Béha'alotekha : un canal par mitsva, la Ménorah
Pourquoi la Torah reprend « Vayedabér Hachem el Moshé » : chaque mitsva ouvre un canal de prophétie, et la Ménorah témoigne de la présence divine en Israël.
Rav Nathaniel Sigoura
Ensuite : Houkat : le silence de 38 ans et la vache rousse, 1 h 07
En bref
Le Rav Sigoura étudie la paracha Béha'alotecha à partir du verbe « faire monter » employé pour la Ménorah, et des questions que pose le texte : pourquoi ce verbe plutôt qu'« allumer », pourquoi les sept bougies « éclairent vers le centre ». Il s'appuie sur Rachi, qui relie cette mitsva à la déception d'Aharon de ne pas avoir offert avec les chefs de tribus, puis sur le Talmud et le prophète Zacharie pour montrer que la Ménorah est un témoignage adressé aux nations. Le cours se termine par le rôle d'Aharon, qui doit d'abord élever sa propre lumière intérieure avant d'allumer.
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On continue notre étude sur l'hébreu biblique. Nous sommes arrivés à la paracha de Béha'alotekha. Comme d'habitude, on rappelle le contexte. Dans la paracha de Nasso, à la fin de la paracha, il y a eu un événement qu'on va retenir parce qu'il est très important: l'événement des offrandes des chefs de tribus lors de l'inauguration du Mishkan. Retenez bien cet élément, parce qu'il va être important pour notre paracha, Bezrat Hachem.
Juste après cet événement, la paracha s'ouvre sur l'ordre divin qui concerne la Ménorah, et on va le voir tout de suite. Le verset dit ceci: Vayedaber Adonai el Moshe lemor. Maintenant qu'on connaît ce verset, on sait que ce n'est pas un verset anodin, mais qu'il ouvre un canal de prophétie. D'accord ? Parce qu'on aurait pu n'écrire ce verset qu'une seule fois, au tout début de la paracha de Yitro, quand Hachem se révèle au mont Sinaï. Et après, tout le reste, on sait que c'est de la
Torah. Mais non. Il est important pour Hachem que le lecteur comprenne qu'à chaque fois il y a un nouveau canal de dévoilement et un nouveau canal de prophétie. Dans ce canal de prophétie, Dieu va faire couler ces paroles, qui sont les paroles de la Ménorah. Pourquoi est-ce comme ça ? Pour bien montrer que, d'un côté, les mitsvot forment une entité, une globalité, le taryag mitsvot, où la parole d'Hachem est une. Mais elle va, à chaque fois, s'écouler dans un canal particulier.
Il y a donc une sorte d'ambivalence dans la parole d'Hachem. D'un côté, c'est une parole unique. De l'autre, à chaque fois qu'elle se révèle, il ouvre un nouveau canal de connexion, un nouveau canal de communication. D'accord ? Il y a toujours cette ambivalence. Pourquoi ? Parce que, d'un côté, les mitsvot sont une entité. La parole d'Hachem, la Torah, est une. Mais, d'un autre côté, tu peux te connecter à Hachem par chacune de ses paroles individuellement. Donc si tu as une tendance naturelle à être connecté à la Ménorah, ou aux tefillin, ou au Chabbat, etc., bien sûr, tu dois faire toutes les mitsvot.
Mais tu vas souvent avoir une nature d'âme attirée par une mitsva en particulier. Et grâce au fait que Hachem, lorsqu'il a révélé sa parole, a à chaque fois ouvert des canaux individuels pour chaque parole, tu peux ainsi te connecter, par chaque mitsva, à sa parole, à sa volonté. Fermons la parenthèse, c'était pour revenir sur Vayedaber Hachem el Moshe lemor. D'accord ? Ce n'est donc pas du tout un verset anodin qu'on rabâche, qu'on rabâche, qu'on rabâche.
Il y a un grand secret dans ce verset-là. On arrive maintenant au cœur de la paracha. Daber el Aharon: daber, à l'impératif. Hachem dit à Moshe: parle à Aharon, ve'amarta élav, et tu lui diras. Ça, on le connaît. Arrêtons-nous sur Béha'alotekha. Décomposons ce mot: il est composé de trois éléments. D'abord le beit, ensuite ha'alot, et enfin le kaf de la deuxième personne.
Faisons un peu d'hébreu biblique. Le beit, en hébreu biblique, a plusieurs significations. Il peut signifier « dans », comme en hébreu moderne babayt. Il peut signifier « pour », par exemple au début de la Genèse: Béréchit, Rachi dit que c'est « pour Réchit ». Ou lorsque Yaakov dit à Lavan: « Je travaillerai pour Rachel », il dit be Rachel. Et il peut aussi signifier « lorsque ». C'est notre cas ici: le beit signifie « lorsque ».
Ensuite, le deuxième morceau du mot, c'est ha'alot. C'est le verbe léha'alot. Regardons d'abord la racine: c'est la racine du verbe « monter », alia, la'alot, etc. Ce sont les lettres alef, lamed, hé.
Comme j'ai l'habitude de l'expliquer dans mes cours d'hébreu, la racine, moi, j'appelle ça l'âme du mot. Vous avez la racine: c'est l'âme. Ce sont juste les lettres dans leur pureté. On n'a pas ajouté de voyelles, ni de lettres en plus ou en moins des préfixes et suffixes. La racine, en hébreu, c'est un peu l'âme du mot. Et cette âme peut s'habiller d'un corps. Ça peut être un verbe, un adjectif, un adverbe, etc. L'âme, c'est l'identité du mot, la racine; et lorsqu'on l'habille d'un corps, cette racine s'exprime d'une certaine manière.
Si on prend la racine, là, ça veut dire « monter ». Et si on l'habille dans le verbe léha'alot, qu'est-ce que ça signifie ? Ça ne veut pas dire « monter », mais léha'alot est ce qu'on appelle en hébreu une forme causale. Ça veut dire que tu vas faire une action, et que cette action va être la cause de quelque chose d'autre: faire faire une action.
Par exemple, léhadlik appartient au même groupe que léha'alot, le hif'il, pour ceux qui connaissent, le troisième binyan. Léhadlik, littéralement, ne veut pas dire « allumer ». Vous avez la racine ici, dlk, qui signifie un combustible. Et léhadlik signifie faire en sorte que ça brûle. C'est ce que ça veut dire, littéralement. Et c'est ce que je fais quand je prends une allumette: ani madlik et ha'ner, je fais en sorte que la bougie brûle. On traduit par convention par « allumer », mais littéralement cela veut dire faire brûler.
Si on reprend cette logique pour léha'alot, qui est notre verbe ici, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire « faire monter ». Et le kaf à la fin ? C'est le suffixe « toi », ou « tu ». Comme dans shelkha. Donc parfois le pronom ata se transforme en kha. Si l'on reprend le mot qu'on a décortiqué, avec l'hébreu biblique: Béha'alotekha veut dire « lorsque tu feras monter ».
Et hanérot, on l'a déjà vu, est une préposition qui introduit un complément d'objet direct défini. Il n'y a pas de traduction en français. Hanérot, les bougies. Si on retraduit: Béha'alotekha, « lorsque tu feras monter les bougies ». Évidemment, on aura une question: pourquoi n'est-il pas écrit « lorsque tu allumeras les bougies » ? Qu'est-ce que ça veut dire, faire monter les bougies ?
Je continue. El moul pené hamenorah: el, vers, une direction; moul, en face; pené, le visage; hamenorah, de la Ménorah. Ce n'est pas clair du tout. Il faudra essayer de comprendre. Je vous le mets en français: vers, en face du visage de la Ménorah, virgule, yair'ou chiv'at hanérot, éclaireront... alors, chiv'at hanérot, je vais traduire pour l'instant par « les sept bougies », et vous verrez qu'on aura un problème avec ce mot-là. Donc: éclaireront les sept bougies.
Vous voyez que la structure de la phrase est inversée. Au lieu de dire « les sept bougies éclaireront vers, en direction, en face du visage de la Ménorah », on a inversé. Comme Maître Yoda, qui inverse les mots. Donc: vers, en face du visage de la Ménorah, éclaireront les sept bougies. C'est une forme un peu poétique. Voilà notre verset, et, en vérité, rien n'y est clair. Le mot Béha'alotekha n'est pas clair. La fin du verset n'est pas claire du tout: c'est inversé, « vers la face de …
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