ce n'est pas la preuve qu'il veut faire techouva ? Donc c'est déjà un début de techouva. Ce qu'on appelle yerour techouva, une réflexion de techouva, c'est déjà…
## David et la destruction du sanctuaire
…la techouva. Alors, maintenant, essayons de comprendre d'où est tiré ce verset, cela va nous expliquer bien des choses. Ce verset est tiré du livre de Téhilim, quel chapitre ? 51. Comment le savez-vous ? Parce que je l'ai dit. Effectivement. Alors, le chapitre 51 dans Téhilim: j'ouvre ici le livre de Téhilim, et je tombe sur le chapitre 51. « Pour le maître des chantres, psaume de David,
lorsque vint à lui le prophète Nathan, après qu'il eut couché avec Bath-Chéva. » C'est le péché de David, n'est-ce pas ? Il est coupable d'avoir pris Bath-Chéva, la femme d'Ouria. Il en a beaucoup pâti à cause de cela. Bref, le prophète le remet à sa place.
Et alors il dit: Honenni Elohim kehasdekha, kerov rahamekha meheh pesha'ai. « Prends-moi en grâce, ô Dieu, selon ta bonté, dans l'abondance de ta miséricorde, efface mes péchés. Hérev kabséni mé-avonі, lave-moi beaucoup de ma transgression, oumi-hatati tahareni, purifie-moi de ma faute. Ki pesha'ai ani eda, car je connais, je reconnais mes péchés, vehatati negdi tamid, ma faute est face à moi toujours. »
Il y a donc ici toute une série de versets dans lesquels le roi David parle de son péché, et demande à être lavé de son péché. Il demande entre autres, je passe ici au verset 14: Hachivéni sason yishekha, « Rends-moi l'exultation de ta délivrance, veroua'h nedivah tismekheni, qu'un esprit généreux me soutienne. » C'est quoi ? Il demande le retour du roi HaKadosh, c'est-à-dire de l'esprit de sainteté qui lui permet de prophétiser. Étant donné qu'il a péché, en tout cas c'est son analyse, l'esprit saint l'a quitté. Et donc il demande son retour.
Et il dit la chose suivante au verset 17: Adonaï, sefatay tiftah: « Seigneur, ouvre mes lèvres, ufi, et ma bouche yaguid tehilatekha, pourra réciter ta louange. » Cela veut dire que, dans l'état où il se trouve, il est dans l'impossibilité d'adresser une prière. Il demande que ses lèvres soient ouvertes, c'est-à-dire qu'il ait …
Cours d'Orot veKelim
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