La prière est-elle absurde ? Demander à Dieu ce qui manque
Rabbi Moshe Mitrani définit la prière comme une demande, et la Guemara explique l'ordre des bénédictions.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La crainte et la joie avant la prière, 50 min
En bref
Le Rav Oury Cherki part de la définition de la tefila donnée par le Mabit (Rabbi Moshe Mitrani) : une demande adressée à Dieu pour ce qui manque à l'homme et qu'il ne peut acquérir seul. Il examine ensuite les objections qui rendent la prière problématique : qui peut demander à Dieu ce qui manque au monde, comment savoir que ce qui nous manque est réellement un bien, et à qui l'on s'adresse. Le cours montre que la prière est liée à la prophétie, que les hommes d'aujourd'hui en sont les héritiers, et que les demandes personnelles se greffent sur la prière collective.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Ouverture et annonce de l'étude
Shalom Ouvracha à tout le monde. Quel plaisir de vous retrouver. Nous allons entreprendre une étude que nous avons faite en partie l'année dernière. Ceux qui étaient là l'année dernière et qui viennent quand même me font signifier que ce que je dis ne sert à rien, puisqu'il faut le réétudier, ou bien que, de toute manière, c'est une manière de passer le temps. Enfin, ce n'est pas grave.
J'admets avec plaisir cette rencontre renouvelée avec les élèves de l'année dernière. Notre sujet d'étude sera cette fois l'introduction à la prière, à la tefila. Il y a deux ans, nous l'avons fait, et je l'ai fait également au Mahonora. Ce n'est pas grave: nous allons entreprendre une étude pénétrante de la prière.
Vous savez que la prière est au centre d'une grande partie des activités de toutes les religions actuelles, et en particulier du judaïsme. En quoi consiste la prière ? Nous allons essayer de donner une définition. Je vais reprendre une définition qui n'est pas très connue, celle de Rabbi Moshe Mitrani, appelé le Mabit, Moshe ben Yosef Trani.
C'était l'adjoint de Rabbi Yosef Caro dans son tribunal rabbinique, à Atzfat, il y a de cela 450 ans. C'est une des plus grandes autorités rabbiniques du judaïsme. Mitrani: Mi-Trani, c'est-à-dire de Trani, une ville du sud de l'Italie, di Trani comme on disait en italien. Rabbi Yosef, mais il était d'origine espagnole turque.
Comme je l'ai dit, il était le second après Rabbi Yosef Caro dans son tribunal rabbinique à Safed, il y a 450 ans. Ce n'est donc pas une autorité négligeable. Un de ses livres s'appelle Beth Elohim, la maison de Dieu. Il comporte plusieurs parties. La première est consacrée à la Tchila. Dans le premier chapitre, il donne une définition de la tefila.
Mais avant de vous donner sa définition, je vous invite à proposer la vôtre. Je suppose que vous en avez une, vous qui êtes ici. Allez-y, n'ayez pas peur. Même si vous dites des bêtises, ce n'est pas grave, c'est comme ça qu'on avance. C'est un grand principe de Karl Popper: la science évolue à travers les erreurs. Oui.
Vous avez tellement peur que je vais simplement vous dire la définition de Rabbi Moshe Mitrani. Il s'agit d'une requête, d'une demande adressée par l'homme à Dieu. C'est cela, la tefila. Je viens demander à Dieu quelque chose qui me manque. Il ajoute que c'est quelque chose que je n'ai pas la possibilité d'acquérir par moi-même. J'ai donc besoin que Dieu intervienne. Oui. Ça, c'est Rabbi Moshe Mitrani. Exactement.
Il a tout à fait raison. Dans la Michna, texte beaucoup plus ancien, vieux de 1800 ans déjà, la tefila désigne toujours ce qu'on appelle la Amida, c'est-à-dire ce texte de dix-huit bénédictions dans lesquelles nous demandons quelque chose. Très bien. Je ne suis donc d'accord ni avec la Michna ni avec le Mabit. Je trouve cela absolument gigantesque. Je suis face à un puissant esprit. Vas-y.
— Ah ! Très bien, l'objection est acceptée. La Guemara demande effectivement: pourquoi fait-on les trois premières bénédictions en introduction de la prière ? Le fait qu'elle le demande est d'abord important. Pourquoi… Non, non, ça explique tout à fait. Si la Guemara demande pourquoi on introduit la prière par trois bénédictions et qu'on la finit par trois bénédictions, c'est que, a priori, ça ne devrait pas y être. Le fait même de poser la question veut dire que ce n'est pas la prière. Cela ne fait que confirmer ce que j'ai dit tout à l'heure.
Maintenant, ce que dit la Guemara, c'est que les trois premières bénédictions, qui sont des louanges, existent parce qu'il n'est pas poli de demander quelque chose sans avoir d'abord loué, et qu'il n'est pas poli de recevoir quelque chose sans remercier. C'est la raison pour laquelle nous avons trois bénédictions de louange au début et trois bénédictions de remerciement, de gratitude, à la fin de la prière.
Cela confirme encore plus que l'essence même de la prière, ce sont les bénédictions intermédiaires, dans lesquelles nous demandons quelque chose. — On remercie. Les trois premières, c'est pour louer; les trois dernières, c'est pour remercier; et au milieu, il y en a douze, voire treize, qui viennent demander. Oui. Je n'ai pas du tout compris. J'espère que tu vas m'expliquer, à moi qui suis une âme simple. Vas-y.
— Il n'a pas besoin de la prière, n'est-ce pas ? Donc pourquoi faire la prière ? Très bonne question. Oui ? Pas encore ? Oui ? Ah, très bonne question. Nous voyons que dans les demandes, par exemple Ro'einu Miniterra, et qu'après on dit Bahour Hachem Renada, ce qui veut dire qu'on fait une louange. C'est bizarre: soit on demande, soit on loue. Problème. Il faudra le résoudre aussi. Nous accumulons donc les questions.
Ce jeune homme qui pense qu'il peut discuter avec son copain pendant le cours a posé une très bonne question. Et toi aussi, tu as posé une autre très bonne question. Pourquoi a-t-on besoin de prier ? Dieu ne sait-il pas ce dont nous avons besoin ? Et comment comprendre les clôtures de chaque bénédiction, dans lesquelles il y a une sorte de louange ? Oui. Quand on demande d'être pardonné, c'est une demande. Quand on avoue ses péchés, c'est un bidouille.
Je voudrais vous parler de la prière, mais après l'avoir définie. Avoir défini la prière comme une demande nous fait avancer. Maintenant, avec votre autorisation, je voudrais vous convaincre de l'absurdité de la prière. Même si j'arrive à vous en convaincre, je vous demande de continuer à prier jusqu'au prochain cours au moins, parce que sait-on jamais, il y aura peut-être des solutions après.
La prière est effectivement extrêmement problématique. Dans des cadres de type religieux, quand le prof de Kodesh, comme on dit chez nous en français, donne un cours sur la prière, il dira à ses élèves: très chers élèves, nous allons aujourd'hui étudier le sujet de la tefillah. La tefillah, la prière, est le mouvement le plus naturel de l'homme. C'est totalement faux.
Non seulement c'est faux, mais cela veut dire que l'élève qui entend cela se dit qu'il est fou. S'il a raison, ce prof, alors la première chose que je veux absolument faire quand j'ouvre un demi-œil le matin, c'est sauter hors de mon lit pour me précipiter à la synagogue. Or je sais, non pas par moi mais par un copain qui me l'a raconté, qu'il y a des difficultés à se lever le matin et qu'on préfère rester sous sa couverture.
Pas moi, c'est mon copain. Donc il y a ici un problème. L'autre solution serait de se dire: non, le prof a raison, puisque c'est lui le maître, donc c'est moi qui suis fou. Absolument. Mais il y a ici un danger à proclamer une chose aussi énorme que le fait qu'il est naturel de prier. La preuve que ce n'est pas naturel, c'est que non seulement on préfère rester sous sa couverture, mais que la majorité écrasante des hommes ne prie pas, et que, dans la minorité qui …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Découvrez le sens profond de la prière avec le Rav Oury Cherki. De l'introduction à la Amida, bénédiction par bénédiction, jusqu'aux bénédictions du Shéma : une traversée complète du texte de l'office pour prier en pleine conscience.
- 1
La prière est-elle absurde ? Demander à Dieu ce qui manqueRabbi Moshe Mitrani définit la prière comme une demande, et la Guemara explique l'ordre des bénédictions. - 2
La crainte et la joie avant la prièreLe Talmud (Berakhot 60) enseigne que la prière suppose un équilibre intérieur entre crainte et joie, et qu'on ne la prononce pas sans lui. - 3
Hachem sefatai tiftah : pourquoi ce verset ouvre la AmidaRav Cherki explique comment la prière peut être présentée sans expiation, à l'époque sans Beit Hamikdach. - 4
Baroukh Ata Hachem : source de bénédiction qui vient à moiPourquoi la prière s'ouvre sur Baroukh, Ata et Hachem, et ce que signifie se tenir ouvert à ce qui vient d'Hachem. - 5
La première bénédiction de la Amida : Avot et la mémoire des PatriarchesPourquoi la prière commence par la louange : qui, quoi, pourquoi, et l'alliance avec les Avot. - 6
Zekhout Avot, la Gueoula et l'épuisement du méritePourquoi le mérite des Patriarches s'épuise, et pourquoi la Gueoula est un point de départ de l'histoire.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav