La souffrance de la techouva selon le Rav Kook
Pourquoi la souffrance accompagne le retour à soi, et comment elle réveille l'âme vers la lumière divine.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Pleurer sur Jérusalem : la pureté intérieure du deuil, 43 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente le Orot HaTeshouva du Rav Kook, dont le thème central est la souffrance liée à la techouva : la douleur de l'homme qui arrache en lui des tendances négatives, celle de l'âme qui se reconnaît fautive, et la souffrance de la présence divine qui attend qu'Israël devienne méritant. Il montre que la faute déforme le regard sur le monde, et que la techouva le redresse peu à peu. Ce cours est dédié à la mémoire de Chagai ben Noah, soldat tombé il y a une dizaine d'années.
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Shalom. On m'a demandé de faire ce shiour leilouï nichmat Chagaï ben Noah, un soldat qui est tombé il y a déjà une dizaine d'années, à peu près, à cette époque-ci. Nous sommes à l'intérieur du Orot HaTechouva.
Le sujet central, c'est la douleur, autour du thème de la techouva, mais elle peut être vécue de différentes façons, sous différents angles. Nous avons déjà vu une partie des paragraphes de ce chapitre. Certains insistaient sur la souffrance qu'il y a à décider d'extirper du fond de soi des tendances négatives que l'on a acquises sans savoir comment.
Ces tendances, à un moment donné, dans sa maturité, apparaissent à ses yeux comme négatives, et il les reconnaît. Il veut les enlever de lui-même. Le Rav décrit, au tout début du paragraphe Alef, la souffrance de la personne qui décide de déraciner en elle des tendances qui font partie, dans un premier temps, de tout son équilibre, de sa personnalité. Depuis qu'il est enfant, il a appris à réagir comme ceci et comme cela, et c'étaient des réactions qui, à ses yeux, étaient positives. Puis un jour il réalise que ce n'est pas cela. Et quand il décide qu'il faut changer, c'est parfois difficile, cela fait mal.
D'autres rencontres avec la souffrance, dans un contexte de techouva, sont décrites par le Rav. Ce que nous avons vu la dernière fois, au second paragraphe, est très beau: le Rav décrit le fait que l'homme qui fait techouva rencontre une dimension de souffrance qui est, en fait, le fait d'avoir accepté de regarder en lui-même, alors que, jusqu'à maintenant, il avait refusé de regarder la douleur de son âme devant sa faute.
Le jour où cette personne fait techouva, elle décide de voir en face ce qu'elle porte en elle, comme tendance, comme souffrance. Elle découvre la souffrance de son âme devant ses fautes. Et c'est tout un monde. Le Rav le décrit dans le paragraphe Bet, que nous avons déjà vu: l'homme saisit la souffrance de son âme face à ses fautes, et il reconnaît en fait le bien qu'il y a dans cette souffrance, dans la mesure où elle réveille son âme, la purifie et lui fait prendre conscience que ce n'est pas cela. C'est à travers cette rencontre avec la souffrance qu'il quitte cette mauvaise tendance pour devenir quelqu'un d'autre. C'est donc aussi une dimension de souffrance que le Rav décrit ici, dans ce chapitre.
Je fais un petit saut. Je voudrais reprendre avec vous quelque chose qui, je crois, a été vu au paragraphe Vav, à la page Noun Ḥet, au. Oh non, nous arrivons au Vav. Je ne sais pas… je voudrais savoir si nous avons fait le Hey ensemble ou pas. Tu es sûr que nous n'avons pas fait le Hey ?
Le message du Dalet, j'en ai un peu parlé la dernière fois, mais je crois qu'il va ensemble avec le Guimel. J'ai insisté là-dessus la dernière fois: le Rav dit à la personne qui a un regard négatif sur le monde, à ceux qui voient le monde de façon noire, qui n'aiment pas le monde, les pessimistes, les professionnels du pessimisme, que ça existe. On en trouve parfois. Au fond des prisons, il y en a. Quand on s'y promène, on les trouve quelquefois.
Le Rav insiste énormément sur le fait qu'il faut savoir que ce regard négatif, noir, est le résultat d'un comportement noir. Le mot-clé qu'il utilise est Mi'Rechaïm yetzerékha. C'est-à-dire que le comportement mauvais, le fait que l'homme, malgré le fait qu'il connaît le bien et qu'il connaît le mal, ne quitte pas le mal qu'il porte en lui, qu'il ne lutte pas contre ses tendances négatives, qu'il les laisse grandir peu à peu, cela change son monde intérieur: il n'arrive plus à voir le monde comme il le faisait. La faute déforme le monde intérieur de l'homme. Et inversement, la techouva, le fait de corriger, de faire les choses comme il faut, redresse peu à peu.
Le comportement de l'homme se redresse, et en même temps son regard se redresse. C'est un message, un leitmotiv chez le Rav, sur lequel il insiste énormément, et il en parle beaucoup dans ce paragraphe.
Maintenant, prenons le paragraphe Hey, qui est un paragraphe plein de finesse et qui permet de comprendre un peu l'esprit de la Hassidout. En deux mots, avant d'entrer dans le détail du texte: le Rav dit que l'homme qui souffre au fond de lui-même parce qu'il n'arrive pas à assouvir son désir d'être meilleur… J'en ai parlé la dernière fois: je crois que nous, qui vivons à Jérusalem, avons beaucoup de chance, parce que nous sommes entourés de tant de belles lumières.
Et de tant de kedoucha. Quand on veut la chercher, on sait où elle se trouve, et une bonne volonté pour grandir dans le monde de la Torah est bénie. C'est-à-dire que faire techouva en plein Paris est difficile; faire techouva en plein Jérusalem est facile. C'est humain, c'est normal, c'est naturel. L'air qu'on respire, à Jérusalem, c'est la propreté.
Quand on monte vers Jérusalem, même si Israël est une terre sainte, lorsqu'on monte vers Jérusalem et qu'on s'en rapproche, on se rend compte qu'on arrive à un endroit où chercher la kedoucha, chercher la Torah, est normal, est naturel. Et ce n'est pas partout que la rencontre avec la kedoucha est une chose naturelle. La majorité du monde n'est pas comme cela. Jérusalem, si.
Jérusalem est vraiment une terre dans laquelle il y a la bénédiction pour celui qui essaie de grandir dans le monde de la techouva. C'est fait pour cela. C'est là que se trouve le Temple, et le Temple est l'endroit où tout passe, où tout se renouvelle, où l'on change. Celui qui veut se renouveler, qui se prend en main, qui décide un beau jour de se rapprocher, même si ce n'est pas à l'intérieur du Temple, quelque chose se passe. S'il veut changer, il peut changer.
Le Rav décrit ici quelque chose qui, pour des gens qui commencent à découvrir le monde de la Torah, est courant. C'est l'homme qui a senti l'odeur de la kedoucha, qui a senti l'autre chose qu'il y a dans l'approche du Kodesh. C'est un acquis pour lui: il l'a senti. Mais il n'a pas réussi
à remplir son être de cette dimension-là. Mais il sait ce que c'est. Il a décidé d'évoluer, de changer, d'aller à la recherche de cette lumière. Et dans cette recherche, il y a une souffrance quand on n'arrive pas encore à posséder son monde intérieur. Le Rav dit que cette souffrance, vécue par l'homme qui cherche la rencontre avec Dieu et ne la trouve pas, est en réalité la même souffrance que celle de Dieu qui cherche l'homme et ne le trouve pas. Il y a…
Il y a une équation de rencontre entre l'homme et son Dieu, le divin, la présence divine, qui se joue à deux pôles. Nous vivons de notre côté, mais le Rav te dit: sache que, dans cette recherche que tu as pour assouvir ton désir de divin, tu rencontres une force qui, de …
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