Le Gaon de Vilna, Volojin et le retour d'Israël
Comment le Rav Kook relie la Gueoula, la techouva collective et l'école du Gaon de Vilna.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : La techouva, nécessité de la Torah et du cœur, 49 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente une lettre du Rav Kook, préface d'Orot HaTechouva, qui lie la techouva au retour du peuple d'Israël sur sa terre : sans cette dimension, parler de techouva aujourd'hui passe à côté de l'intention divine. Il s'appuie sur la discussion talmudique entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua sur la Gueoula, puis sur le signe des fruits donnés par la terre d'Israël, relié au Gaon de Vilna et à son école. Il conclut par le chemin patient de la techouva individuelle, où l'âme se réveille et où Hachem attend l'homme avec patience.
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Je me permets de vous demander de relire un texte qu'on a vu quelque part pendant l'année, qui est la préface du Rav Kook à son Orot HaTechouva, mais qui est quand même très lié à ce thème du retour du peuple d'Israël sur sa terre. Je vous invite donc à prendre dans vos textes d'Orot HaTechouva, dans cette édition que vous connaissez, d'Orit Zion, la page Kaf Dalet.
Ceux qui ont suivi les cours cette année se souviendront peut-être un peu du texte, mais c'est un texte suffisamment important pour qu'on le voie encore une fois. Guimel Dalet. En fait, ce texte que je vais lire est la fin d'un texte qui commence à la page précédente, qui est en fait une lettre écrite par le Rav Kook. C'est dans sa correspondance.
Vous savez qu'on a rassemblé une série de textes du Rav Kook, qui s'appelle Igrot Reia. Igeret veut dire, en fait, une lettre. Et dans ces lettres, le Rav touche souvent à des thèmes profonds, d'une façon très spécifique, dans la mesure où celui qui le reçoit de l'autre côté est quelquefois quelqu'un de très grand, à qui il sait qu'il peut s'adresser. Donc le texte n'est pas toujours simple, parce qu'il s'adresse déjà à quelqu'un de très initié.
Dans ce texte-là, il se pose d'abord des questions par rapport au thème de la techouva, et à l'intérieur de cela, il dit la chose suivante. Il insiste énormément sur le fait que parler de techouva de nos jours… il écrit cela il y a à peu près une centaine d'années. Mais le Rav Kook, il y a une centaine d'années, nous dit que ce thème n'est plus actuel pour nous maintenant. C'est la grandeur du Rav Kook: c'est un voyant qui a vu juste de très, très loin, de beaucoup, beaucoup, beaucoup de centaines d'années devant lui. C'est-à-dire qu'il reste profondément actuel.
J'étais en train de parler avec un ami, ils ont étudié dernièrement, hier soir, un texte avec tout un groupe de Français qui sont venus et qui ne connaissaient pas le Rav Kook.
Le Rav Kook dit la chose suivante: le thème de la techouva est un thème qui se vit à différentes dimensions, mais essentiellement à une dimension qui est celle de la techouva collective du peuple d'Israël.
Cette techouva collective du peuple d'Israël est quelque chose de profondément lié à l'identité juive, dans la conception que le monde d'en haut a de cette identité: le peuple de Dieu sur sa terre. Am Israël a quitté la terre d'Israël il y a 2000 ans. Il a perdu finalement cet espoir de vivre ce qui était au départ, apparemment, ken, l'idéal de la création, c'est-à-dire une humanité centrée sur un peuple de Dieu sur sa terre, capable finalement de diriger le monde entier, ken, sous le message vécu profondément par ce peuple sur sa terre. On a quitté cette dimension. On nous a envoyés, on n'était pas à la hauteur, apparemment, on avait besoin de passer par…
Deux mille ans d'épreuves dans le monde entier pour reprendre le contact avec toute l'humanité, passer par de terribles souffrances pour nous renouveler, grandir et apparaître à nouveau sous la forme d'âmes capables, elles, de réaliser à nouveau ce projet et de le réussir. Mais le Rav dit: si on veut parler de techouva à notre époque, ça a été dit il y a cent ans mais ce n'est plus actuel, et si on ne voit pas que ça passe par le retour d'Israël sur sa terre, on passe à côté.
Parler de techouva de nos jours, avec quelque chose qui soit authentique, qui parle vraiment de ce que l'intention divine veut pour son peuple, pour chacun de nous, particulier et collectif, ça passe par le retour d'Israël sur sa terre. Si on ne voit pas ça, on est à côté.
Maintenant, pour comprendre son texte, le Rav développe un thème que vous avez peut-être entendu. Je ne sais pas si vous l'avez fait, on en a parlé à l'époque. Il y a une Guemara dans Sanhédrin dans laquelle se présentent deux géants de la pensée juive: Rabbi Eliezer HaGadol, d'une part, et Rabbi Yehoshoua, d'autre part. Ce sont deux types de personnes qui se complètent à l'intérieur d'Israël.
Rabbi Eliezer HaGadol est le fils d'un riche agriculteur, un richissime agriculteur, qui, à 20 ans, dit: « Shalom papa, ce n'est pas pour moi, je vais étudier à Yavné, chez Rabbi Yochanan ben Zakkaï, je veux changer ma vie. Ma réponse à la vie, ce n'est pas ce que je trouve autour de moi maintenant. Moi, je vais ailleurs. » Son père le déshérite, et il s'en va. Il arrive chez Rabbi Yochanan ben Zakkaï et il écoute de la façon la plus assidue qui soit. Rabbi Yochanan ben Zakkaï dit de lui que c'est une citerne qui ne perd pas une goutte d'eau. Il est dit dans Pirkei Avot: « Bor sod shé-einо mabdil tipa ». Il n'est pas capable de perdre une goutte de tout ce qu'il entend.
Rabbi Eliezer dit que tous les enseignements qu'il a reçus, il les a retenus, et que tout ce qu'il enseignait dans sa vie, il l'a reçu de ses maîtres. Mais c'est un Baal Techouva, quelqu'un qui vient de loin, qui, par le mérite de l'effort de se dépasser dans la Torah, a grandi et est devenu d'une stature énorme.
À la fin de sa vie, il y a un thème tragique: il y a eu une grande makhloqet entre lui et Rabbi Yehoshoua, où finalement il a été mis de côté parce qu'il n'a pas accepté la position de l'ensemble des hakhamim, qui avaient un avis différent du sien. Il a été, en quelque sorte, excommunié. Il y a eu un problème, une tragédie autour de cela. Mais c'est autre chose. Dans la Guemara, on n'en parle pas: on parle de Rabbi Eliezer dans toute sa vigueur.
Et face à lui se présente Rabbi Yehoshoua. Rabbi Yehoshoua, c'est le type du tsadik de naissance. Quand sa mère était enceinte de lui, elle parcourait toutes les maisons d'étude de Jérusalem et demandait à tous les talmidei hakhamim de l'endroit de prier pour que l'enfant qu'elle portait soit un talmid. Et quand il est né, il est né, apparemment, avec des capacités extraordinaires d'étude. Elle l'a mis dans un berceau, dans une beit hamidrash, et depuis son enfance, depuis l'âge zéro, cet enfant a grandi bercé par le chant de la Torah. C'est donc un tsadik gamour depuis son enfance: Rabbi Yehoshoua ben Hananya.
Ces deux colosses, Rabbi Eliezer, Baal Techouva, et Rabbi Yehoshoua ben Hananya, tsadik gamour, discutent de la Gueoula d'Israël, de la fin des temps. Ils sont encore en Israël, ils n'ont pas encore quitté Israël. Vraisemblablement, la destruction du Temple a déjà eu lieu, on est au milieu de cette époque-là. Ce sont des élèves de Rabbi Yochanan ben Zakkaï, qui est finalement celui qui a vu la destruction du Temple. Il a parlé avec Vespasien, il a essayé de tirer le maximum d'une situation spéciale dans laquelle il s'est retrouvé, où il a annoncé …
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