Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

La crainte et la joie avant la prière

Le Talmud (Berakhot 60) enseigne que la prière suppose un équilibre intérieur entre crainte et joie, et qu'on ne la prononce pas sans lui.

50 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Hachem sefatai tiftah : pourquoi ce verset ouvre la Amida, 45 min

En bref

Le Rav Oury Cherki étudie dans le traité Brakhot (chapitre 5, page 60) la Michna selon laquelle on ne se lève pour prier qu'à certaines conditions, et notamment la nécessité d'avoir le « kovèd rosh », la lourdeur de tête. Il montre que la prière n'est pas un élan naturel ou une expérience religieuse propre à un type d'homme, mais un droit qui se mérite, en examinant les réponses successives de la Guemara : amertume, crainte du péché, tremblement, splendeur. Il retient finalement la crainte unie à la joie, qui fonde la prière de tout Israël.

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Dans le cadre de notre étude approfondie de l'introduction à la prière, je voudrais étudier avec vous un texte de Massekhet Berakhot. Le traité Berakhot traite de la prière, et il est donc normal que beaucoup de textes concernant la prière s'y trouvent. Si j'avais été correct, j'aurais fait photocopier le texte. Mais enfin, que faire ? Je ne l'ai pas fait. Vous avez quelques exemplaires.

Regardez à la page Lamed Hamoudbet, qui correspond en chiffres arabes à la page 60. De quoi s'agit-il ? Vous vous rappelez qu'on avait parlé du problème de ce qu'on appelle chez les Goyim l'expérience religieuse. Chez les Goyim, on a inventé un terme pour désigner cela.

Je suis dans l'impossibilité totale de donner un cours s'il y a tout le temps des murmures, c'est insupportable. Je reprends donc. Il y a chez les Goyim une idée qu'on a inventée, qui s'appelle l'expérience religieuse. Ce qui est supposé derrière cette expression, c'est qu'il existe une expérience particulière à l'homme religieux, qu'on appelle en latin homo religiosus. De même que vous avez l'Homo erectus, l'Homo faber et l'Homo sapiens, l'homme debout, l'homme qui sait fabriquer, qui sait faire, et l'homme savant, vous avez également l'Homo religiosus. Cela voudrait dire qu'il existe une manière de vivre la vie qui est celle du religieux. Soit on l'a, soit on ne l'a pas.

Alors cela devient quelque chose d'extrêmement facile: ah oui, mais toi tu es religieux, donc. C'est comme s'il existait une manière d'être qui est une sorte de maladie, qui s'attrape à un moment ou à un autre. Parfois c'est héréditaire, parfois c'est lorsqu'on a une sorte de traumatisme, alors on devient religieux. Cela s'appelle entrer en religion, c'est autre chose, enfin c'est un peu ça.

Cette expression d'expérience religieuse est un des fruits de ce qu'on appelle la paresse intellectuelle. La paresse intellectuelle consiste à former des expressions, des étiquettes qui permettent de classer des comportements sans trop se poser de questions: puisque tu es religieux, tu penses donc que... Ce que nous allons voir à travers le texte de la Guemara, c'est que l'expérience religieuse, d'après la Guemara, n'existe pas. D'accord ? C'est ce que nous allons prouver tout à l'heure: une expérience qui serait particulière à l'homme qui vit ce qu'on appelle la religion. Et cette expérience s'exprimerait essentiellement au moment de la prière. Cela a beaucoup intéressé les chercheurs: qu'est-ce que le priant ?

Qu'est-ce qu'un priant ? Comment cela est-il vécu ? Il y aurait donc une expérience particulière. De même que vous avez l'amour, la joie, la peur, le tremblement, l'esthétique, etc., il existerait une expérience particulière qui serait celle de la vie religieuse. Cette idée se trouve effectivement chez les idolâtres en quantité, mais nous allons voir que, d'après les textes de la Guemara, cela n'existe pas.

Dans la Guemara, on ne trouve pas de terme pour désigner ce genre d'expérience. C'est quand même assez surprenant, d'accord ? De plus, il y a un deuxième élément. On a l'habitude de penser, chez les Goyim à nouveau, que la prière a pour finalité de créer en nous une certaine expérience, justement cette expérience religieuse, qui serait le fruit du travail de la prière. Nous allons voir que, d'après la Guemara, c'est le contraire.

Ce n'est que lorsque l'on a acquis une certaine expérience intérieure qu'on a le droit de faire la prière. C'est exactement le contraire. Troisièmement, nous avons rappelé dans les derniers cours qu'il existe dans le monde ce qu'on appelle une critique de la religion. Cette critique affirme que le croyant est en fait bourré de complexes et qu'il va se servir de cette accumulation de complexes en lui pour inventer la religion. Par exemple, je suis rempli d'amertume; cette amertume s'exprime dans la prière, mais en fait ce n'est que l'expression d'une amertume. Ou bien d'un sentiment de culpabilité. Ou bien une expérience esthétique. Ou bien une terreur intérieure, etc.

Alors, au lieu d'aller chez un psychologue ou au théâtre, on va à la synagogue ou à l'église. Mais en fait, c'est la même chose. Cela, c'est ce qu'on appelle la critique de la religion. Cette critique est-elle justifiée ? D'après la Guemara, nous allons voir que oui: les critiques de la religion ont raison de la critiquer. C'est ce que nous allons également démontrer.

Bien, dans l'étude du texte que certains d'entre vous ont devant les yeux. Voilà, ça, c'est l'introduction. On peut y aller ? Très bien.

— Est-ce qu'on peut fermer la fenêtre ?

Mais pourquoi ?

— Tu as froid ?

Bon, d'accord, tu peux fermer la fenêtre. Nous allons avoir un problème de respiration, ce n'est pas grave. Bon.

Je prends. Vous avez ici un texte dans Berakhot, Lamed Hamoudbet. C'est là que commence le cinquième chapitre de Berakhot. Et là vous avez un texte tiré de la Michna. Vous voyez où est écrit en gros Ein ? Ein: c'est une négation. Ein omdim lehitpalel ela: on ne peut se lever pour faire la prière que si... Cela veut dire qu'il y a des conditions pour la prière.

Contrairement à l'opinion répandue selon laquelle la prière serait un mouvement naturel, c'est le contraire. D'après la Michna, la prière est un mérite. Il faut mériter de pouvoir faire la prière. On n'a pas le droit de faire la prière n'importe comment, donc il faut mériter cela.

— Modéani n'est pas une prière ?

Non. Alors quoi ? Très bonne question. Il y a plusieurs possibilités. Soit tu poses une question et tu attends que je donne une réponse, et dans ce cas la question est justifiée. Si tu proposes ta réponse, il n'y a alors aucun sens à ce que je donne une réponse, même géniale. Mais cela nous fait perdre du temps, tout simplement. Et si je réfute, on aura encore perdu du temps. D'accord ?

— Ce n'est pas du temps perdu, puisque cela t'explique une méthode pédagogique qui peut être utile pour la suite des cours, non seulement pour toi, mais pour l'ensemble des élèves.

Donc je ne perds pas de temps en t'expliquant pourquoi je te casse les pieds avec cette histoire. D'accord ? Le plus simple: qu'est-ce que la prière ? Réponse: la prière, c'est une demande. Où s'expriment les demandes ? Dans la Amida. Voilà, c'est tout simple. Génial. Donc Ein omdim lehitpalel ela: on a le droit de se lever pour la prière que si... Remarquez que la prière se fait debout. C'est pour cela qu'on appelle la prière également du beau nom d'Amida, c'est-à-dire ce qui se fait en station debout. Mais pourquoi faut-il être debout ?

— Les anges sont tout le temps debout.

D'accord. Mais pourquoi faudrait-il être comme les anges ?

— Par respect.

Mais par exemple, la lecture du Chema se fait même assis, ou même allongé, tandis que la prière se fait debout. Oui ?

— Parce qu'on veut être comme les anges.

Mais la prière n'est pas une action de faire la volonté d'Hachem; on vient lui demander quelque chose. C'est un signe d'élévation. Alors dans ce cas, pourquoi le Chema, qui est également une élévation extrême, …

Cours d'Orot veKelim

Dans la même série

Découvrez le sens profond de la prière avec le Rav Oury Cherki. De l'introduction à la Amida, bénédiction par bénédiction, jusqu'aux bénédictions du Shéma : une traversée complète du texte de l'office pour prier en pleine conscience.

  1. 1
    La prière est-elle absurde ? Demander à Dieu ce qui manque
    Rabbi Moshe Mitrani définit la prière comme une demande, et la Guemara explique l'ordre des bénédictions.
    51 min
  2. 2
    La crainte et la joie avant la prière
    Le Talmud (Berakhot 60) enseigne que la prière suppose un équilibre intérieur entre crainte et joie, et qu'on ne la prononce pas sans lui.
    En cours de lecture
  3. 3
    Hachem sefatai tiftah : pourquoi ce verset ouvre la Amida
    Rav Cherki explique comment la prière peut être présentée sans expiation, à l'époque sans Beit Hamikdach.
    45 min
  4. 4
    Baroukh Ata Hachem : source de bénédiction qui vient à moi
    Pourquoi la prière s'ouvre sur Baroukh, Ata et Hachem, et ce que signifie se tenir ouvert à ce qui vient d'Hachem.
    49 min
  5. 5
    La première bénédiction de la Amida : Avot et la mémoire des Patriarches
    Pourquoi la prière commence par la louange : qui, quoi, pourquoi, et l'alliance avec les Avot.
    56 min
  6. 6
    Zekhout Avot, la Gueoula et l'épuisement du mérite
    Pourquoi le mérite des Patriarches s'épuise, et pourquoi la Gueoula est un point de départ de l'histoire.
    57 min
  7. 7
    Les Guevourot : la puissance de Dieu et la résurrection des morts
    Pourquoi la deuxième bénédiction de la Amida évoque la résurrection, et comment la Guemara justifie qu'on énumère la puissance divine.
    54 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav