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Le Gaon de Vilna et la pensée du Rav Kook

Comment la pensée du Gaon de Vilna nourrit la vision du retour d'Israël chez le Rav Kook.

48 min

Rav Yaakov Nahon

Ensuite : La descente de l'idéal et sa remontée dans l'histoire, 35 min

En bref

Le Rav Yaakov Nahon commente le paragraphe d'ouverture du Perek Dalet d'Orot HaTechouva du Rav Kook (pages 59-60 de l'édition), où le retour d'Israël sur sa terre est présenté comme un processus de techouva de l'âme juive. Il montre comment le Rav Kook puise ses racines dans la pensée du Gaon de Vilna et de l'école de Volojin, et pourquoi il refuse de séparer la dimension matérielle du retour de sa dimension spirituelle. Le cours détaille ensuite le programme que le texte trace : tri de ce qui doit être gardé dans le patrimoine, liberté intérieure de la sainteté, et place de la mystique juive, à condition d'être bien dirigée.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bon, on est toujours dans notre Perek Dalet, vers les pages Lamed Khet, Lamed Tet. Pour toi c'est un peu neuf tout ça, David. Tu connais la pensée du Rav Kook ? Pas tellement. Il aurait peut-être fallu que je t'en parle. Je ne vais pas en parler avec tout le monde, mais je te dis simplement que le Rav Kook est une figure très spéciale à notre époque, parce que c'est quelqu'un qui a vécu et transmis avec une puissance qui n'a pas son égale cette dimension du retour d'Israël sur sa terre, telle qu'elle est comprise dans le contexte de la Torah.

C'est un message qui est me'adrin me'adrin et qui est profondément sioniste religieux. Et il est important de savoir que ces racines se puisent chez une très, très grande figure du judaïsme, le Gaon de Vilna. À sa suite, il y a eu toute l'école de Rabbi Haïm de Volojin, de la yeshiva de Volojin, d'où est issu le Rav Kook lui-même. C'est-à-dire que c'est la pensée religieuse bien dirigée, comme il le fallait par rapport au retour d'Israël, qui malheureusement n'a pas cristallisé partout. S'il avait cristallisé partout, ça aurait peut-être pris une façon différente.

Il y a une pensée qui dit que ce n'était pas possible, finalement, de réaliser un retour d'Israël avec toute sa nécessité de matérialité par l'intermédiaire d'idéalistes religieux. C'est une question. Enfin, il est certain que quelqu'un comme le Rav Kook avait les pieds sur terre, très, très sur terre, et la tête très, très dans le ciel, et il arrivait à mettre ça ensemble. Et ça avait un sens. Lequel ? Pas forcément.

Parce que la pensée lituanienne n'est pas forcément une pensée d'envoyer des Talmidei Chachamim, la pioche en main, pour travailler la terre en attendant… Ce n'est pas forcément ça. Il semble qu'autour de Vilna, une fois que le Gaon de Vilna fut mort, toute cette vision très enthousiaste du retour d'Israël s'est endormie. Et on n'a pas entendu. Certains l'ont capté, comme le Netziv, d'où est sorti… Hachiva de la, disons, l'université de Berlin ? Ce sont des descendants de ce Tsuyouda Berlin. Le Rav Kook lui-même est descendu là-bas, mais il y a des écoles lituaniennes qui sont très coupées du retour sur la terre.

On est là-bas où je suis. Dans la dernière fois, hein… Maintenant, Orot HaTechouva, c'est un des seuls livres qui soit apparu en tant que livre du vivant du Rav Kook. Sache-le, dit David, sache-le. Le Rav Kook a énormément écrit. Des armoires entières de textes ont été reprises plus tard par son fils. Elles continuent à sortir au jour, et ce n'est pas fini. Ce sont des textes qui ne sont pas encore venus et qui concernent des générations.

Un des thèmes importants dans la pensée du Rav, c'est qu'il faut comprendre que le Rav a écrit aussi pour des générations à venir. Il a vu très loin. Les textes qu'on lit devant nous continuent à être très actuels, et même futurs, alors qu'ils ont été écrits il y a peut-être cent ans. Et ça reste très actif.

On a devant nous un texte du Rav dans lequel il parle de la façon dont il conçoit et comprend les différentes étapes du retour d'Israël sur sa terre, qui fait qu'une âme d'Israël fait techouva en revenant sur sa terre. Maintenant, le Rav Kook, au moment où il écrit ce qu'il écrit, est entouré d'une grande partie de gens qui ne sont pas religieux, mais qui sont, d'un autre côté, de grands idéalistes avec une formation humaniste de grande qualité, prêts à consacrer leur vie, tout en étant de grands cerveaux, à une vie matérielle pour construire la Terre.

Mais il essaie de remettre les choses à leur place et d'insister sur le fait que, à travers tout ce grand mouvement de retour sur la Terre, qui est vécu à leur époque essentiellement, officiellement, aux yeux de tous, d'une façon très matérielle, il y a une âme qui revient sur ce pays peu à peu, et qu'il faut savoir récupérer.

Et je prends ce texte maintenant, qui va peut-être nous prendre tout le temps. C'est une page, c'est le paragraphe de tête de ce Perek Dalet. On en avait un tout petit peu commencé la dernière fois, et maintenant on va l'aborder en grand. C'est dans nos éditions, à la page Lamed Khet, Lamed Tet.

Oui, ça commence par « mitzdadim shonim ». « Mitzdadim shonim tavo betitgalei ha-techouva. » « Echad meyuhad mitzdadei ha-ele, yihyeh hatzar, ala elbon, sheneelav ha-ruach ha-gadol ha-atzour, ve-chol ma shein choulounou avoteinou, shen shiour le'ouzo ou-chevodo. »

« Ve-ha-ruach ha-gadola, mekorou, mekor chayim, ha-makor ha-elohi ha-elyon, she-oleh ve-nimshach mi-dor dor, ou-keshemesimim elav lev, alomotsim bo ha-kol, kol chemda ve-kol tifara, ve-ha-kochech ha-kafrani, garam le-ittalesh mi-keren ben shemen zeh, ve-li ta'ot bizdot zarim, she-en bahem le-shad ve-chayim, be-adenou klal. »

Mitzdadim shonim, de différents côtés, différentes directions. Tavo, viendra, betitgalei, se révélera, la techouva. Et echad meyuhad mitzdadei ha-ele, un de ces côtés, de ces directions essentielles, yihyeh hatzar, ce sera la prise de conscience dans une dimension d'amertume et de souffrance. Le Rav dit tsar, qui veut dire douleur, la douleur face à la prise de conscience. Elbon, c'est le mépris, avec lequel on a méprisé le grand esprit qui est contenu, trésorisé dans tout ce que nous avons reçu dans l'héritage de nos pères.

C'est-à-dire la souffrance de réaliser comment on a pu mépriser de cette façon, et pendant tellement de temps, quelque chose d'aussi essentiel pour nous, qui nous concerne, qui est notre patrimoine, qui est vraiment l'héritage transmis, quelquefois au prix de la vie de centaines de générations entières qui ont lutté pour ça. Et cet héritage, shiour le'ouzo ou-chevodo, il n'y a pas de mesure, tellement il est grand, à sa force, sa puissance, sa grandeur et son honneur. Oz, c'est dans le sens de force, kavod, grandeur, honneur.

Cet héritage, en plus, il faut être conscient que sa source, c'est le divin dans toute son expression, dans toute son authenticité. C'est un patrimoine, un héritage qui est un don de Dieu. Il est vrai qu'il y a des héritages culturels énormes, qui sont finalement le résultat d'un travail de générations d'hommes. Par exemple, une grande partie de l'héritage culturel que l'on a en France est un héritage de grande qualité, mais sa source, c'est la pensée de l'homme, c'est le travail de l'homme.

Mais ici, en plus de tout, le grand message du Rav, c'est qu'il faut prendre conscience que la source vivante de ce patrimoine, de génération en génération, ce qui l'a toujours remis en vie et l'a fait revivre dans les cœurs de ceux qui transmettaient cet héritage, c'est la rencontre avec une dimension divine, authentique, vivante. Dieu vivant. Le Rav dit que c'est ce grand esprit de cet héritage: Mekoro, mekor chayim, sa source, le-chayim. C'est une source de vie, laquelle, dit le Rav, a makor ha-elohi ha-elyon, la source divine supérieure, d'en haut, she-oleh ve-nimshach mi-dor dor, qui va et qui continue de génération en génération, et qui finalement accompagne notre aventure dans l'histoire.

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