Torah et Talmud : la morale inscrite au cœur juif
Le Rav Kook montre que l'étude de la Torah révèle ce qui est déjà en nous, à partir du paragraphe guimel de la page Mem Zayin.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : L'acte et l'empreinte qu'il laisse dans l'âme, 16 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente le paragraphe guimel de la page Mem Zayin des écrits du Rav Kook : la nature humaine porte une tendance naturelle à respecter la morale, et chez le Juif cette tendance s'oriente vers la Torah. Il explique que l'étude ne fait pas découvrir du neuf mais révèle ce qui est déjà en nous, à la manière d'une rencontre avec quelque chose de perdu. Il développe ensuite l'idée que la faute et l'éloignement de la Torah naissent d'une chute morale, et que le retour d'Israël sur sa terre ramènera peu à peu le peuple à sa nature et à sa relation à Dieu.
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Le thème du guimel à la page Mem Zayin. Je crois que tu pourras trouver un livre, ce sera rien, si tu vas arriver à en trouver. Bon, je reprends, si vous voulez, le paragraphe guimel de la page Mem Zayin. Dans ce paragraphe, le Rav veut insister sur la chose suivante. Il y a, dans la nature humaine, une tendance naturelle à respecter les lois de la morale au niveau du collectif humain.
Maintenant, qu'est-ce que ça veut dire ? Il faut être, je crois, plus fort en philosophie que je ne le suis moi-même pour pouvoir bien expliquer les choses. Enfin, dans quelle mesure peut-on aborder le thème de la morale comme quelque chose qui est profondément ancré chez l'homme ? Et qu'est-ce que ça veut dire que c'est naturel ?
Est-ce que la morale qu'on porte en nous-mêmes est le résultat d'une éducation ? Est-ce que c'est quelque chose de spontané ? Ou bien, et je crois que c'est dans cette direction qu'on va réfléchir, quand il y a une éducation vers la morale, il y a un écho très naturel à l'intérieur de nous-mêmes qui répond « je suis présent ». Mais le Rav dit, si on considère cette capacité naturelle de s'adapter aux exigences morales…
au niveau d'un individu dans la collectivité humaine en grand, le Rav dit, l'équivalent de cette dimension-là, c'est la tendance naturelle que porte le cœur juif à vouloir respecter la Torah. Et qu'en fait, on va entrer dans le texte, mais qu'en fait, l'étude de la Torah n'est en fait que révéler ce qu'on porte en nous-mêmes.
Vivre l'expérience de la compréhension d'un message de la Torah comme la rencontre avec quelque chose qui est déjà en nous, mais qui n'est pas suffisamment conscient, et que ce message de la Torah nous permet de le fixer, de le situer, de le structurer d'une meilleure façon. Mais ça existe déjà en nous. L'expérience de l'étude est comme l'expérience de la rencontre d'un objet perdu: je retrouve quelque chose qui est en moi.
C'est-à-dire que j'ai une rencontre avec une lettre qui est écrite sur un papier, mais le message qui arrive là-bas trouve son écho naturel en moi. Un peu comme dans un autre domaine, mais qui est finalement très parallèle, la rencontre entre l'homme et sa femme, son Benzou, dans laquelle on pourrait dire ce que dit Adam HaRishon quand on lui présente Chava,
et qu'il rencontre pour la première fois, quoiqu'on lui ait pris le côté de lui-même, et c'est à cause de ce coup qu'il l'a fait. Il dit dans cette rencontre, en mots dont vous connaissez le son: Zé etsem me atsamai, ou basar mi besari, ce sont les os de mes os et la chair de ma chair. C'est un étranger apparemment, c'est quelque chose qui vient de l'extérieur. C'est une rencontre avec une personne différente qui est à l'extérieur de lui-même.
Cependant, la rencontre avec cette chose qui apparemment est extérieure est la rencontre avec soi-même. La même chose au niveau des valeurs morales qui devraient normalement toucher l'homme dans la grande collectivité humaine est, à l'intérieur d'Israël, la façon dont le message de la Torah est appelé à toucher chacun de nous, en tant que Bné Israël, dans le message de la Torah qui nous concerne.
Vous connaissez l'histoire reconnue de pourquoi nous avons ici une fente sur cette bouche ? Tu sais ça, Benyamin ? Tu es aussi au courant ? Toi, tu ne sais pas ça ? Hein ? Tu ne sais pas ? Mais nous, on sait. On nous a dit. Parce qu'on nous a enseigné toute la Torah quand on était dans le ventre de notre mère. Puis, ensuite, au moment de sortir, on nous a donné un petit coup pour qu'on oublie un peu, mais…
L'impression de la Torah est quand même restée au fond de nous-mêmes. Et quand on étudie, en réalité, on retrouve ce qui est en nous. Le mot qui est utilisé en mystique juive pour ce genre de choses s'appelle rechimu, c'est-à-dire rochem, une impression qui est déjà en nous-mêmes de quelque chose. Et en fait, quand tu étudies, tu ne fais que retrouver ce qui est déjà en toi.
Maintenant, sur ces bases, essayons de relire un peu ce paragraphe guimel. Je ne dis pas trop vite. Je voudrais vous faire plaisir, et je voudrais que vous me fassiez plaisir. Essayons d'utiliser ce texte pour aussi apprendre réellement l'hébreu. Et si vous ne comprenez pas, moi j'essaie d'expliquer chaque mot, mais essayez de faire l'effort de lire, de retenir et d'apprendre de l'hébreu en même temps qu'on apprend les messages. Donc, je lis.
Je reviens sur ce calcul. Yerouchayet, c'est la grande boucherie.
Le fait de porter en nous le désir de ne pas faire des choses mauvaises. Je crains de faire une bêtise. Iratret at-tiv'it, naturel. Il y a quelque chose comme ça qui s'appelle Iratret At-tiv'it, nous dit le Rav Kook. Il sait de quoi il parle. Pour lui, c'est sûr que ça existe, cette chose-là: le fait qu'il y a un désir chez l'homme de respecter les lois de la morale et de porter en soi la crainte de les transgresser.
Par amour de l'humanité, par amour de… ira trait ativit, dit le Rav, yateva anoushi abari. C'est une nature humaine saine. Beyah as-samousa raglali, en relation avec une notion de morale dans le collectif humain. On n'est pas en Israël, de façon très générale. Le Rav ici s'adresse, apparemment, vous savez quand est-ce que ça a été écrit tout ça ?
C'est à peu près cent ans en arrière. Ça s'adresse à des pionniers juifs qui sont pratiquement tous loin de la religion, et pratiquement tous des gens d'une culture européenne de qualité, des idéalistes, qui ont très bien le sens de la morale et qui n'ont pas forcément le sens de ce que c'est que la relation à la Torah et à Dieu. Ce ne sont pas forcément des croyants, en tout cas pour le moment.
Mais ce sont des juifs, donc ils portent en eux un potentiel de croyance énorme. Et le Rav leur dit: ceux que vous connaissez dans votre monde de culture européenne, au niveau de la morale, et ça, je parle à des gens qui comprennent, sachez, mes enfants Bné Israël, que vous êtes, que cette nature qui existe pour la relation à la morale générale, c'est la nature des enfants d'Israël.
Très spécifique à nous, enfants d'Israël. Beyachas les kol chet ve'avon, mitzad haTorah ve'a mitsva, morashak ilat Yaakov. C'est la relation qu'on porte chez nous de façon très naturelle, en tant que hirat chet, en relation à kol chet ve'avon, toute faute et tout péché éventuel, mitzad haTorah, dans le contexte de la Torah et des mitsvot, qui sont la tradition du collectif d'Israël, la Knesset Israël.
C'est très bien, d'accord. Et comment on fait pour récupérer ça ? Le Rav insiste pour te dire: sache que ta relation à la Torah, mon fils, Bné Israël que tu es, c'est quelque chose qui est naturel. …
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