La souffrance de la Chekhina et la techouva
Le Rav Kook montre que la souffrance du tsadik est aussi celle de la Présence divine, et que la techouva en est la guérison.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Techouva : l'acte passé peut être transformé, 45 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente un passage d'Orot HaTechouva du Rav Kook sur la souffrance de la Shekhina (la présence divine) et celle du tsadik qui aspire à s'unir à Hachem. Il montre que cette souffrance est double : l'homme souffre de l'éloignement, et la Shekhina elle-même attend que le monde mérite sa révélation. Le cours explique enfin que la techouva individuelle des tsadikim, qui redressent leurs propres fautes, éclaire le collectif et ouvre au monde la possibilité d'accueillir la lumière divine.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Alors, nous continuons notre texte d'Orot HaTechouva, toujours sur notre édition jaune, vous connaissez. Prenez vos textes. Je vous rappelle le sujet de notre chapitre. C'est un sujet qui, par rapport à ce qui le précédait, est un peu neuf.
Le titre, je vous le lis, lisez avec moi, la page Noun Het: Mah Ove Achet, Ve Yissoure HaTechouva, Oumar Pe Et Arata. Le thème, c'est la souffrance, à la rencontre de deux choses. L'une, la faute elle-même, qui apporte avec elle son cortège de déséquilibre et de souffrance.
Le Rav insiste là-dessus, on reviendra sur le texte. Et aussi, quand on fait techouva, le fait de guérir se paye parfois par une douleur. Le Rav parle finalement de la techouva comme étant, dans certains cas, capable d'apporter une certaine dimension de souffrance, et certainement aussi une dimension de guérison.
Maintenant, on a déjà vu pas mal de paragraphes. Je ne vais pas revenir sur ces paragraphes-là, mais j'avance. On est arrivé au petit paragraphe Hé de la page Noun Zayin. On avait vu Guimel la dernière fois, et on s'engage dans Hé. Suivez, vous n'avez pas le texte non plus ? Ah, je le dis avec vous. On peut prendre le paragraphe Hé au bas de la page Noun Zayin:
Atzar gadol, che-margish kol tsadik be'atzmo, al mi'out ha-devekout ha-elokit, she-hou chach be'atzmo she-eno shover et tsimono ha-gadol, ou-mitsar zé kol évarav mishtabrim tamid mi-rov kilyon nefesh, ve-ein lo menouha be-chol oneg va-nachat she-ba-olam; zé hou mamash tsar ha-Chekhina, she-tokhen ha-chayim shel kol ha-olamim kouloum, ro'mam, ela, shlemout elokit, elyona, chetit galeb ha-em, bahem.
Comme vous le savez, les textes du Rav Kook sont des textes très posés, très poétiques, écrits dans un hébreu qui n'est pas évident, très lyrique. Il faut essayer de s'accrocher un peu, mais je redis ce que je dis déjà beaucoup de fois: le Rav Kook était un grand mystique, avec des élans spirituels énormes.
Mais en même temps, il ne faut jamais oublier que c'était un homme qui était un génie de la halakha. Vraiment. Ses responsa sont considérés comme des chefs-d'œuvre. C'est quelqu'un qui voyait son chiour plusieurs fois par an. C'est quelqu'un qui connaît le détail des mots, même si c'est présenté dans un langage très lyrique et avec beaucoup d'envolées. Il a donc tout à fait un sens à essayer de rentrer dans le détail des mots. C'est ce qu'on va faire.
Alors le Rav nous dit: atzar gadol, la grande souffrance. Le tsar, la souffrance. Che-margish kol tsadik be'atzmo: ici, on n'est pas sur un niveau intellectuel, on est sur un niveau de margish, c'est-à-dire vivre une expérience spirituelle, sentie. Cette souffrance que reçoit le tsadik par le fait qu'il réalise le peu de son union, le mot devekout, c'est coller, c'est une union avec son Dieu.
Il se sent loin de son Dieu alors qu'il porte en lui une envie, comme l'homme qui veut voir son bien-aimé et qui porte dans son cœur l'espoir de pouvoir le voir, mais ne le voit pas, et ça lui fait mal. Il le veut, il le prépare, il l'attend. C'est la même chose. On voit ça souvent dans les textes des Tehilim, David HaMélech, qui parle autour de ce genre de choses.
Le Rav parle donc de cette souffrance que porte le tsadik, le fait qu'il n'arrive pas à s'unir à son Dieu suffisamment. Che-hou chach be'atzmo: chach, c'est sentir, il sent en lui-même qu'il n'arrive pas à combler son tsimaon. Qu'est-ce que c'est que tsimaon ? C'est sa soif, son énorme soif.
Et l'homme n'a pas de tranquillité, à travers aucun plaisir et aucune joie de ce monde. Il ne veut qu'une chose, et il ne l'a pas, il ne peut pas vivre. Cette souffrance-là, c'est vécu, senti, chez l'homme. Mais en réalité, elle est vécue à deux facettes.
Parce que c'est le manque de présence divine que souffre l'homme qui l'attend, mais en parallèle, c'est aussi la présence divine qui attend son homme et qui n'arrive pas à trouver sa place dans ce monde. Le Rav nous dit: cette souffrance vécue par l'homme, qui n'arrive pas à assouvir sa soif, se passe de l'autre côté, au niveau de la Chekhina, de la présence divine, qui elle aussi souffre de la même façon, de ne pas trouver son endroit.
Ce qu'il dit: ou-mamash tsar ha-Chekhina. C'est la souffrance de la présence divine, de la Chekhina. Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est le contenu de vie de tout le monde, la vitalité de tout le monde, qui aspire, qui désire vers la plénitude divine supérieure, *chetit galeb ha-em, qu'elle se révèle en eux. Chaque monde attend que Dieu vienne le visiter, vienne le remplir de sa présence. Et quand il ne vient pas, il souffre.
C'est quelque chose qui peut être vécu, je crois, très facilement, lo aleinou, par quelqu'un qui quitte la Erets Israël. Et ça peut être très, très bien vécu. Je me souviens: on était à l'approche de Roch Hachana, et un jour avant Roch Hachana, j'ai fait une communication téléphonique. J'ai commencé à parler, il m'a dit: comment ça va ? Ça va très bien, ça va très bien. Et j'ai commencé à pleurer, à pleurer, à pleurer, parce que ça manquait. C'est quelque chose qu'elle portait en elle depuis des années en Erets Israël, dans la vieille ville et tout ça, et puis se retrouver à Toronto, quelque part au fond du monde, même si c'est dans une ambiance sérieuse, mais majeure.
Les mondes sont des mondes qui ont été faits pour que Dieu soit présent en eux, et ils attendent que Dieu vienne les visiter et les remplir. Et ça, c'est la souffrance de la Chekhina, qui a été créée pour habiter le monde et apporter le message divin à tous les recoins de l'existence. Et quand elle n'arrive pas à faire ça, il y a une souffrance divine. C'est ce qu'on appelle sarf ha-Chekhina, une souffrance divine.
Les Hassidout ont beaucoup parlé de ce genre de choses: cette souffrance du divin de ne pas arriver à trouver son équivalent face à lui. C'est la recherche du bien-aimé dans Chir HaChirim. Et ce côté-là, ce n'est pas uniquement le bien-aimé qui est à la recherche de son Dieu, mais aussi le Dieu qui est à la recherche de son bien-aimé.
Comment ? C'est bizarre. Il faut comprendre que cette relation est une relation qui va dans les deux sens. Cet appel à l'amour. L'amour, c'est quelque chose qui se vit à deux. C'est un lien. Même dans Kriat Chema, quand on dit « tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur », il faut comprendre que, pour aimer de toutes ses forces, c'est parce qu'il y a de l'autre côté quelque chose qui est capable de recevoir cet amour.
Surtout ceux qui ont une expérience de l'amour, dans leur famille, avec leurs parents, ou avec quelqu'un qu'ils aiment, savent que c'est quelque chose qui ne peut être vécu qu'à deux. Ce n'est pas un chatzitri, ce n'est pas dans un seul sens, c'est dans les deux.
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