Béhar Sinaï : la chemita et l'unité d'Israël
Pourquoi la paracha précise « au mont Sinaï » : la mitsva de la chemita et le corps unique du peuple d'Israël.
Rav Nathaniel Sigoura
Ensuite : Bamidbar : le lieu et le temps dans la Torah, 1 h 02
En bref
Le Rav Sigoura étudie le début de la paracha Behar, en partant de l'expression « Behar Sinai » : pourquoi la Torah précise-t-elle que la mitsva de la Shemitah a été donnée sur le mont Sinai, alors que toutes les paroles précédentes l'avaient été aussi ? Il explique que la Shemitah est une mitsva dont les généralités et les détails sont donnés dans le texte, et que la révélation du Sinaï ne s'est pas refermée mais accompagne le peuple, du Mishkan jusqu'au Beit Hamikdash. Il développe ensuite le sens de la Shemitah : une année collective où les champs deviennent accessibles à tous, et où la bracha d'Hachem se révèle sous forme de miracles cachés dans la nature.
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Erev tov, erev tov, tovim tovim à tous. On continue notre étude. Aujourd'hui on fait deux heures: on va faire l'hébreu biblique, la paracha de Béhar, et ensuite on va commencer l'étude de la lettre Vav. Donc la paracha de Béhar, Béhar Sinaï. On va lire les premiers versets comme d'habitude, et on va voir quel trésor on peut découvrir là-dedans.
Classique, on ne va pas s'y attarder. Il y a juste une chose sur laquelle on va s'attarder, c'est évidemment Béhar Sinaï, qui est le titre, le nom de la paracha. Donc: Vayiqra Hachem el Moshé, Hachem parla à Moshé, Béhar Sinaï lémor, sur le mont Sinaï, en disant: Daber el Bné Israël, parle aux enfants d'Israël. Daber, en hébreu biblique, c'est l'impératif. Véamarta aléhem. Je fais un petit peu d'hébreu biblique technique, pour les débutants. On avait vu le vav conversif. Amarta, c'est le passé, c'est « tu as dit ». Et le vav conversif va transformer le passé en futur, donc « tu diras ». Aléhem: el, c'est en direction de, et le hem à la fin, c'est « eux ». Donc véamarta aléhem, et tu leur diras.
Ensuite, ki tavo. Le ki, on l'avait déjà eu plusieurs fois, vous vous souvenez ? On l'avait vu très souvent dans le contexte de ki, la semaine dernière, je crois qu'on l'a vu également. Là, ça veut dire lorsque. On avait fait un cours dans lequel j'avais expliqué les quatre ou cinq traductions possibles du mot ki. En général, les deux traductions qui reviennent le plus, ce sont « car » ou « lorsque ». Donc là, en l'occurrence, c'est « lorsque ». Ki tavo'u, on a la racine ici, que vous devez connaître: bo, venir. Et tavo'u est une forme future, « vous viendrez ». Donc ki tavo'u, lorsque vous viendrez, el ha'aretz, vers la terre, asher ani noten lakhem, que je vous donne. Ok, donc, déjà, avant même de commencer…
Donc il y a deux informations qu'on a jusqu'à maintenant. On nous précise que cet événement, cette parole, se passe au mont Sinaï. Évidemment, la question qu'on va se poser, c'est: ok, quoi, les paroles d'avant, c'était pas au mont Sinaï ? Je vous rappelle que depuis le livre de Chemot, la paracha de Yitro, les Bné Israël sont au mont Sinaï. La construction du Mishkan, tout ça, c'est au mont Sinaï. Ça ne change qu'à partir de la paracha de Chela'h lekha, où on va un petit peu avant, dans le livre de Bamidbar, où il va y avoir un mouvement des Bné Israël vers la terre d'Israël. Donc là, ils ne seront plus au mont Sinaï. Donc évidemment, la question qu'on va se poser, c'est: pourquoi tu me précises seulement ici que ces paroles, cette mitsva, cette prophétie, se déroulent au mont Sinaï ?
Deuxième information: la prophétie qui est révélée ici à Moshé, la mitsva qui est révélée à Moshé, ce n'est pas une mitsva comme le Chabbat, par exemple, que les Bné Israël ont appliquée immédiatement. Ce n'est pas une mitsva comme la construction du Mishkan, qu'ils ont appliquée dans le désert. Ce sera une mitsva qui ne pourra être appliquée que lorsque les Bné Israël entreront en Israël. Donc on va avoir deux catégories de mitsvot: des mitsvot qui pourront être appliquées en Israël et en dehors d'Israël, et celle-là, qui n'est qu'en Israël. Ki tavo'u el ha'aretz, lorsque vous arriverez, vous viendrez en Israël. Hachem, on avait vu, vous vous souvenez, que…
Que, euh, apostrophe, ou ki? Ok ? Donc là, c'est « que »: lorsque vous viendrez vers la terre, que je vous donne. Ani noten lakhem, je vous donne, littéralement « je donne ». Noten, Nathan, Nathaniel, matana, tout ça, c'est le don. D'accord ? Lakhem, à vous. Petite précision: comme disait Manitou, vous remarquez qu'en hébreu biblique, la terre ne s'appelle pas la terre promise, mais la terre donnée. Les traductions latines, sous influence du christianisme, traduisent « la terre promise », c'est la terre qui est promise par
Dieu. Et en hébreu biblique, c'est la terre qui est déjà donnée. Noten, c'est au présent: je te donne maintenant. Elle est donnée. Quelle est la nuance entre promise et donnée ? C'est que la terre promise, c'est une terre qui a été promise par Dieu et qui n'est pas encore donnée. Et quand est-ce qu'elle va être donnée ? Par Dieu. C'est la vision un peu messianique, chrétienne, cette traduction-là: on ne fera rien, et c'est par la grâce de Dieu qu'on va retourner en Israël. Il y a
certains courants même du judaïsme qui pensent ça. Par exemple, le courant de Satmar, qui pense qu'il ne faut pas monter en Israël, qu'il faut attendre qu'on nous donne Israël sur un plateau d'argent. C'est une vision assez problématique, parce que ce n'est pas la terre promise, c'est la terre qui est donnée. Elle est déjà à toi. Donc si elle est maintenant à toi, qu'est-ce que tu dois faire ? Tu dois t'y installer, tu dois la conquérir, tu dois la développer. Elle n'est pas juste promise, ce n'est
pas juste une promesse dans le futur: elle est donnée maintenant. Donc tu dois activer, prendre possession de cette terre.
C'est pour ça qu'il y aura un autre terme très important en hébreu biblique, c'est le terme de yerouchat ha'aretz. Le mot yerouchah n'apparaît pas ici, il apparaîtra souvent. Yerouchah, c'est hériter: yerouchat ha'aretz, hériter de la terre. Mais ici, yerouchah ne veut pas dire hériter de la terre au sens où tu ne fais rien, c'est comme une personne qui décède et dont tu hérites. Ici, yerouchah a le sens de conquérir la terre. Donc c'est une terre qui nous a été donnée, et il y a une mitsva de la conquérir, de s'y installer. Ça s'appelle yerouchah, en hébreu biblique.
Voici donc la mitsva qui va être donnée lorsque les Bné Israël arriveront en terre d'Israël. Et qu'est-ce qu'ils devront faire ? Véchavta ha'aretz, la terre devra faire Chabbat. Je précise: il n'y a pas marqué « vous devrez faire Chabbat de la terre ». C'est la terre qui fera Chabbat. Ce qui est très étrange, parce que évidemment on va parler ici de la mitsva de la Chemita. Le verset d'après: « Six années tu ensemenceras ton champ, six années tu élagueras ta vigne, et tu récolteras ta moisson.
Mais la septième année, ce sera un Chabbat de repos pour la terre, un Chabbat pour Hachem. Ton champ, tu ne l'ensemenceras pas, et ta vigne, tu ne l'élagueras pas. » Donc en gros, la septième année, qu'on appelle la jachère, tu ne travailleras pas la terre. Donc c'est très étrange, pourquoi le texte dit-il que la terre devra faire Chabbat ? Non, ce n'est pas la terre qui travaille la terre: ce sont les Bné Israël qui travaillent la terre. On aurait dû dire véatem tichbotu, vous ferez Chabbat,
le Chabbat agricole. Donc c'est assez étrange: il y a marqué « le Chabbat de la terre », et il y a marqué « Chabbat lakhem ».
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