Le silence, garde de la sagesse selon la Michna
Shimon ben Gamliel enseigne que la parole doit mener à l'acte, et que le silence protège la pensée.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Le Rambam et la distinction entre Mitnabe Bashem et Mitnabe Beshem Avodazara, 54 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente la Michna Yud Zayin de Pirkei Avot, transmise par Rabban Shimon ben Gamliel, qui affirme n'avoir rien trouvé de meilleur pour le corps que le silence. Il explique que la parole, même lorsqu'elle est juste, doit rester au service de la pensée et de l'acte, et que la Torah vise la vie concrète dans ce monde. Il s'appuie aussi sur les cinq catégories de parole établies par le Rambam, en insistant sur la mauvaise langue (lachon hara), qui sépare les hommes alors que la Torah cherche à les unir.
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Donc, on se retrouve dans notre Pirké Avot. On arrive vers la fin, à la Michna Yud Zayin, qui est rapportée par Rabbi Shimon ben Gamliel. La dernière fois, nous avons vu l'enseignement de Rabban Gamliel. Maintenant, nous arrivons à l'enseignement de son fils, Shimon ben Gamliel. Comme je vous l'ai dit la dernière fois, nous avons quitté les Ougot, dans lesquelles l'ensemble de la Torah était transmis dans sa totalité. Maintenant, ce sont des personnes, une par une, qui sont présentées, indépendamment les unes des autres.
On va lire cette Michna. Si tu veux bien, tu essaies de la lire en levant la voix. Vas-y, Shimon Beno, vas-y. Revenons sur cette Michna, on va d'abord la traduire. Attends, je relis: Chimon ben Gamliel dit:
« J'ai grandi toute ma vie parmi les hachamim, et je n'ai rien trouvé de meilleur pour le corps que le fait de se taire. »
On reviendra sur ce passage. Ce qui est dit par Shimon ben Gamliel au début, Kol yamaï gadalti bein ha-hachamim, « j'ai grandi parmi les hachamim depuis mon enfance », c'est le message d'une Torah décantée. C'est-à-dire que, premièrement, c'est la famille des Nessim d'Israël depuis Hillel. C'est une famille dans laquelle la responsabilité de l'enseignement de la Torah et la responsabilité torique par rapport à la communauté d'Israël sont vécues depuis déjà plusieurs générations, quand on arrive à Rabbi Shimon Gamaliel. Et ce n'est pas une Torah qu'on rencontre pour la première fois. C'est une Torah qui a déjà fait ses preuves, qui a été transmise de père en fils avec l'expérience du temps.
Vous verrez aussi, dans votre propre vie, que ce que vous pensez de la Torah aujourd'hui est différent. Si vous vous en souvenez, avec l'aide d'Hachem, dans cent ans, quand vous reviendrez à votre approche de la Torah après des années, l'essentiel de la Torah paraît parfois de façon très différente. Ici, c'est quelqu'un qui a des générations d'expérience de la Torah. Une Torah décantée.
J'en avais déjà parlé à propos de la responsabilité par rapport à la communauté d'Israël. On avait vu un enseignement au nom de Haftalyon, dans lequel on nous conseillait de s'éloigner de la responsabilité publique. Or, nous verrons dans le Pérouch de Rabban Gamliel, qui est de la descendance de Hillel, qu'il ne peut pas dire une chose pareille. On ne peut pas, d'une certaine manière, dans une continuité, abandonner la responsabilité de la communauté d'Israël. Il faut qu'il y ait une adresse, et il faut se préparer à ça. Il faut savoir comment on aborde cela. On ne peut pas quitter cette responsabilité et la laisser à qui ?
La même chose vaut pour l'expérience de la vie de tous les jours. Cette rencontre entre la relation à la parole, ce n'est pas quelque chose d'évident. D'une part, nous sommes dans le monde de la Torah. Dans le monde de la Torah, la parole est placée au plus haut de la réalité, à travers les dix Maamaroth par lesquels le monde a été créé. On pourrait attendre qu'on me dise: moi, j'ai l'expérience de la Torah, la parole est quelque chose d'extraordinaire. Or, nous avons ici quelqu'un qui a
l'expérience de la Torah, qui sait ce que c'est que le Dvar Torah, qui sait ce que c'est que la qualité du message qui passe à travers la parole de la Torah. Et cependant, il nous dit: Lo matsati lagouf tov mi-shtika, je n'ai rien trouvé de meilleur que le fait de se taire. Il faudra réfléchir à cela, alors qu'il est évident que c'est quelqu'un qui a grandi au milieu de la Torah.
Il continue: Lo ha-midrash hou ha-ikar ela ha-maasse. Ce n'est pas le commentaire, c'est-à-dire les paroles, qui est l'essentiel. L'essentiel, c'est le fait d'agir. Et encore une chose: Vekol ha-marbeh devarim mevi lidei het. Celui qui abonde en paroles risque d'apporter la faute; le mot het, c'est rater sa direction. Il y a différentes approches par rapport à ce qui est transmis ici.
Premièrement, je reviens sur ce qui est dit tout au début: Kol yamaï gadalti bein ha-hachamim velo matsati lagouf tov mi-shtika, le fait de se taire. Nous savons, et nous le verrons aussi dans Pirké Avot, que les sages disent: « Faites une barrière pour protéger la Chokhmah », et cette barrière, c'est le fait de se taire. Le Maharal développe un thème autour de cela, dans la mesure où il explique qu'en réalité, chez l'être humain, la force de la pensée et la force de la parole sont deux forces qui se complètent, mais qui parfois se font au détriment l'une de l'autre. Et la parole est en réalité beaucoup plus proche de ce qu'on peut appeler le gouffre que ne l'est la pensée.
La pensée est quelque chose qui sort de l'être humain et qui prend place à un autre niveau. La parole est quelque chose de courant, même chez celui qui n'est pas Chakham. La Chokhmah n'existe réellement que chez le Chakham; elle est à un autre niveau. Et si l'on veut préserver le monde de la Chokhmah, il faut savoir se taire. Bien sûr, dans certains cas, il faut parler. La parole est en fait l'expression de la pensée qui s'impose, et la parole doit être son expression. Mais lorsque la parole s'impose en tant que parole, en tant que force, c'est parfois au détriment de la pensée.
Or, la qualité humaine, l'essence de l'homme, c'est sûr que c'est une essence de quelqu'un qui parle, c'est une Néfech medabéret, mais la qualité spéciale de l'homme se situe au niveau de sa Chokhmah. Il faut savoir protéger la Chokhmah. Le Rambam et tous les commentateurs disent que l'un des signes d'une bonne famille en Israël, c'est la capacité de se taire. Ils disent par exemple que le signe du bon pedigree juif à Babel, ce sont les familles qui savent se taire.
Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas parler de la Torah. Nous en verrons, nous reviendrons là-dessus tout de suite. Mais il faut savoir mesurer l'importance de la Chokhmah, c'est autre chose.
J'avance dans la Michna. Elle dit ensuite: « Ce n'est pas le commentaire qui est l'essentiel, mais le fait d'agir. » Dans notre édition, ici, la Bartenura est à la fin du livre, et je vous lis ce qu'elle dit: entre celui qui parle, qui enseigne ou même qui apprend ce qu'il faut faire, et celui qui fait, le mérite est plus grand chez celui qui fait. Si je compare celui qui enseigne et qui apprend, mais qui n'a pas encore fait, qui a l'intention de faire mais n'a pas encore agi, à celui qui a fait, l'essentiel du mérite est chez celui qui a fait. Cela est aussi très en rapport avec l'esprit de la Torah.
L'esprit de la Torah: la Torah est un enseignement de vie, mais c'est un enseignement de vie dirigé vers la vie dans ce monde, dans lequel l'acte est l'expression de la vie. L'être, le Talmid Hachem, est un être vivant, plein de rouhaniout, plein de spiritualité, …
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