La crainte de la faute dans Mesilat Yecharim
Pourquoi la crainte de manquer à sa parole diffère de la crainte de la punition, et comment elle naît de l'amour.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Acquérir la crainte de la faute selon le Messilat Yécharim, 18 min
En bref
Ce cours présente la yirat haromemout, la crainte révérencielle, qui succède à la crainte de la faute et se distingue d'elle : elle relève de l'amour et de la conscience de se tenir devant la grandeur de Hachem. Le Rav explique la gradation entre yirat haonesh (crainte de la punition), yirat hakavod et yirat hakhet (crainte de manquer à sa tâche et à son identité), en s'appuyant sur le Ramhal, le Rambam et le Zohar. L'auditeur y apprend à examiner ses actes à chaque instant, y compris dans les activités ordinaires.
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Shalom Ouvracha, shalom les coulams. Nous attaquons aujourd'hui l'avant-dernière middah des midot évoquées par Messilat Yécharim, chapitre 24, Perek Kaf-Dalet, Béour Yirat HaKhet. Il faut faire une petite introduction, parce que la notion de Yirat HaKhet est une notion qui, a priori, relèverait davantage d'un point de vue négatif que positif. On s'attendrait donc à la trouver au début du livre. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le Ramhal fait une petite introduction à son chapitre 24.
Je sais que tu vas te poser la question: pourquoi parle-t-on de Yira maintenant, après avoir parlé de toutes ces choses extraordinaires ? On a parlé de la Nava, on a parlé de la Tahara, et tout ça. Pourquoi est-ce que maintenant je te parle de Yira ? Nous dit le Ramhal: parce que la Yira dont on va parler maintenant n'a absolument rien à voir avec une simple crainte banale, bénigne, petite. Ce dont on va parler maintenant est une dimension tellement profonde, tellement forte, que tu ne peux même pas envisager de l'atteindre sans toutes les middot qui l'ont précédée.
Alors de quoi parle le Ramhal ici ? Il ne nous parle pas de la crainte, de la peur d'une punition quelconque. Dans cette avant-dernière middah, il nous parle de ce qu'on appelle Yirat HaRomemout. Yirat HaRomemout est quelque chose de beaucoup plus profond, qui intervient à la fin du cheminement de l'homme, et c'est de cela que le Ramhal va nous parler.
Le Ramhal dit qu'il y a deux dimensions de Yira, de crainte. Et dans la deuxième, il y en a aussi deux. La première dimension de la Yira est facile: il n'y a pas plus simple que d'arriver à cette dimension. La deuxième partie de la Yira est beaucoup plus dure, et la deuxième partie de la deuxième partie est vraiment le plus difficile. Arriver à cette dimension-là est une grande perfection. Il y a la crainte de l'honneur, et c'est la première mine. Il y a la crainte de l'humilité, et c'est la deuxième mine. La crainte de la faute est la deuxième partie. On verra leurs intérêts et leurs différences. La première, la petite, la petite, la petite, c'est la crainte de la faute.
La deuxième, c'est Yirat HaRomemout, et la deuxième partie de la deuxième, c'est Yirat HaKhet. Il faut essayer de comprendre de quoi il s'agit. Mais avant même d'entrer dans le sujet, il faut se poser une question. Il y a ici une contradiction, semble-t-il, entre deux dimensions de la Yira: entre Yirat HaOnesh et Yirat HaRomemout. En effet, Yirat HaOnesh rentre complètement dans la dimension de la crainte, alors que Yirat HaRomemout, ce n'est pas vraiment de la crainte, c'est de l'amour. Cela rentre dans la catégorie de Ahava.
Comment peut-on dire que cela rentre dans la catégorie de l'Ahava ? Celui qui a peur de se faire taper dessus a peur de se faire taper dessus. Mais celui qui aime sa femme, qui aime ses enfants, qui aime son papa, qui aime son prochain: plus tu aimes quelqu'un, plus tu as peur de lui faire du mal. Ce n'est pas que j'ai peur d'avoir mal, c'est que j'ai peur de lui faire mal. C'est parce que je l'aime.
Dans un premier temps, la crainte, c'est évidemment Yirat HaKhet. Mais dans un deuxième temps, il y a quelque chose qui va nous permettre d'aller à un niveau non seulement plus grand, mais qui fait le lien entre Ahava et Yira. C'est le but du judaïsme: faire ce qu'on appelle Ichoud HaMidot, unir les valeurs. Abraham était Midat HaKhessed, Yitzhak Midat HaDin: Abraham, la bonté; Yitzhak, la rigueur. Yaakov, lui, yoshev ohalim. Nos sages disent: Yaakov, yoshev ben oel, Avraham et Yitzhak. C'est-à-dire qu'il fait l'union de la dimension d'Avraham et de celle de Yitzhak.
Yirat HaOnesh, donc, c'est: avoir peur de transgresser ce que Dieu t'a dit de faire, et tu l'as transgressé. Pourquoi as-tu peur ? Parce que tu as peur de la punition, qu'elle soit corporelle ou morale, mentale, nefesh. Il y a d'autres kalavadai, et ça, c'est facile à comprendre: kol adam oevet atsmo ve yaré le nafshon. Et si quelqu'un fait une chose de plus que ce qu'il doit, ce n'est pas seulement de la crainte, c'est... Voilà.
Le Ramhal nous dit que cette première dimension, la crainte des punitions, est très facile à comprendre. Tout le monde s'aime bien. Chaque personne s'aime bien et n'a pas envie d'avoir mal. C'est pas choute. Qu'est-ce qui m'empêche de sauter d'un immeuble de trois étages ? C'est parce que je n'ai pas envie de mourir. Qu'est-ce qui m'empêche de sauter d'un immeuble d'un étage ? Je n'ai pas envie de me casser la jambe. Ce n'est pas choute. Et je peux y penser au niveau de la vie: ce n'est pas forcément dans le sens où j'ai transgressé une avera.
Imagine un homme sur la pointe de l'Empire State Building. Allez, disons la pointe du Burj Khalifa, la plus haute construction humaine, à Dubaï. Le type est tout en haut, il saute, et il fait le saut de l'ange. Et en plein milieu, il fait téchouva, parce qu'il comprend qu'il va mourir. Il dit: « Ribono Chel Olam, je suis désolé, je ne sais pas ce qui m'a pris. Je regrette énormément. Je te promets de ne plus le refaire. » Et HaKadosh Baroukh Hou lui répond: « Eh bien, mon ami, tu as raison, tu ne le referas plus. » Bien sûr, c'est honnête. Donc les gens comprennent cela très bien. Ce n'est pas choute, Hachem, ce n'est pas difficile à comprendre: je n'ai pas envie d'avoir mal, je n'ai pas envie de me prendre quelque chose dans la tête.
Mais il y a un problème dans cette crainte-là. La Yira qui se limite à la crainte de la punition est, je dis bien un petit peu, mais un peu, de la avodah zara. Parce qu'en fait, tu ne sers pas Dieu, tu n'es pas au service de Hachem. Tu sers le feu du Guéhinom: tu as tellement peur de tomber dans le feu du Guéhinom que tu ne fais pas telle ou telle chose. Donc, au service de Hachem, ce n'est pas pour Dieu que tu fais cela, c'est pour ne pas aller là-bas.
Le Rav Amnon Yitzhak dit souvent – je suis loin de partager tous ses avis – que quand quelqu'un est habillé de façon pas très, très, très tsniout, il lui dit: « Ah, tu as chaud, tu verras, au Guéhinom il fait encore plus chaud ! » Non, non. Il est important de commencer notre avancée vers HaKadosh Baroukh Hou en ayant peur de la punition. C'est un point de départ. Ça ne peut absolument pas être une finalité. Donc, nous dit le Ramhal, c'est pachout: c'est hira de cette sorte, c'est bichvila – pour ceux qui ne savent pas, c'est mieux que rien.
Cours d'Orot veKelim
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