Mariage, appétits et liberté selon la Techouva
Le Rav Kook montre que la Torah encadre les appétits sans les nier, pour les rendre à leur juste place.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Torah, bien et mal : discerner ce qui est juste, 51 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon commente le début du chapitre Hey d'Orot HaTechouva du Rav Kook : la techouva précède la création du monde et en est la base, car l'homme porte en lui des forces naturelles et appétits qu'il faut ni étouffer ni laisser sans direction. Il explique que brimer sa nature n'est pas en soi une voie juste, et que la Torah encadre les appétits sans les annuler. Il ouvre enfin le chapitre Vav sur l'idée que la force de la techouva puise dans une profondeur commune à toute l'humanité, de sorte que la techouva d'un individu a une portée collective.
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Dans Orot HaTechouva, à la page Mem Guimel, vous voyez qu'il y a un Vav Ehad avec un astérisque. Je vous lis d'abord le texte: Ha-téchouva kadma laolam, lefi ach yessod ha-olam. Chlemoutam shel ha-hayim yidafka yimemchekh yidgaloutam lefi tiv'am ha-atsmi. Vé-kivan chéhi téva mitsad atsmo eno baal yistaklout véyafkana.
Ha-ḥet mouḥach mitsad zé, il y a un homme juste sur la terre qui fait le bien et ne pèche pas. Et l'annulation de la nature même de la vie, pour que l'homme ne fauté pas, bitoul etsem tivyoutam shel ha-hayim, c'est une faute bien plus grande, et sur elle la Torah dit: michpèt alav mèasser ḥata néfech. C'est pourquoi la techouva se tient au-dessus de tout, elle redonne la vie, elle la fait revivre, li-mekorot dafka, et elle révèle le fondement,
Atsmiyoutam ha-élyon, olam ha-ḥérout, Hachem kakh mékhanim, Chem Hachem, Elohim ḥayim. Bon, nous allons essayer de toucher un peu l'un des points qui, je crois, sont bien présentés dans ce texte. Avant d'entrer dans le texte lui-même, je voudrais vous dire quelques mots.
Le Rav insiste sur le fait que, d'une part, la nature humaine, les forces de la nature, vivre de façon naturelle, c'est quelque chose d'essentiel. Il ne faut pas perdre le contact avec le côté naturel qui est en nous, le côté de motivation instinctive de l'homme. Et d'autre part, quand on se laisse prendre par le côté naturel simplement, et qu'on ne veut répondre qu'
au besoin et aux appétits de notre nature, en disant: du moment que cet appétit existe, il a droit d'exister, on se trouve quand même dans des approches de la vie qui ne sont pas du tout évidentes, et que la Torah essaie de freiner et de diriger. C'est-à-dire que ce ne sont pas tous les appétits qui sont permis tout le temps, à chaque moment de notre journée ou de notre vie.
Je pense par exemple à quelque chose de très simple: l'homme se marie. Le jour où il est prêt à se marier, pour entrer dans le cadre dans lequel il peut se marier, il faut quand même toute une série de réalités dans lesquelles il peut créer ce cadre, qui est le cadre du mariage. Ce cadre est un cadre dans lequel l'homme vit une série d'expériences qu'il n'est pas évident, quelque part, que la Torah permette de vivre tant qu'on n'est pas arrivé dans ce cadre. Mais ne pas les vivre
est quelquefois très difficile. C'est-à-dire que, d'une part, la conception du mariage, par exemple celle de la Torah, est quand même en rapport avec la maturité, avec ses exigences. Il faut des êtres qui soient déjà prêts à vivre dans certaines conditions, qui sont prêts à se soumettre à toute une discipline de vie. Arriver au mariage, c'est déjà avoir fait un grand chemin.
Mais qu'est-ce qui se passe chez quelqu'un tant qu'il n'est pas arrivé au mariage ? Qu'est-ce qu'il fait de tous ces appétits qu'il porte en lui-même ? Est-ce que le fait de brimer une partie de ses désirs, la Torah le demande parce qu'elle demande de se consacrer, de se garder essentiellement pour le cadre de la cellule familiale et pas en dehors ? Cela existe chez l'homme, certainement, et chez la femme encore plus.
Est-ce que c'est normal ? Qu'est-ce qui se passe ? Ce thème est un peu touché dans ce texte, je crois, on va le voir. Le Rav dit que, quelque part, c'est vrai que, par le fait que l'on veut protéger le cadre dans lequel l'homme va réellement vivre, qui est la cellule familiale selon la Torah, tant qu'on n'est pas arrivé à ce cadre idéal, il y a toute une série d'interdictions qui sont là, qui, quelque part, ne sont pas naturelles au niveau des désirs de l'homme.
Il faut donc essayer, une fois qu'on arrive dans le contexte où il est possible de vivre comme il faut, de récupérer le plus possible le naturel qu'il y a dans cette réalité. Et même si, pendant un certain temps, il y a toute une série de forces qui étaient interdites, qui étaient taboues, qu'il fallait endormir,
il faut les faire revivre à nouveau et les situer dans leur nature.
Bon, nous allons voir le texte. Je prends donc ce texte de Vav Ehad. Je commence à le traduire, ce texte qu'on a déjà lu. Ha-téchouva kadma laolam: c'est toujours à la page Mem Guimel, perek Hé, paragraphe Vav, 1, astérisque. On a déjà lu ce texte, j'y reviens. Ha-téchouva kadma laolam. On a eu l'occasion d'en reparler. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire que la techouva précédait le monde. C'est-à-dire qu'il est évident que, quand je regarde le monde tel qu'il est, je ne peux le comprendre réellement et le vivre réellement que si je sais pertinemment qu'avant de créer le monde, il était prévu
que la dynamique de la techouva serait une des forces existentielles essentielles de cette vie. Ha-téchouva kadma laolam: avant que le monde soit mis en marche, il était évident, au niveau de tout ce qu'on peut appeler prévoir le monde, que la techouva ferait partie des dynamiques essentielles de la vie. On en a parlé: cela tient au fait que l'être humain est complexe, et que se rencontrent des pôles qui, apparemment, ne vont pas ensemble, tels que le monde idéal, spirituel, de l'homme et sa proximité du divin, d'une part, et d'autre part le fait que l'homme participe à une vitalité de l'ordre de l'animal, sans aucun doute, avec tout un monde d'appétits, de passions, des choses de ce genre.
Pour mettre tout cela ensemble, pour que ça s'arrange, pour que ce soit vécu vraiment dans une certaine harmonie, il est évident qu'il y a beaucoup de choses à mettre en harmonie, à arranger, et que ça ne se fait pas d'un coup. On a donc besoin d'une techouva, et à travers cette techouva on corrige, on revient vers des situations nouvelles, plus équilibrées, dans lesquelles on arrive à faire vivre les deux dimensions que l'on porte en soi.
Le Rav nous dit donc: la techouva a précédé le monde, lefi ach yessod ha-olam, elle est la base même du monde. Yessod ha-olam, c'est la base. On ne peut pas comprendre réellement la vie si cette techouva n'est pas au centre de cette vitalité. Comprendre vraiment l'aventure humaine, on a vu des textes précédemment, la dernière fois, mais comprendre réellement l'aventure humaine, quand on veut avoir une aventure humaine spirituelle, cela doit passer par l'utilisation dynamique de la techouva: cette capacité de revenir sur un fait précédent, de le corriger, de se repentir, d'arriver à renouveler son monde intérieur, de changer de direction, de ne pas être l'esclave des impressions négatives d'actes mal faits. Tout cela est extrêmement important pour que l'homme aille de l'avant de façon harmonieuse.
Le Rav nous dit donc: la techouva, c'est yessod ha-olam. Deuxième phrase: chlemoutam shel ha-hayim yidafka yimemchekh yidgaloutam lefi tiv'am ha-atsmi. C'est une des dimensions de la plénitude de la vie: chlemoutam shel ha-hayim. Chlemout, c'est la plénitude. La plénitude de la vie, …
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