Pleurer sur Jérusalem : la pureté intérieure du deuil
Rav Yaakov Nahon explique le passage de Rav Kook sur le deuil de Jérusalem et le lien entre pureté et souffrance collective.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Le Gaon de Vilna, Volojin et le retour d'Israël, 47 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente un passage du Rav Kook sur le deuil de Jérusalem : seul celui dont l'intérieur est purifié peut vraiment pleurer la destruction et participer à la joie future, et ce deuil est un mérite, non une simple émotion. Le cours aborde ensuite la conscience morale que chaque âme juive porte en elle, ainsi que la façon dont une crise intérieure peut conduire à un effort spirituel intense avant un retour à l'équilibre. Il revient enfin sur la pureté rituelle, la sensibilité du cœur et la force de caractère nécessaire pour traverser ces étapes.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bon. On était quelque part dans le Perek Yud Guimel, pour autant que je sache. Vous allez me reconfirmer ça. Moi, je vous propose qu'on reprenne au Perek Yud Guimel, qui est à la page Tsadik Guimel, le paragraphe Guimel. Tout ça, c'est Guimel, Guimel, Guimel. Déjà, tu es sûr ? Sûr.
N'empêche que le Dalet, je ne sais pas si on l'avait fait. C'est sûr ? C'est sûr qu'on a fait le Hé, étoile, et le Hé. Il n'y a pas de Hé et étoile dans le Perek de Guimel. Hé ? Ah oui, oui, ça, on l'a fait. Je vais quand même regarder avec vous le Dalet. C'est un petit passage, quelques lignes. Page Tsadik Guimel, au bas de la page. Il y a un petit paragraphe de quatre lignes.
Quatre lignes. On a l'impression qu'il y a un enseignement qu'on entend à l'époque de Bein HaMetsarim, autour de Ticha BeAv, autour de Jérusalem: Mi shemitsta'er al Yerouchalayim roé beSimchata. Vous connaissez cette expression ? Celui qui est capable de porter le deuil de Jérusalem, le jour venu, il aura aussi le droit de participer à sa joie.
Mais quand tu entends ça, on te présente le fait de souffrir sur Jérusalem comme un mérite que tu as de ton côté. Or vous allez voir que le Rav te dit que ce n'est pas n'importe qui qui est capable de souffrir la souffrance de Jérusalem. C'est une question de tikkoun intérieur. Ce n'est que celui qui a épuré son monde intérieur qui est capable d'arriver à pleurer sur Jérusalem. Ce n'est pas tout le monde qui pleure.
C'est-à-dire que si tu pleures, c'est simanto. — Comment ? C'est-à-dire ? — Quand tu es seul, tu es devant le Kotel tout seul, tu ne vas pas jouer devant lui. C'est vrai, tu peux, dans un tikoun, faire la journée de Ticha BeAv comme si tu pleurais, alors que tu ne pleures pas. Tout est possible.
Vous connaissez le syndrome de Jérusalem ? J'en ai entendu parler, mais qu'est-ce que ça veut dire réellement ? C'est-à-dire que ces gens-là, tout d'un coup, parce qu'ils sont à Jérusalem, il leur arrive quelque chose comme ça ? C'est-à-dire qu'ils sont pris d'une attaque spirituelle, un truc comme ça, qui les fait, quelque part, perdre un peu leur équilibre, leur équilibre spirituel. On en parle.
Bon, Moshé, tu vas lire le Dalet à très grande voix, très très fort, dix fois plus que tu peux. Tsadik Guimel, au bas de la page.
Keshidesh yikadesh uverachav, uyitaken midot midav, veyishuv yitshuvah shelema, ash-da-ve-tsaharat hatsibour... beomek ela ve-ala, vehatsema... sekhar, sekhar, mitsva, mitsva... che-zohim lazé rake, zahi zakeh, zakeh, zakeh, anefesh tamimi, derekh oulchim betorat, betorat Hachem.
Le Dalet, c'est le tétragramme. Vous allez voir, ce que dit le Rav est, je vais dire, inattendu.
Il faut comprendre le message. Il n'est pas possible pour l'homme d'être désolé, d'être souffrant, ki'im si ce n'est que cet homme-là, yekadesh uderachav, qu'il ait sanctifié son chemin. C'est-à-dire qu'il s'est purifié, qu'il fait attention à sa façon de vivre, à ses yeux, à sa bouche, à ses oreilles, à ce qu'il étudie, veheshoule, il se sanctifie. Il s'éloigne de tout ce qui peut s'appeler touma dans ce monde, et ça ne manque pas. Veyetaken kol midav: donc sa façon de se comporter, son caractère, ses traits de caractère, ses midot.
Veyachouv et techouva chelema: alors, une fois que cet homme a fait son cheminement, si c'est quelqu'un qui était loin et qui a fait techouva, si c'est quelqu'un de pur, qui a continué à rester dans son chemin de droiture, alors dans ce cadre il pourra vraiment participer à la souffrance collective d'Israël. Sinon, non. Honnêtement, réellement, vraiment.
Et regardez ce que dit le Rav ensuite. La participation à la souffrance collective, la douleur collective, est dans la profondeur de son cœur, en soi-même. Regardez ce qu'il dit: ei gam ken sakhar mitsva. Sakhar, c'est quoi ? — J'entends bien. — Un mérite. Un mérite ou un salaire. C'est-à-dire que tu as obtenu quelque chose. C'est un gain. Le fait que tu es capable de pleurer et de participer à la souffrance, c'est un zekhout. C'est un mérite, et c'est, j'allais dire, c'est terrible, c'est une joie.
Dans la mesure où tu vis une dimension de communion, dans sa profondeur, avec le collectif d'Israël, qui est un collectif saint, dans lequel, qui sait, le kavod, la Présence divine, est là-bas quelque part, tu participes à quelque chose qui est profondément essentiel. C'est un sfrout. Même si ça se traduit par une souffrance.
Le fait de pouvoir participer à la souffrance de la Chekhina, c'est vrai que c'est une souffrance, c'est vrai que c'est une douleur, mais c'est une grandeur. C'est une grandeur qui te remonte. Il y a quelqu'un qui arrive au Kotel le jour de Ticha BeAv, et qui a le tsiroufe de pleurer, vraiment, authentiquement, et ça coule. À la fin de son Ticha BeAv, il a grandi. Il a créé des liens, des liens essentiels. Et quand tu participes réellement, comme un vrai frère, à la souffrance de ton frère, d'un côté c'est une souffrance, mais de l'autre c'est un lien que tu as créé, un lien qui t'a édifié, qui t'a construit. Tu portes en toi cette force.
Chacun de nous porte une âme juive. Mais dans quelle mesure il a permis à cette âme juive de s'exprimer pleinement au fond de lui-même, ça dépend de chacun. Ce n'est pas tout le monde qui permet à son âme de s'exprimer.
Quand on te dit tsara tsibour, c'est la souffrance collective. La souffrance collective, c'est, par exemple, la destruction du Temple. C'est, par exemple, le fait que, frère, Dieu nous garde, on soit vaincu dans une guerre, qu'il y ait des prisonniers et qu'il y ait une souffrance terrible de tout le monde. Oui, mais enfin, ce n'est pas du tout évident que quelqu'un qui se retrouve dans son petit patelin, juif, tout en étant juif, un jour de Ticha BeAv, soit capable de vivre vraiment l'expression de Ticha BeAv.
Il y a des gens qui vont, moi j'ai connu, à la synagogue le jour de Ticha BeAv, et qui sont capables, par exemple à Paris, de pleurer réellement sur la destruction du Temple. Ce n'est pas évident que tu trouves ça.
Quand tu es à Jérusalem, quand nous avons la chance de nous retrouver à Jérusalem, à côté des pierres de Jérusalem, c'est un choix. Dans ce cas-là, pour nous, quand tu te trouves dans une choupa, que tu dis Meshakh khayri Oushalaïm et que tu portes en toi le Kotel, tu as le droit de pleurer. Ça se fait. Ça se vit, ce genre de choses. Mais ce n'est pas donné partout.
Nous, déjà, qui habitons Jérusalem, nous avons fait un bon petit chemin, Baroukh HaChem. Ça fait partie de nos mérites: le fait qu'on a su choisir entre différentes possibilités, qu'on est ici et qu'on n'est pas à New York. — Oui. — Par exemple, oui. Ou une recherche d'authenticité humaine, qui, dans le cas d'un juif, est la …
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