Exil, Gueoula et souveraineté selon le Maharal
Les trois marques de l'exil, la définition halakhique de l'indépendance et le sens politique de la Gueoula.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : La souffrance de la techouva selon le Rav Kook, 52 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon explique que la Gueoula, au sens de la halakha et selon le Maharal de Prague, est un événement d'abord politique : la fin de l'asservissement d'Israël aux nations, défini par la souveraineté (monopole de la force armée et de la monnaie), et non une autarcie. Il montre que l'exil est une punition et non une vocation, en s'opposant à la thèse du Rav Shimshon Raphaël Hirsch, et que la prière de Tekaa beShofar Gadol exprime ces étapes de rassemblement, du retour des exilés puis des éloignés. Il conclut par le sens du retour des juges, de la royauté de Hachem et de la Mishkan qui fonde la société d'Israël.
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Il s'agit de notre délivrance, donc d'en finir avec l'asservissement d'Israël aux nations. D'accord ? Oui, mais le mot Gueoula n'apparaît pas ici. Je veux bien, mais le mot Gueoula n'apparaît pas. Bon. Donc je reprends ici.
« Pour rassembler nos exilés. » Je crois que tu as une difficulté à trouver le texte, n'est-ce pas ? Tu n'as donc pas trouvé le texte. Ça s'appelle avoir une difficulté à trouver le texte. Il n'y a pas de pasouk, parce que ce n'est pas dans le Tanakh. Mais si tu veux, je peux t'aider.
— Je veux bien, oui. Parce que je vois que…
Nes veut dire également un miracle, mais dans ce contexte, ça veut dire un étendard, c'est-à-dire ce qui est élevé au-dessus d'une multitude.
Le miracle aussi est élevé au-dessus de la nature. Lehyt noses, le verbe lehyt noses, signifie « s'élever » en hébreu. D'accord ? Donc vessa nes lèv sa, ça veut dire lèv. C'est donc un étendard pour assembler nos exils.
Il est intéressant de préciser la notion qui revient souvent dans la tradition, la notion de Gueoula, justement évoquée ici. Qu'est-ce que l'on entend par le mot Gueoula ? C'est très important à comprendre, parce que des énormités sont parfois proférées à ce propos, et il faut donc remettre les choses en place. Je voudrais être utile en citant le Maharal de Prague. Dans son livre Netzach Israël, au premier chapitre, il explique quels sont les trois éléments de l'exil. Si nous savons quels sont les trois éléments qui définissent l'exil, nous saurons donc quels sont les trois éléments qui définissent la Gueoula. Est-ce que je me trompe ? Oui ou non ?
— Non, vous ne vous trompez pas. C'est ça ?
Les trois éléments qui définissent l'exil d'après le Maharal, c'est premièrement être en dehors de chez soi, deuxièmement être dispersé, et troisièmement être asservi, politiquement parlant. Et donc, qu'est-ce que la Gueoula ? C'est être chez nous, rassemblés,
— Et indépendants.
Non. Il y a soit asservissement, soit indépendance. Je ne vois pas très bien ce qui peut…
— Non. Non. Non. Non. Non. Je reprends ta question pour que nos auditeurs sachent de quoi il s'agit. Tu dis: on peut être indépendant et asservi quand même, comme par exemple dans la situation actuelle. Nous avons une indépendance politique et pourtant nous dépendons des autres.
C'est totalement faux. Ce que l'on appelle l'indépendance, dans la halakha, n'est pas l'autarcie. L'autarcie, cela veut dire n'avoir de comptes à rendre à personne. C'est totalement faux, et cela n'a d'ailleurs jamais existé. Il n'y a jamais eu d'État dans le monde en autarcie totale. Peut-être l'Empire romain à un moment. Ce que l'on appelle indépendance, c'est ce qu'on appelle la souveraineté, c'est-à-dire, du point de vue de la halakha, avoir le monopole de la force armée et de la monnaie.
C'est ça qui définit une malchoute, c'est-à-dire une indépendance politique, une entité politique qui a le statut de malchoute dans la halakha. Et ces deux conditions-là sont effectivement remplies par l'État d'Israël. L'État d'Israël est une entité politique qui a le monopole de la force armée et qui a également le monopole de la monnaie. D'accord ? C'est ce qu'on appelle une malchoute.
Donc, du point de vue du Maharal, du point de vue de la halakha, ce qu'on appelle la Gueoula est un événement totalement politique, politico-social. Il n'y a aucune connotation mystique ou spirituelle à la Gueoula elle-même. C'est-à-dire que dans la définition de la Gueoula, on n'intervient pas d'éléments spirituels. D'accord ?
Cela ne veut pas dire que cela n'entraîne rien. Au contraire, ce que nous ont dit les prophètes, c'est que la libération d'Israël va causer d'énormes bouleversements sur le plan spirituel. Mais la Gueoula elle-même n'est pas un événement spirituel, c'est un événement politique. À ce propos, il y a eu un débat il y a assez longtemps. Il y avait un juif de…
Les rabbins lui ont dit…
C'est intéressant, ce que tu dis, mais c'est en dehors du judaïsme. Bye bye.
— Et bien, parce que l'aspiration messianique dans le peuple juif a toujours été, en premier lieu, de veiller à la libération politique d'Israël. Le juif en question, il s'appelait Jésus. Oui. D'ailleurs, c'est intéressant de voir que c'était là l'argument qu'il avait contre les rabbins, ce qui prouve bien que la tradition juive considérait qu'il fallait d'abord passer par l'indépendance politique.
La raison en est que le projet d'Israël est un projet politique. Mais pourquoi ? Parce qu'on pourrait très bien se cantonner dans le religieux. Mais dans ce cas, la religion ne réussirait à transformer que l'individu et non la collectivité. Or c'est la collectivité, avec son moyen d'action, ce qu'on appelle la politique, qui est le levier essentiel de tout ce qui se passe dans le monde.
Je voudrais citer à ce propos un livre écrit par un Français, peut-être en avez-vous entendu parler, un certain Victor Hugo. Oui, Victor Hugo. Il écrivait bien, il écrivait bien, il écrivait bien. Parmi les nombreux livres qu'il a écrits, il y a Les Misérables. Ça vous dit quelque chose ?
— Je n'ai jamais lu Les Misérables.
Ça vaudrait la peine. La thèse qui sort du livre Les Misérables, c'est que la société est pourrie, mais qu'il y a quelques hommes de bien, des hommes de Dieu, qui peuvent un peu adoucir la douleur de l'existence. Il y a un évêque, il y a Jean Valjean, et ainsi, des gens de bien un peu partout.
C'est à peu près la thèse de Victor Hugo. Il y a bien sûr également une note d'espoir: il espère qu'un jour cela va changer. Mais il faut bien comprendre que le religieux se cantonne dans la vie individuelle, la vie de l'âme, la vie spirituelle. Jésus l'avait d'ailleurs bien dit: « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Cela veut dire que, dès le départ, dans le christianisme, il y a eu un abandon de la politique. Ceux qui vont s'occuper de politique, ce sont les méchants; les hommes de bien, les hommes de Dieu, vont s'occuper des choses de l'âme. Et d'une certaine manière, cela veut dire que ce sont les méchants qui vont gagner.
Alors, en galout, nous avons vécu comme cela. Exactement. Ce que tu dis est très vrai: la galout a été pour nous une catastrophe. Nous vivions, malgré nous, en dehors de notre projet. Cela fait seulement soixante ans que nous avons rétabli les conditions qui nous permettent d'agir.
Il y a eu, dans le projet de l'histoire, le projet de la galout. La galout fait partie d'un projet. Mais je tiens à rappeler quelque chose qui est écrit dans la Torah: la galout est une punition. Ce n'est pas une vocation.
Au XIXe siècle, une thèse a été développée en Allemagne par des rabbins, par un rabbin, selon laquelle la vocation du peuple juif serait la galout. La grande idée de ce rabbin, le Rav Chimchon Raphaël Hirsch, qui était quand même quelqu'un de très haut niveau, était la suivante: tant que nous …
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