Yom HaAtsmaout, fête venue du bas vers le haut
Le Sfat Emet et le Rav Kook : Pourim, Hanouka et Yom HaAtsmaout comme fêtes humaines qui complètent les fêtes divines.
Plusieurs Rabbanim
Ensuite : La Gueoula d'Israël et la question des chemins divins, 1 h 00
En bref
Le Rav explique pourquoi Yom HaAtzmaout s'inscrit dans le calendrier juif : selon le Sfat Emet, aux trois fêtes descendues du haut vers le bas (Pessa'h, Chavouot, Souccot) répondent des fêtes montant du bas vers le haut (Pourim, Hanouka, Yom HaAtzmaout). Il montre ensuite que la Gueoula est un processus lent, comparé au lever du jour selon Rabbi Hiya HaGadol, et que Dieu agit aussi à travers des événements politiques et des hommes imparfaits. Il conclut que Pessa'h et la création de l'État relèvent d'une même Gueoula, et qu'il faut la reconnaître par la gratitude.
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On va parler aujourd'hui, b'ezrat Hachem, de Yom HaAtsmaout. On va commencer une série de shiurim consacrés à Yom HaAtsmaout, et essayer de comprendre comment cette journée de l'indépendance s'inscrit dans les fêtes du calendrier hébraïque. La raison est simple. On me pose parfois la question: quelle est la face religieuse de Yom HaAtsmaout ?
Ma réponse: il n'y a aucune face religieuse, de la même manière qu'il n'y en a aucune à Pessa'h, ni à Chavouot, ni à Souccot, ni dans aucune fête. Que veut dire ceci ? Cela veut dire que, dans le judaïsme, on ne sépare pas la nation de ses valeurs divines. Autrement dit, on ne parle pas de religion, on parle d'une nation qui a reçu un message divin pour faire évoluer le monde. Point à la ligne. C'est tout. Et donc Yom HaAtsmaout vient s'inscrire dans cette évolution.
## Les trois fêtes du haut et les trois fêtes du bas
Le Sfat Emet, Alav Hachalom, a écrit dans son livre quelque chose d'extraordinaire. Il dit que le Saint, béni soit-Il, nous a donné dans la Torah trois fêtes: Pessa'h, Chavouot et Souccot. Ce sont des fêtes qui viennent du haut vers le bas, c'est-à-dire du divin vers l'homme. C'est la Torah qui nous oblige à fêter ces fêtes-là, entre guillemets, « oblige ». Eh bien, dit le Sfat Emet, face à ces trois fêtes qui viennent du haut vers le bas, il y aura dans l'histoire d'Israël trois fêtes qui viendront du bas vers le haut. C'est-à-dire des fêtes qui seront, entre guillemets, la création de l'homme, et qui viendront compléter la force descendue du haut vers le bas, au niveau du divin.
Il donne des exemples. Chavouot, c'est le don de la Torah, du haut vers le bas. Un jour dans l'histoire, dit le Rav, on atteindra une fête, on fabriquera, entre guillemets, une fête qui viendra du bas vers le haut et qui sera la complémentarité de Chavouot. Ce sera Pourim, une Torah qui vient d'en bas, les Rabbanan, mais qui aura la même valeur, sinon plus, que Chavouot, le don de la Torah. Comment le Rav fait-il le lien ? Tout simplement: à Chavouot, Dieu nous a donné la Torah; mille ans plus tard, à Pourim, on l'a reçue à nouveau. Qui mouv et qui blou. C'est-à-dire que, dans Megillat Esther, il est dit qu'on a reçu la Torah. Voici donc un jour de Pourim qui correspond au jour de Chavouot.
À la fête de Souccot, qui dure huit jours avec Simhat Torah, correspondra dans l'histoire une fête qui durera elle aussi huit jours: Hanouka. Elle aussi vient du bas vers le haut, fabrication humaine, entre guillemets, qui est en réalité la complémentarité de Souccot, qui nous vient du haut vers le bas. Le Saint, béni soit-Il, nous a protégés lors de la sortie d'Égypte. On va reconnaître, on va remettre en place cette même force au niveau de notre résistance sur notre terre, pour montrer au Saint, béni soit-Il, qu'on réalise qu'Il nous a sauvés, et qu'on veut être sauvés, continuer d'être sauvés. C'est-à-dire qu'on n'est plus passif, on devient actif dans sa propre délivrance.
Souccot: Il nous a entourés de protection, d'une nuée protectrice. Eh bien, on va Lui prouver qu'on peut se battre, nous aussi, pour garder cette terre. À Hanouka, on s'est battus sur la terre d'Israël pour revenir au Beit Hamikdash, qui avait été souillé.
## Sortie d'Égypte et indépendance
Et là, termine le Rav: à Pessa'h, il y a eu la sortie d'Égypte. Le Saint, béni soit-Il, nous a délivrés d'une nation. Le Rav vivait il y a quelque 200 ans. Il dit donc: j'attends, le peuple juif attend une fête qui commémorera la même indépendance, venue du haut vers le bas, cette fois du bas vers le haut. Seulement, je n'ai pas encore cette fête. Elle viendra dans l'histoire, je vous le promets. Elle est venue.
Le jour de l'indépendance est la complémentarité de la sortie d'Égypte. Sortir d'Égypte, c'était passif, entre guillemets, de notre part. Maintenant, on doit réactiver ce dans quoi nous étions passifs. Vous comprenez ? On a reçu gratuitement la Gueoula d'Égypte. On va se battre, cette fois, pour obtenir l'indépendance de notre nation, à la fin des temps. Vous comprenez que le jour de l'indépendance…
Le Yom HaAtsmaout que nous fêtons n'est pas là pour fêter et ajouter encore une fête au calendrier. C'est tout simplement une connaissance, une reconnaissance qu'il n'y a aucun instant de l'histoire où le Saint, béni soit-Il, est sorti de sa surveillance et de son implication dans l'histoire humaine. Je veux dire par là qu'on n'a pas le droit de croire que le Saint, béni soit-Il, se trouve dans…
Tous les événements de notre vie, comme le font des gens très religieux. Seulement, un seul jour, Dieu n'était pas là. Comme par hasard. Le jour de l'indépendance. Pourquoi ? Parce que cela t'arrange, selon ce que tu as étudié ou selon la manière dont on t'a enseigné la Torah, que ce jour-là ne fasse pas partie d'un système divin. C'est-à-dire que Dieu se trouve partout, sauf là. Mais quelle arrogance !
## Ne pas écarter Dieu de l'histoire
D'où tu sors ? Tu as retiré, éloigné Dieu de ta propre histoire, parce que cette histoire ne correspond pas à ce que toi tu comprends de la manière dont le Saint, béni soit-Il, fait avancer son monde. D'où tu sors ? As-tu arrêté de fêter Pessa'h ? Tu devrais. Deux mois après la sortie d'Égypte, il y a eu le veau d'or. C'est vilain, ça. Après la faute du veau d'or, il faudrait que l'autorité religieuse dise: on arrête de dire le Hallel à Pessa'h. Regarde ce qu'ils ont fait. Et ceux qui sont sortis d'Égypte étaient à 49 degrés d'impureté, bien pire que les déchilonim d'Israël d'aujourd'hui. Pour autant, as-tu arrêté de dire le Hallel et de fêter la fête de Pessa'h ? Non ! 3 300 ans après, tu continues de fêter cette fête. Pourquoi ? Et à Hanouka, tu dis le Hallel pendant huit jours, entier, avec bénédiction. Bizarre, mais tu es vraiment un mécréant.
Tu sais que les Hasmonéens, qui se sont introduits comme rois alors qu'ils n'étaient pas du tout de la maison de David, eh bien, toute leur histoire a fini par devenir celle des sadducéens, des tsidoukim. Il faut arrêter de dire le Hallel et de fêter Hanouka, mes vieux. C'est honteux. Et toi, tu viens me dire que parce que le Saint, béni soit-Il, a utilisé des hommes et des femmes que tu considères, toi, comme des réchaïm parce qu'ils n'appliquaient pas les mitsvot comme tu l'entends aujourd'hui ? Et c'est vrai: il y a des choses qu'ils faisaient, et d'autres qu'ils ne faisaient pas et qu'il fallait faire. Mais pour autant, tu dois remettre en question l'établissement de ce qu'on attend depuis 2000 ans, c'est-à-dire la création d'un État où l'on peut, en tant que nation, revenir sur notre terre, nous développer, évoluer selon ce que nous sommes.
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