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Acquérir la crainte de la faute selon le Messilat Yécharim

Comment la Yirat HaHet naît de la conscience de la Shekhina et de la présence constante de Hachem.

18 min

Rav Eytan Fiszon

Ensuite : La sainteté dans Messilat Yécharim : le chapitre 26, 55 min

En bref

Le cours traite du chapitre 25 de Messilat Yesharim, consacré à la midat HaYirah, la crainte révérencielle, et à la manière de l'acquérir. Le Rav explique que la première condition est une prise de conscience de la présence de Hachem dans le monde : on ne peut pas parler de son Essence, seulement de sa Shekhina, son dévoilement. Il s'appuie sur Rabbi Nachman de Breslav, le Ramchal et la distinction entre Rambam et Baal Shem Tov sur la hashgaha pratit pour montrer que cette présence se perçoit en faisant de la place par la question, et en s'exerçant sans cesse à y penser.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bokr tov, voilà. Bokr tov ve Chavouot tov. Les coulams. On se rapproche de Roch Hachana, et donc aussi de la fin de Messilat Yecharim pour nous. Nous sommes arrivés au chapitre 25, l'avant-dernier chapitre de Messilat Yecharim. Nous sommes dans la Midat HaYirah, la Yirat HaRomemout, comme on l'a expliqué avant Chabbat: Yirat HaKavod ve HaRomemout.

Maintenant, après avoir expliqué ce qu'est la Midat HaYirah, on en vient à la question: comment l'acquiert-on ? Be'derech Kniyat HaYirah. La voie d'acquisition de cette crainte repose sur deux choses fondamentales, auxquelles il faut faire très attention. La première: Hou hayot shkhina toyit barouh Hou nimtsa bekhol makom ba'olam. Waouh !

La première chose, c'est avoir une prise de conscience profonde que HaKadosh Baroukh Hou est présent, nimtsa ba'olam. Ce n'est pas exactement ce qui est écrit. Il n'est pas écrit HaKadosh Baroukh Hou nimtsa ba'olam, mais Shekhinato nimtsa ba'olam. Quelle est la différence ? Elle est très simple. Si je dis que je parle de l'essence de Hachem, que Dieu est là, l'Essence du Créateur, alors j'ai dit une chose qui n'est en fait que de la pure spéculation. Je ne peux pas parler de l'Essence de Dieu. Je ne connais rien du tout à l'Essence de Dieu. Dire que l'Essence même, Atzmouto Yitbarakh, est là, c'est comme dire qu'elle n'est pas là: cela ne veut rien dire. Donc, dans le judaïsme, je ne parle pas de théologie. Je parle en revanche de son dévoilement. Ce dévoilement, c'est sa Shekhina.

Comment peut-on traduire le terme Shekhina ? C'est ce qu'on appelle aimatzout el azoulat, le fait d'être présent, palpable, pour l'autre. Shekhina, milachon chakhen: le Chakhen, le voisin, n'est voisin que parce que toi tu es là et qu'il est face à toi. En d'autres termes, la Shekhina, c'est lorsque HaKadosh Baroukh Hou me permet de le rencontrer. Et cela nous fait entrer dans une réflexion très, très profonde: où se trouve Sa Shekhina ?

Rabbi Nahman de Breslev nous répond, dans le Likouté Moharan, au chapitre 64 – on est comme ça à l'approche de Roch Hachana, il y a beaucoup de gens qui vont étudier la Torah de Rabbi Nahman. Dans le Likouté Moharan, au chapitre 64, Rabbi Nahman pose une question. Il dit: Eifo nimtsa HaKadosh Baroukh Hou ? Où est-Il présent ? Il est présent partout, y compris et surtout dans les endroits où il n'est pas présent. Ah, il m'a instauré. C'est-à-dire: dans les endroits où il n'est pas présent,

il est encore plus présent. Le Rabbi de Kotzk disait: HaKadosh Baroukh Hou est là où tu le laisses entrer. Au-delà de cela, HaKadosh Baroukh Hou est présent partout. Mais est-ce que moi, je peux le percevoir partout ? C'est là la vraie question. En vérité, la question n'est pas de savoir si Dieu est là ou s'Il n'est pas là. La question est de savoir si moi, en tant qu'être humain, en tant que créature, je peux percevoir Sa volonté ou non. Et comment fait-on, nous, en tant qu'homme,

pour arriver à cette compréhension ? On Lui fait de la place. Et comment fait-on de la place ? On pose la question.

Lorsque l'homme pose une question, avant d'avoir reçu la réponse, il a ouvert un espace dans son être, dans sa réflexion, dans son identité, qui permet à l'extérieur d'entrer en lui. Puisqu'il a posé une question, il n'a pas la réponse; et comme il a posé la question, la réponse doit lui venir de l'extérieur. Il a donc fait de la place, un écrin, si vous voulez, pour laisser entrer l'extérieur. En l'occurrence, c'est HaKadosh Baroukh Hou. Dès que je pose la question, HaKadosh Baroukh Hou peut entrer. Dans la Haggada de Pessah, les quatre fils posent des questions, ou du moins les trois premiers; le dernier ne pose pas de questions. Et la Haggada a une façon très étrange de dire: elle ne dit pas « il faut lui raconter l'histoire », elle dit « ouvre-lui la bouche », oblige-le à poser la question, pour qu'il crée lui aussi cet espace dans lequel HaKadosh Baroukh Hou pourra se dévoiler.

Cette dimension de la question est fondamentale, mais elle est aussi très dangereuse. Si je n'ai pas de réponse, si j'ai ouvert la place et que rien ne la remplit, zemessoukan meot, je peux arriver à Yerouchalayim. C'est pour cela que, d'après l'enseignement de la Kabbale, le Guéhinom s'appelle aussi HaChéol, c'est-à-dire cet endroit qui n'est que questionnement, où il n'y a pas de réponse, et où l'homme se perd. Rabbi Nahman de Breslev distingue deux sortes de questions: Yesh she'elot she'yesh lahem techouva et Yesh she'elot she'eyn lahem techouva. Il y a des questions qui ont une réponse, et il y a des questions qui n'en ont pas. Qu'est-ce que cela veut dire ?

Cela veut dire qu'il y a des questions qui viennent d'un endroit où l'on peut comprendre, où l'on peut donner des réponses. C'est difficile, mais on peut. C'est ce qu'on appelle, dans le langage de la Kabbale, Chevirat HaKelim. Mais bon, on ne va pas entrer là-dedans, ce n'est pas ce qui va nous… Et il y a un autre niveau, qui s'appelle Hachem hanoï: c'est un endroit vide, où il n'y a pas de questions, c'est Kouloshela. Et pourquoi n'y a-t-il pas de réponse ? Parce qu'il n'y a pas assez de ot'iot, pas assez de lettres pour donner les réponses. Il y a un très bel enseignement de Rabbi Yitz'hak d'Outer: il dit qu'il y a des élèves qui comprennent ce que le Rav veut leur expliquer lorsque le Rav parle, et il y a des élèves qui comprennent ce que le Rav veut leur expliquer quand le Rav se tait.

Il y a donc des questions auxquelles il y a des réponses: il faut utiliser les ot'iot, faire des phrases, faire des mots, parler pour donner la réponse. Et il y a des questions pour lesquelles il n'y a pas assez de ot'iot dans ce monde pour répondre. Le seul moyen de comprendre et de répondre à ces questions-là, c'est de se taire. Lorsque Moïse notre maître pose la question à propos de Rabbi Akiva qui est torturé et va mourir, il voit cela et dit: « Zot Torah ve zot sekhar ? » – c'est cela, la Torah, et c'est cela, la récompense ? Et Dieu lui répond: « Chtok ». « Tais-toi, car telle est Ma volonté. » Ce n'est pas une réponse au sens courant: pour que tu comprennes Ma réponse, il faut d'abord que tu te taises.

Rabbi Nahman nous dit donc que les questions qui n'ont pas de réponse, il ne faut pas aller les chercher là-bas, car celui qui va chercher là-bas … Mais il poursuit: voilà, le tsadik, avec sa itaïnout, lui peut aller regarder ces questions-là, parce que grâce à sa chtika, il arrivera à comprendre et pourra faire sortir les âmes qui s'y sont perdues. Il nous dit que dans chaque génération il y a un …

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