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La nekiyout : la propreté du cœur, au-delà de la lettre de la loi

Pourquoi le cœur peut nous faire tomber même quand nos actes restent permis, selon Messilat Yécharim.

56 min

Rav Eytan Fiszon

Ensuite : Mérite des Justes et propreté du cœur chez David, 56 min

En bref

Le cours étudie la troisième mida du Messilat Yesharim, la nekiyout (la pureté, la netteté), qui concerne l'intention du cœur plutôt que la seule conduite extérieure : ce qui est permis ne doit pas être interdit par scrupule, et ce qui est interdit ne doit pas être permis par désir. Le Rav illustre ce point par l'exemple de la pâtisserie achetée à Prague, puis par le débat sur les listes de cacherout (Rav Wolf, produits français, Nutella) et la réponse du Rav Kook sur les kitniyot. Il en tire que la vraie nekiyout consiste à vaincre ses envies et à se fier au bérour seulement lorsque le désir n'y a plus de part.

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Jérôme, Jérôme. Il y a de l'écho dans notre show, le Rav Eytan. Eh bien oui, quand on est tout seul, il y a de l'écho. Quand il y a du monde, ça parle et les gens ne sont pas contents. Quand on est tout seul, il y a de l'écho. Je suis toujours contente, Rav Eytan. Amen. Top. Alors, trêve de bavardages, allons-y.

Chapitre 10, donc, de Messilat Yecharim. Nous rentrons dans la troisième midah. On a étudié la zehirout, et maintenant on va voir la nekiyout.

Avant de rentrer dans le texte, on essaie de comprendre un peu ce qu'on a vu jusqu'à maintenant. Très simplement: jusqu'à maintenant, on a expliqué qu'il y avait une midah qui nous sert à nous éloigner du mal. C'est la zehirout. Et il y a une autre midah qui nous aide à nous rattacher au bien, la zerizout. Donc, qu'est-ce qui nous reste, a priori ?

Si je sais maintenant comment ne pas tomber, et si je sais également quoi faire de bien, qu'est-ce qu'il me reste à développer ? À votre avis, à quoi peut bien servir la midat ha-nekiyout ? Le mot nakî, c'est propre, net.

Que ce soit net, en fait. Vous avez raison. Il ne s'agit pas, dans la midat ha-nekiyout, de savoir ce qu'il faut faire ou ne pas faire. Ça, on le sait grâce à la zehirout et à la zerizout, c'est-à-dire grâce au Choulhan Aroukh. Ici, on va parler de la pureté à l'intérieur, de ce que le cœur…

— C'est l'intention ?

Voilà, c'est l'intention. Et on va voir que l'intention peut nous faire, elle aussi, tomber. Est-ce que c'est lié à ce qu'une personne peut penser: « Je vais faire cette mitsva, mais qu'est-ce que j'en tire ? »

— Non, ici ce n'est pas encore ça dont on parle. Ici, il s'agit de savoir si mes intentions peuvent me faire tomber ou pas.

— C'est au niveau des actions, ou… ?

Non, c'est au niveau des intentions. Alors venez, on va voir.

Le texte dit: Midat ha-nekiyout: « Ayout ha-adam naki le gamré mikol mida raa oumikol het. » Donc, la nekiyout, c'est que l'homme soit totalement pur de toute mauvaise midah et de toute faute. Et ce n'est pas seulement la faute proprement dite qu'il doit éviter, mais aussi celle que le cœur lui fait désirer.

Et là, on a un grand problème. Le Ramhal nous dit qu'il y a des choses qui sont interdites, mais qu'on a tendance à se les permettre. Est-ce que ça nous est déjà arrivé, ce genre de choses ?

On a tendance à se les permettre. On trouve un milliard de raisons pour dire que non, non, non, en fait c'est permis. C'est quelque chose qu'on connaît très bien.

Au niveau de la halakha, on dit qu'un homme ne peut pas être bodek pour sa femme, pour le hatsmo. De quoi parle-t-on ? Vous savez que lorsqu'un couple est ensemble et que madame voit des saignements, de petites traces de sang dans ses sous-vêtements, bimkom lakhpotrem, eh bien, le rabbin qui est en général bodek pour les autres, est-ce qu'il peut être bodek pour sa femme ? Non. Pourquoi ? Parce qu'il pourrait avoir tendance à vouloir se permettre ce qui n'est pas permis, parce qu'il veut être avec sa femme.

Il y a donc des choses qui relèvent de la netiat ha-lev, de ce que le cœur a tendance à me dire que c'est permis, alors que ce ne l'est pas.

Revenons dans le texte.

Imaginez-vous que je passe dans la rue… Ah, vous savez quoi ? Au lieu de vous faire « imaginez-vous », je vais vous parler de quelque chose de personnel, qui m'est arrivé. Il y a quelques années, dans l'ancien monde, vous savez, celui d'avant, où il y avait des avions et où on pouvait voyager, mes parents nous ont appelés. C'était le mois de juin, et ils nous ont dit: « On vient en Israël dans une semaine, pour une semaine. » J'ai dit: « Ah, c'est très bien. » Ils m'ont dit: « Non, mais attention, on vient pour jouer aux baby-sitters. Vous, vous partez. » Là, je ne me suis pas fait prier.

Donc on est partis, ma femme et moi, pendant quatre jours, à Prague. J'avais très envie de voir Prague, pour apprendre à guider là-bas, il y a plein d'histoires juives. Et on se promène à un moment donné sur la grande place de la vieille ville, à côté de l'horloge astronomique, et il y a une odeur.

Je ne sais pas comment ça s'appelle en praguois, ni en hébreu. C'est une pâtisserie typique de là-bas: un rond de pâte, cuit comme un chawarma, mais en version pâtisserie. Une pâte sucrée, avec plein de goûts dessus, de la cannelle, etc. Ça sentait extrêmement bon, et j'avoue que j'avais envie de m'en acheter un. Je savais bien que ce n'était pas possible.

Je savais bien que c'était assour. Il n'y a pas une seule chmirat ha-halakha dans cette histoire-là. Mais j'ai commencé à me poser plein de questions dans ma tête. Je me suis dit: « Oui, mais si on est mitamer sur le pat Yisrael parce qu'il n'y a rien d'autre, alors on peut être mitamer sur le pain des goyim. » D'un autre côté: « Oui, mais peut-être qu'ils mélangent des choses qui ne sont pas cachères dedans. » Oui, mais j'ai demandé, et on m'a dit que c'était que

du sucre, du lait, et de la farine dedans. « Oui, mais c'est du lait, donc c'est halav Yisrael. » Oui, mais on fait partie ici de la communauté européenne, donc on est soumis aux mêmes restrictions. Et ça veut dire qu'on peut mitamer sur l'avis de rav Moshe Feinstein. Peut-être que le lait est bon. Mais en même temps, on m'a dit qu'il y avait de la farine, et que dans la farine il y avait peut-être des tolaïm qui n'avaient pas été vérifiés, qu'elle n'avait pas été tamisée.

« Oui, mais d'un autre côté, si on est mitamer sur la pâte des goyim quand on n'a pas le choix, c'est parce que be-rov amikrim il n'y a pas de tolaïm. Donc, zemouta. » Oui, mais peut-être que ce qui est dessus n'est pas cachère. Oui, mais si je prends celui qui n'est qu'au sucre, alors zemouta, parce qu'à ce moment-là il n'y a que du sucre, et le sucre n'a pas besoin d'être cacher. Ah oui, mais peut-être qu'il y a des gens qui vont me voir et qui me connaissent, et donc ça va être mar'it ha-ayin, parce qu'ils vont penser que c'est mouttar et ils vont pouvoir acheter n'importe où.

Bref, je n'ai pas acheté. Mais dans ma tête, j'étais en train de chercher toutes les raisons possibles pour me permettre la chose. Finalement, j'ai bien fait, je n'ai pas mangé. Mais on peut toujours se poser cette question: dans des choses qu'on aime faire, où notre taavah nous pousse, quand on ne s'est pas complètement détaché de notre …

Cours d'Orot veKelim

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