Hillel : si je ne suis que pour moi, que suis-je
Le Bartenoura lit la Michna de Hillel : équilibre entre soi et autrui, et ce qu'il dit de la khoumra.
Rav Shaoul David Botschko
Ensuite : Avoir un maître et trancher les doutes, 45 min
En bref
Le Rav Shaoul David Botschko commente la Michna de Hillel « Si je ne suis que pour moi, qui suis-je ? » et celle de Shammaï « Fais de ta Torah quelque chose de fixe ». Il développe l'équilibre à trouver entre le souci légitime de soi et l'attention à autrui, selon les âges et les étapes de la vie. Il explique aussi la notion de khoumra, la distinction entre lois de la Torah, mitsvot des Sages et minhag, ainsi que l'importance de l'exemple donné aux enfants et de l'accueil digne de chacun.
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Voilà. On parle toujours de Hillel. Alors, Hillel disait: Im eïn ani li, mi li ? D'abord, bonjour à tous. Je n'ai pas dit bonjour. Bonne santé à tout le monde, beaucoup de joie et de bonheur pour tous. Amen. Alors, Ouaya Omer, traduction:
On va d'abord voir l'explication du Bartenoura, qui est extrêmement belle et très importante, sur la manière dont il explique cette Michna. Je vous lis le Bartenoura. Il dit: si je ne donne pas, si je ne fais pas des mitsvot, eh bien, qui en fera à ma place ? Et bien que j'en aie fait, il ne faut pas que je me prenne pour le centre du monde. Alors je vais dans ces mots: en face de notre devoir, même si j'ai travaillé pour mon âme, pour ma neshama, finalement…
Je t'anime à ce que, sais-je… Veïmlo arshav, ematai ? Et si je ne m'y prends pas maintenant, quand vais-je m'y prendre ? Dit le Bartenoura: im lo achav, eymatai ? C'est pas maintenant, dans ce monde-ci. Eymatai, kia khara mavet yevashed iskot od ? Quand, sinon, dans ce monde-ci ? Kia ra pre la mor: on ne peut pas faire de mitsvot. La Guemara nous enseigne qu'il suffit d'un instant de mitsvot et de maassim tovim dans ce monde-ci, eh bien, cela vaut plus que tous les délices du monde à venir. Parce que le monde à venir, c'est le monde de la rétribution, et ce monde-ci est le monde de l'action.
Il y a deux explications. Ce n'est pas maintenant, lorsque je suis jeune et que j'ai la possibilité de faire des choses: quand le ferai-je ? Peut-être que, lorsque je serai âgé, je ne pourrai plus. Ça, c'est une première explication. Beaucoup de Richonim vont dans ce sens-là: c'est se soucier de son avenir spirituel, de ses mitsvot.
Maintenant, il y a une autre explication, qui va dans un sens tout à fait différent, et c'est plutôt celle-là qui est retenue en général. Im eïn ani li: si je ne me soucie pas de moi. Pas seulement de mes choses spirituelles, mais de moi, de tout. Je me soucie de ma santé, je me soucie de ma parnassa, je me soucie de… Mi li, qui fera ma place ? L'homme a une responsabilité dans sa vie, il ne peut pas compter sur autrui. Oukhshe ani le atsmi, mah ani ? Mais si je ne suis que pour moi, je ne pense pas à autrui: eh bien, qu'est-ce que je vaux ? Il y a le mi… Alors, qui sera pour moi ? Et puis, qu'est-ce que je suis ? Ma ani: quel est le sens de mon existence ?
Il y a ici une invitation à trouver un équilibre entre le souci légitime que les personnes doivent avoir d'elles-mêmes. Elles doivent avoir un souci de leur parnassa, un souci de leur santé, un souci du bien-être de leurs enfants, etc. Mais si c'est toute l'occupation d'une personne, alors c'est une vie qui n'a pas beaucoup de sens. Si on n'est que pour soi, finalement on est rien. Si on n'est pas pour soi, on n'existe pas. Et si on n'est que pour soi, notre vie n'a pas vraiment de sens.
On a vu dans le Bartenoura, qui expliquait ici « pas maintenant », qu'il faut toujours joindre les deux choses: le li et le atsmi. Il n'y a pas un temps de vie qui est uniquement pour moi, et un temps de vie qui est uniquement pour autrui. Dans la vie, il y a bien entendu des moments où le poids penche davantage vers autrui, et des moments où il penche davantage vers soi. Bien entendu, lorsqu'un jeune marié doit s'occuper de sa famille, d'apprendre encore un métier, etc., son souci premier, c'est lui.
Même en ce moment-là, il ne faut pas oublier qu'il y a d'autres personnes. Lorsqu'on est plus âgé, qu'on a moins de besoins, il faut prendre plus de temps pour autrui. Il ne faut quand même pas oublier d'être soi. Cet équilibre entre le li, qui est nécessaire, et le atsmi, qui devient exagéré et exclusif, il faut toujours, dans toute la vie, le trouver: entre les deux, entre les deux. Voilà.
Maintenant, j'aimerais reprendre l'explication du Bartenoura, qui a aussi une grande beauté. Lorsqu'il a dit im eïn ani li, mi li, « si je ne suis pas pour moi, qui suis-je ? », on doit réfléchir, dit le Bartenoura, à mon maître. Pas seulement au sens de savoir: kishenia li l'atsmi, ça, on pourrait l'expliquer en prenant la première partie. Or le Bartenoura a une deuxième partie un peu différente: im eïn ani li, mi li. Si je ne suis pas quelqu'un qui se préoccupe de mon âme, qui se préoccupe de ma vie spirituelle: mi li, qui suis-je ?
Ou ki ani le atsmi, ma ani: mais si c'est le atsmi, le gouf, si je ne pense qu'à mon être matériel, que suis-je ? Voilà une autre explication que l'on peut donner pour illustrer cette Michna extraordinaire de Hillel, qui est l'un des passages les plus beaux de Pirké Avot.
Et maintenant, on va passer à Shamaï. Shamaï nous dit: Assé Torah tekha qevá. Emor me'at va'assé harbé. Vehevé mequabel et kol ha'adam bessever panim yafot.
Je voulais dédier ce shiour, je ne l'ai pas dit au début, mais on va le dire maintenant, au rabbin Marc Azogui. J'ai pensé à lui en pensant à la Michna d'avant, celle qui dit: Hevé mitalmidav shel Aharon, sois parmi les disciples d'Aharon, ohev chalom, rodef chalom, aimer la paix et poursuivre la paix. C'est ce qu'était le rabbin Azogui. Le frère du rabbin Azogui m'a dit: il n'était pas seulement comme Hillel, il était aussi comme Shamaï. Comme Shamaï qui dit sever panim yafot. C'était quelqu'un qui, dans sa communauté, a toujours reçu les gens. Et pas seulement dans sa communauté: il a été rabbin de sa communauté pendant quarante-deux ans. Par sa gentillesse, il a ramené les gens à la Torah. C'était quelqu'un de modeste, qui parlait peu mais faisait beaucoup.
Je n'ai pas demandé l'autorisation à la famille, mais je pense que ce shiour peut être dédié à sa mémoire, illouï nichmato. Je l'ai connu il y a très, très, très longtemps, lorsque j'étais en France. Je l'ai beaucoup aimé, beaucoup apprécié, justement pour toutes ces belles qualités.
Alors, reprenons maintenant les paroles de Shamaï: Assé Torah tekha qevá. Fais de ta Torah quelque chose de fixe. J'aimerais de nouveau citer le Bartenoura, qui nous dit ceci.
Première explication du Bartenoura: qevá, c'est le temps que tu consacres à la Torah. Que ce temps soit essentiel, tant le jour que la nuit. Et lorsque tu seras fatigué de l'étude de la Torah, tu iras travailler. Que ton temps essentiel ne soit pas le travail, et que lorsque tu as quelques minutes de libre, tu t'occupes de Torah. Le Bartenoura a donc compris qevá dans le sens du temps consacré à l'étude de la Torah.
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